Les rituels techno

De l'obsession quasi maladive dans la répétition de... (Curious Rituals)

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De l'obsession quasi maladive dans la répétition de gestes que nous développons, jusqu'aux phénomènes de reproduction sociale (regardez les propriétaires de téléphone se jeter sur leur appareil lorsque dans un groupe, disons attablé dans un bar, quelqu'un décide d'aller consulter ses courriels), Curious Rituals offre une réflexion absolument salutaire sur ces nouvelles tyrannies de la communication.

Curious Rituals

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Matthieu Dugal
Matthieu Dugal, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) «Les journaux parlent de tout, sauf du journalier. Les journaux m'ennuient, ils ne m'apprennent rien. Ce qui se passe vraiment, ce que nous vivons, le reste, tout le reste, où est-il? Ce qui se passe chaque jour et qui revient chaque jour, le banal, le quotidien, l'évident, le commun, l'ordinaire, le bruit de fond, l'habituel, comment en rendre compte, comment l'interroger, comment le décrire?» - Georges Perec, L'infra-ordinaire

Il y a très longtemps, alors que nous étions des grands singes qui passaient lentement au stade d'homo sapiens par le biais de l'augmentation du volume de notre coco, on a paraît-il commencé à pratiquer des rituels. C'était il y a 100 000 ans. On cite souvent l'apparition de la sépulture comme événement marquant de moment charnière. Et s'il y a quelque chose qui aujourd'hui encore définit autant une tribu yanomami qu'un groupe de la Nordiques Nation, c'est bien le rituel. Un genre de plus petit dénominateur commun.

Et si notre technologie induisait aujourd'hui une toute nouvelle déclinaison de ce phénomène millénaire? Quels sont ces rituels de nos temps nouveaux? C'est la question brillamment amenée dans un nouveau livre électronique, Curious Rituals, publié récemment par un groupe de recherche du Art Center College of Design basé à Pasadena en Californie. Cinq auteurs qui ont écouté Perec et qui ont décidé d'aborder notre époque par les petits gestes de ceux qui la composent. Des gestes qui sont de plus en plus «commandés» par nos technologies et auxquels nous obéissons, parfois même avec enthousiasme, parfois même comme nos animaux de compagnie.

Exemple? Même un Jules Verne sous ecstasy n'aurait jamais imaginé qu'un jour des femmes frotteraient leurs sacoches contre des cubes métalliques afin d'entrer au travail. Ou que des propriétaires de petits morceaux de plastique constellés de terres rares leur feraient décrire des «8» dans l'espace afin d'en «recalibrer» les «compas». Des gestes qui, apprend-on, sont le résultat d'une cocréation entre l'humain et la technologie et qui remettent même au goût du jour des caractéristiques on ne peut plus physiologiques issues de l'évolution.

Ainsi, alors que bien des paléontologues avancent que c'est l'opposition pouce/index qui est en partie à l'origine de la possibilité de la création d'outils par notre espèce, on a vu cette caractéristique redevenir plutôt tendance récemment grâce à la fonction de zoom sur les nouveaux écrans tactiles.

Ces comportements-rituels (la définition du livre est assez floue) ne sont cependant pas toujours ceux qui avaient été prévus par les créateurs des bidules qui les induisent. Ainsi, les chercheurs californiens relèvent l'apparition, dans les grandes bibliothèques notamment, de la figure du wi-fi dowser, littéralement du «sourcier du sans-fil», cet être en perdition, cette loque, ce sans-abri du réseau qui cherche, tablette portée comme une offrande devant lui, un endroit où la «matrice» daignerait reconnaître son humble personne. (D'ailleurs, cerise sur ce sundae techno: le ton du livre est à la fois érudit et très drôle. Pensez à vos meilleurs profs à l'université).

De l'obsession quasi maladive dans la répétition de gestes que nous développons, jusqu'aux phénomènes de reproduction sociale (regardez les propriétaires de téléphone se jeter sur leur appareil lorsque dans un groupe, disons attablé dans un bar, quelqu'un décide d'aller consulter ses courriels), ce petit livre offre une réflexion absolument salutaire sur ces nouvelles tyrannies de la communication. Comme ces maîtres qui apprennent des tours à leurs toutous, ces gentils outils nous en font faire souvent beaucoup plus que nous ne voudrions bien l'admettre. Un court-métrage vraiment très west coast hipster complète le site Web où l'on peut télécharger cet essai où la passion de Perec pour le banal qui nous définit trouve sa parfaite transposition hyper-moderne.

Amenez-en du banal!

curiousrituals.wordpress.com

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Web à Québec

Si Québec peut se vanter d'avoir une industrie du Web solide et surtout très bien implantée dans sa communauté, c'est à cause des Joé Bussières, Yhoanis Obando, Jonathan Parent, Carl-Frédéric de Celles et autres Jean-Philippe Doyle (entre nombreux autres en fait) qui la font vivre. Ça tombe bien, ce sont eux et leur armée d'entrepreneurs passionnés qui nous ramènent cette année la troisième édition de l'essentiel événement Web à Québec. Jusqu'à demain, 500 participants échangent à l'Espace 400e à propos de ce qui constituera le Web demain. Concours de création de sites Web, conférences, ateliers, participants internationaux, une autre preuve de la richesse de ce qui se fait ici.

Vous pouvez les suivre sur Twitter (@webaquebec) ou sur leur site (webaquebec.org).

Longue vie au WAQ!

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