L'histoire de la vieille photographe aveugle

Les clichés de Sonia Soberats suivent un procédé... (image tirée du site internet www.seeingwithphoto graphy.com)

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Les clichés de Sonia Soberats suivent un procédé créatif qui découle plus des arts visuels que du photoreportage.

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Matthieu Dugal

(Québec) Sonia Soberats ne l'a pas eu facile, c'est un euphémisme. Cette immigrante du Bronx coulait des jours tranquilles lorsqu'en 1986, sa seule fille reçoit un diagnostic de cancer des ovaires. Deux ans plus tard, son fils reçoit un diagnostic de lymphome de Hodgkin. Son fils est mort en 1991. Sa fille, en 1994. Entre les deux événements, Soberats, qui souffrait déjà de glaucome, a perdu la vue. Inutile de dire que le noir a pour elle une couleur de deuil profond.

Sauf que Sonia Soberats a décidé qu'elle parlerait de sa douleur par la photo. Et quelles photos. Depuis 2001, la photographe, qui fera bientôt l'objet d'un documentaire, travaille sur une oeuvre de plus en plus reconnue. Des photos tourmentées, puissantes, des humains souvent grimaçants dans des endroits confinés, à la manière des papes de Francis Bacon. Une oeuvre d'ailleurs beaucoup plus proche de l'art visuel que du photoreportage, et qu'elle réalise avec un adjoint dans le noir le plus complet. À coups de trois photos l'heure, la dame de 77 ans, quasi paralysée, a le loisir de tâter ses modèles, de les placer, de leur parler, d'exorciser par le geste cette douleur qui ne la lâche pas. «Mes mains, dit-elle, sont devenues mes yeux.» Et de cette chambre noire qui l'emmure de partout, elle nous fait voir la lumière. C'est énorme.

lens.blogs.nytimes.com/2012/09/18/visions-of-a-blind-photographer

www.seeingwithphotography.com/swpc_photo_gallery_other.html

LES PAUVRES RICHES D'OBAMA

Il n'y a pas qu'au Québec où la contre-révolution gronde à la suite de l'élection d'un gouvernement «socialiste» (pour reprendre les mots de la blogueuse Johanne Marcotte à propos du Parti québécois). Force est d'admettre que la question de l'impôt des riches semble susciter chez certains davantage d'émotions que la pollution accélérée de l'ensemble de la planète... Et si vous pensiez avoir tout lu en matière de lyrisme, c'est que vous n'avez pas encore traversé une pièce d'anthologie publiée dans le dernier numéro du magazine The New Yorker. Les super-riches voudraient-ils écrire une suite aux Misérables? On serait porté à le croire. Prenez le milliardaire Leon Cooperman, directeur d'un fonds d'investissement, qui compare la montée de Barack Obama à celle, oui, d'Adolf Hitler. Pour Stephen Schwarzman, un autre milliardaire qui semble vivre en 1939, les politiques fiscales d'Obama ressemblent à... l'invasion nazie de la Pologne. T. J. Rodgers, un entrepreneur libertarien de Silicon Valley, trouve lui que le traitement que le gouvernement Obama réserve aux riches ressemble étrangement à de «la ségrégation raciale», quelque chose, dit-il, que le président «devrait comprendre». Ah bon. Si vous avez le coeur solide, l'article vaut le détour. L'écrivain britannique G.K. Chesterton écrivait cela en 1908, c'était une autre époque heureusement : «The poor have sometimes objected to being governed badly; the rich have always objected to being governed at all.»

www.newyorker.com/reporting/2012/10/08/121008fa_fact_freeland?currentPage=all

LA FILLE D'IPANEMA A 50 ANS, ENFIN UN PEU PLUS...

Deux messieurs, l'un de 50 ans, l'autre de 35, qui écrivent une ode à une jeune «demoiselle au corps doré» de 17 ans dont le «balancement est plus qu'un poème», ça ne passerait plus aujourd'hui, gracieuseté de diverses ligues de moralité qui vivent de scandale, quitte à les inventer. Sauf qu'on remercie le ciel qu'elles aient été absentes à Rio en cet été 1962, lorsque Vinicius de Moraes et Tom Jobim composèrent la mythique A Garota de Ipanema (The Girl from Ipanema). Tout ça parce qu'une certaine Heloísa Eneida Menezes Paes Pinto passait devant leur bar sur le chemin de son école. Helô, pour les intimes (ex-animatrice de télé et qui fut modèle pour Playboy) entend ces jours-ci faire paraître ses mémoires, où elle parlera, dit-on, du vieillissement. La chanson au thème aussi simplissime qu'accrocheur dont elle a été la muse a été reprise des centaines de fois (180 versions disponibles sur iTunes seulement), ce qui est amplement suffisant pour une indigestion. Mais l'original n'a pas pris une ride. Comme le disait Helô récemment, «la jeunesse passe». Et grâce à deux vieux dégueulasses, la sienne passera à la postérité pour d'excellentes raisons.

tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120805.FAP6537/the-girl-from-ipanema-a-50-ans-et-pas-une-ride.html

440 ENTREVUES D'APOSTROPHES EN LIGNE

Parlant de vieux dégueulasses, voici une émission qui en a invité plus que son lot, dont certains géniaux. Les gens d'un certain âge (dont je suis) se souviennent sûrement avec une émotion d'Apostrophes, émission littéraire culte créée et animée par Bernard Pivot présentée en France pendant 15 ans, de 1975 à 1990 (j'avoue n'avoir regardé que les derniers épisodes, je ne suis pas si vieux). Bukowksi ivre mort insulté en ondes, Gabriel Matzneff «apostrophé» (pardon) par Denise Bombardier, on se souvient d'une émission de haut vol où le débat n'était pas encore un mot galvaudé. Mais vos souvenirs sont-ils embellis par trop d'écoutes d'Occupation double? Vérifiez par vous-même: le site Babelio.fr (de concert avec l'Institut de l'audiovisuel français) vient de mettre en ligne 440 épisodes des 724 produits durant ces 15 années bénies de slow tv. Des entrevues parfois surréalistes (comme celle où Pivot interviewe Nabokov à partir de questions écrites par ce dernier et où l'auteur de Lolita répond par des réponses déjà écrites sur des cartons) ou encore des trucs qu'on ne verra jamais plus à la télévision parce que ça fait peur : une traductrice de Dante. La navigation est un peu laborieuse, mais les découvertes en valent la peine. Et non, mes souvenirs n'étaient pas embellis.

www.babelio.com/apostrophes.php

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