On apprend donc, dans un article fouillé, l'histoire secrète derrière le seul phénomène des nouveaux médias qui, apprend-on, rivalise en popularité avec la pornographie : c'est-à-dire «le-chat-qui-saute-dans-une-boîte» et ses dérivés. Et comme cette chronique ne recule jamais devant une bonne dose de démagogie ronronnante, en voici les grandes lignes.
Le Japon est la patrie incontestée du chat d'Internet. Pourquoi? Le journaliste Gideon Lewis-Kraus apporte ces quelques éléments de réponse : la culture japonaise (au contraire de la nôtre) ne voit pas d'un très bon oeil les personnes qui se mettent de l'avant. Conséquence, la popularité du chat, employé abondamment comme avatar sur YouTube au pays du Félin levant.
Mais pourquoi le chat? Plusieurs raisons, dont celle-ci : la culture japonaise encourage le conformisme, tandis que le chat, lui, c'est bien connu, fait ce qu'il veut quand il veut. D'où l'adulation là, et ailleurs. Ce qui, pour des vedettes comme Maru, un scottish fold de cinq ans, donne des statistiques de clics qui seraient enviées par n'importe quel blogueur lambda. «Maru saute dans une boîte» : 8,1 millions de visionnements. «Beaucoup trop de petites boîtes et Maru» : 7,9 millions de visionnements. Et contrairement à ici où de tels chiffres enverraient le fier propriétaire de l'animal directement chez Guy A., au Japon, il est virtuellement impossible de même rencontrer le propriétaire de Maru, plus discret que le père de la bombe atomique pakistanaise.
Heureusement, Lewis-Kraus a réussi à rencontrer la «famille» des «Musashis», les fameux «chats chantants» qui ont obtenu au-dessus d'un million de clics en quelques jours en 2007 après qu'ils eurent commis une chanson de Noël. Des maîtres, avouons-le, d'un narcissisme confondant. Pour le plus grand plaisir du journaliste du Wired, et le nôtre. Un plaisir sociologique, bien évidemment.
http://goo.gl/4V6r8
LE SCULPTEUR MEURTRIER
Le Saddam Hussein des fourmis existe. Et pourtant Walter R. Tschinkel a l'air du grand-papa parfait. Mais comme nous l'apprend Lance Armstrong chaque jour, inlassablement, à la manière du champion qu'il n'a jamais cessé d'être, les apparences nous trompent.
Voyez plutôt ce que ce sadique entomologiste floridien réalise aux dépens de dizaines de milliers de fourmis sacrificielles : il emplit leurs galeries durement creusées de litres... d'aluminium en fusion. C'est que ce professeur à la retraite de l'Université de la Floride a un passe-temps pour le moins singulier : il réalise des moules des fourmilières. Pour ce faire, rien de tel qu'une injection de métal en fusion qu'on laisse refroidir, une pelle et beaucoup de patience.
Heureusement, nos amies à six pattes meurent au bénéfice de la science et, il faut l'avouer, de l'art. Car le résultat est rien de moins que saisissant : leurs maisons ressemblent à de délicats entrelacements de cavités et de tunnels infiniment mieux proportionnés que n'importe quelle nouvelle tour de bureaux de Sainte-Foy. En fait, elles ressemblent au fantôme d'une méduse qui se serait figée quelques centimètres sous la surface d'un patio de banlieue.
Mais bon, cela vaut-il tous ces génocides? Jugez-en. Une chose est sûre toutefois, si la Brigitte Bardot des fourmis voulait se trouver une cause, on vient de lui servir une, sur un plateau d'aluminium.
http://goo.gl/stvtb
LES ARCHITECTURES DE L'ENFER
Selon Google Maps, l'enfer se situe très exactement à 3973 kilomètres de Québec. Ce n'est donc pas au coin Saint-Denis-Mont-Royal. En effet, bien qu'on en entende rarement parler, une guerre civile d'une ampleur inimaginable se déroule actuellement à Ciudad Juárez ainsi que dans la majeure partie du nord du Mexique. L'enjeu : le trafic de drogue et la volonté du gouvernement d'éradiquer les sinistres cartels qui se disputent ce marché évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars par année.
Et dans le cas mexicain, parler de «guerre sale» relève de l'euphémisme : depuis 2006, ce conflit aurait fait, selon les estimations les plus prudentes, plus de 50 000 morts. Sur le dérangeant-hallucinant blogue Borderlandbeat, on peut d'ailleurs suivre la dantesque boucherie au jour le jour, thé vert à la main : assassinats aveugles, viols, éviscérations, décapitations, charniers, tortures en tous genres, massacres de masse, rien n'est épargné. Les photos de policiers pendus «pour l'exemple» sous des viaducs fréquentés y côtoient les récits des frasques de ces barons de la mort qui, dans bien des régions, ont remplacé l'État.
Raffinement de l'horreur, à quelques kilomètres d'un paquet de belles plages prisées par les Québécois stressés, une nouvelle forme d'architecture fleurit sur les fosses communes : la narchitecture (diminutif de «narco-architecture»). Une architecture qu'on pourrait résumer en deux concepts : goût prononcé pour le tape-à-l'oeil jumelé à la certitude d'une mort violente et très prochaine. Un peu comme si on donnait à Manon et à un entrepreneur de monster houses de banlieue un contrat avec compte de frais illimité, mais où ils devraient faire très vite.
Le journaliste du New York Times qui a écrit sur le sujet emploie une expression exquise pour résumer ce genre d'architecture et de décoration bling-bling : shopping spree with a deadline («frénésie de magasinage avec heure de tombée»). Résultat : des maisons fortifiées, truffées de matériel de détection, de caches d'armes, architectures tarabiscotées, orgueilleuses, repaires criards qui servent de cercueils plus grands que nature pour des propriétaires qui y meurent souvent armes à la main, sous les rafales assourdissantes de militaires masqués. Quentin Tarantino, c'est pour les chochottes.
http://borderlandbeat.com
http://goo.gl/eKu24