Aliénation parentale: lorsqu'un enfant divorce d'un parent

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La journaliste Karina Marceau s'est penchée sur le phénomène de l'aliénation parentale dans le documentaire Dictature affective.

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Laurie Richard

(Québec) Après une séparation douloureuse, Marie parle en mal du père de ses enfants en leur présence. Des mots durs, qui résonnent dans la tête des petits. Elle modifie la réalité; leur dit que leur père leur veut du mal, qu'il a même déjà essayé de les abuser... Jusqu'à ce que les enfants croient cette nouvelle «vérité» et refusent de voir leur «méchant» père. Ce phénomène de société méconnu porte un nom : l'aliénation parentale.

La journaliste Karina Marceau s'est penchée sur le phénomène qui touche les parents en guerre dans le documentaire Dictature affective, présenté demain à Télé-Québec. «J'ai l'impression que l'aliénation parentale est aux années 2010 ce que la violence conjugale était aux années 70. Ça se passe dans l'intimité, on en parle peu», explique la réalisatrice.

Mme Marceau a rencontré Luc, un père de famille calomnié par son ex-conjointe, et ses deux filles dont il a obtenu la garde. On voit aussi Patrick, qui parle des séquelles de la campagne de diffamation que menaient ses parents. Psychologues, médiateurs familiaux et autres experts expliquent l'ampleur des dommages causés par cette bataille qui se termine souvent devant la justice.

Mme Marceau a eu besoin de trois ans pour fignoler le documentaire. Plusieurs mois, aussi, pour convaincre les filles de Luc de se confier. Même si un parent s'est acharné sur l'autre, «son enfant va toujours l'aimer. En parlant de lui, ils ont l'impression de le trahir».

La réalisatrice de Québec a trouvé difficile de bien comprendre les subtilités de l'aliénation parentale. Et de l'expliquer sur le bon ton par la suite. «Car ç'aurait été facile d'y aller dans un angle polarisé. Je ne voulais pas alimenter la guerre hommes-femmes.»

Ainsi, des segments de fiction, réalisés par Louise Archambault et mettant en vedette les comédiens Réal Bossé et Marie Turgeon, illustrent des scènes typiques de la vie quotidienne d'une famille aux prises avec l'aliénation. «Je voulais qu'on puisse reconnaître certains comportements.» Car des parents se lancent dans le dénigrement de l'autre parent - ce qui ne mène pas nécessairement à l'aliénation - sans s'en rendre compte. Et ce, plus couramment que l'on pense.

L'aliénation parentale, c'est «quand un enfant divorce d'un parent», explique un expert dans le documentaire. Ce sont plus souvent les femmes qui utilisent la médisance comme une arme. Parce qu'elles ont fréquemment la garde de leurs enfants, note Mme Marceau. C'est le message répété qui fait effet, tel un «lavage de cerveau».

Geste inconscient

«Ce qui est le plus apeurant, souligne Mme Marceau, c'est que la plupart du temps, c'est fait inconsciemment. Les parents font ça dans l'objectif de protéger leurs enfants.» Même les intervenants n'arrivent pas à les convaincre qu'ils font quelque chose de dommageable, car ils croient dur comme fer que leur ex-conjoint est une menace.

Cette violence psychologique laisse des marques profondes. Les enfants victimes d'aliénation parentale font peu confiance aux autres et à eux-mêmes. «Quand la vie t'a été présentée avec un miroir déformé par un pilier, tu entretiens un rapport distorsionné avec la réalité. Les parents sont les racines identitaires, tu penses que tu es fait à 50 % de mauvais!» explique Mme Marceau.

Plusieurs cas d'aliénation sont devant la justice au Canada. Mais le milieu ne sait pas toujours comment aborder le problème, ne connaît pas ce qui est mieux pour les enfants. «Ce sont des émotions réelles. Envoyer un enfant vivre avec un parent qu'il déteste, est-ce la bonne chose à faire?» soulève la journaliste.

Aussi, certains parents repoussés n'ont pas les moyens financiers de se rendre en cour pour défendre leurs droits et leur progéniture. D'autres parents doivent malheureusement se résigner à ne plus voir leurs enfants. La documentariste a même été approchée par des grands-parents qui devaient se lancer dans la lutte pour venir en aide à leur enfant démuni. Même la famille élargie en souffre.

Le documentaire Dictature affective de Karina Marceau sera présenté lundi à 21h à Télé-Québec et rediffusé mercredi à 13h30.

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