Dangereuses ces bouteilles?

Beaucoup plus que les cancérigènes, il semble que...

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Beaucoup plus que les cancérigènes, il semble que ce soit surtout les perturbateurs endocriniens potentiellement relâchés par les bouteilles de plastique qui ont retenu l'attention des toxicologues ces dernières années.

Jean-François Cliche
Le Soleil

(Québec) «J'entends dire par plusieurs personnes que c'est cancérigène de remplir une bouteille d'eau jetable. J'aimerais savoir si c'est vrai et pourquoi. Est-ce relié au fait que le plastique vieillit, et donc une bouteille non utilisée qui attend longtemps serait elle aussi cancérigène? Est-ce relié au fait de remplir la bouteille de nouveau, et pourquoi remplir plus qu'une fois est différent de la première fois?» demande Josée Morin, de Québec.

Il n'est en effet «pas recommandé» de réutiliser ses bouteilles d'eau jetables, lit-on sur le site de Santé Canada - encore que ce ne soit pas explicitement contre-indiqué non plus -, mais ce n'est pas en raison d'un risque de cancer. Il faut plutôt y voir ceci : quand il y a de l'eau quelque part, et il en reste toujours un peu dans ces bouteilles, les bactéries peuvent proliférer. Selon les conditions du moment, la quantité de microbes peut atteindre des niveaux allant de «négligeables à potentiellement dangereux», selon Santé Canada.

«Fréquemment, poursuit le site, les préoccupations concernant la réutilisation des bouteilles de plastique jetables pour l'eau potable ont porté sur l'innocuité du plastique dans ces conditions. Des allégations ont été faites selon lesquelles le plastique de polyéthylène téréphtalate (PET, PETE) utilisé dans les bouteilles d'eau jetables se désintègre après plusieurs usages libérant ainsi des substances chimiques cancérigènes.»

Perturbateurs endocriniens

En fait, beaucoup plus que les cancérigènes, il semble que ce soit surtout les perturbateurs endocriniens potentiellement relâchés par les bouteilles de plastique qui ont retenu l'attention des toxicologues ces dernières années. Les «perturbateurs endocriniens» sont ces substances qui dérangent le bon fonctionnement de nos hormones, soit en les imitant, soit en les empêchant de faire leur travail. Dans le cas des bouteilles de plastique, les phtalates ont fait l'objet de plusieurs articles scientifiques ces dernières années.

Une revue de littérature publiée en avril 2010 dans la revue savante Environmental Health Perspective concluait que «les faits suggèrent que les bouteilles en PET peuvent relâcher des perturbateurs endocriniens même dans des conditions d'usage normal, en particulier lors d'entreposage prolongé et à une température élevée». De plus amples études étaient recommandées.

Cette revue faisait notamment état de deux articles publiés en 2009 au sujet des perturbateurs décelés dans de l'eau minérale en bouteille de plastique. L'une a trouvé une «contamination oestrogénique» dans 60 % de ses échantillons, mais l'autre dans seulement 10 % des cas. En outre, il n'était pas totalement certain que les perturbateurs provenaient des bouteilles de plastique, puisque l'une des deux études a aussi trouvé des «concentrations significatives» dans des bouteilles de verre.

Et les concentrations mesurées, quand il y en avait, étaient-elles élevées?

Comme les perturbateurs n'imitent pas tous les oestrogènes humains avec la même efficacité, on convertit leur potentiel d'action en «équivalent oestradiol» (EEQ), du nom de l'hormone «féminine» la plus abondante dans le corps humain. Les deux études en question ont détecté des teneurs en perturbateurs - encore une fois, quand il y en avait - allant de 0,9 nanogramme par litre (ng/l) à 23,1 ng/l d'équivalent oestradiol dans un cas, et jusqu'à 75 ng/l EEQ dans l'autre cas.

Pour de l'eau minérale, on peut certainement trouver que c'est beaucoup, puisque par comparaison, le lait de vache en contient environ 15 ng/l EEQ (entre 34 et 124 ng/l pour le lait maternel), d'après le livre Sang pour sang toxique du toxicologue français Jean-François Narbonne. Mais cela ne signifie pas que ce soit suffisant pour nuire à la santé, et comme on peut le lire sur son site, «Santé Canada n'a pas observé de preuve scientifique qui suggère que la réutilisation des bouteilles PET contribuera à des taux nocifs de substances chimiques et de toxines dans l'eau».

Louis Arthur, de Québec, s'inquiète de ce que «la centrale de gestion des matières résiduelles de la Cité Verte [projet immobilier de quelque 800 logements, N.D.L.R.] sera construite à quelques pas de chez [lui]. [...] C'est quoi, une centrale de gestion des matières résiduelles, et qu'est-ce que ça dégage?»

Comme nous l'a expliqué l'ingénieur Patrick Mathieu, de la firme Génécor, qui a fourni des services à la Cité Verte, le système de collecte aura comme point de départ des bornes, au nombre de trois par édifice - une pour les déchets, une autre pour le recyclage et une autre encore pour les matières putrescibles. Quand l'une de ces bornes sera pleine, le système fera automatiquement une vidange complète. Tous les sacs seront alors, littéralement, aspirés dans des tubes jusqu'à cette «centrale de gestion des matières résiduelles».

Les sacs tomberont là dans des conteneurs hermétiques que la Ville ramassera comme le reste. Il ne devrait donc pas y avoir d'odeurs - Québec a un règlement qui l'interdit, de toute façon.

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