Dépression postnatale: entre vérité et paradoxes

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Des paradoxes autour de la dépression postnatale, il y en a beaucoup, y compris dans les écrits les plus scientifiques.

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Sophie Gall
Le Soleil

(Québec) Quelle jeune maman ne lit pas de livres et de magazines sur la maternité? Entre les chapitres sur la grossesse, l'accouchement et d'autres réalités maternelles, on trouve des paragraphes sur la dépression postnatale. Catherine Des Rivières-Pigeon, professeure au Département de sociologie de l'UQAM, et deux de ses collègues de l'Université Laval - Diane Vincent et Caroline Gagné - se sont demandé ce que disent ces écrits et quels effets ils ont sur ces femmes qui les lisent. En résulte un ouvrage à la fois critique et grand public : Les paradoxes de l'information sur la dépression postnatale.

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Catherine Des Rivières-Pigeon, professeure au Département de sociologie de l'UQAM, apporte un éclairage sur les différents discours portant sur la dépression qui survient en contexte périnatal.

Des paradoxes autour de la dépression postnatale, il y en a beaucoup, y compris dans les écrits les plus scientifiques. C'est d'ailleurs de ce constat qu'est partie Catherine Des Rivières-Pigeon. Il n'y a pas de consensus du milieu médical pour affirmer que les symptômes de la dépression postnatale (à ne pas confondre avec le baby blues ou la psychose puerpérale) sont différents de ceux d'une dépression «classique».

«Certains scientifiques disent que ce n'est pas postnatal, mentionne l'auteure, alors pourquoi on l'appelle comme ça?» Peut-être parce que cette terminologie-là est moins taboue, plus socialement acceptée, suppose-t-elle. Et peut-être moins culpabilisante pour les mamans qui en souffrent.

La première partie du livre dresse une synthèse bien vulgarisée de cette question scientifique et des nombreuses questions qu'elle soulève. Ces quelques chapitres très instructifs, tout en étant ludiques, balayent quelques croyances ou préjugés mal-fondés sur cette pathologie.

Discours populaires

Considérant ces discours scientifiques qui ne s'accordent pas entre eux, les trois auteurs ont voulu savoir si les discours populaires - ceux que l'on retrouve dans les livres et les magazines - relatent les mêmes paradoxes. Premier constat: effectivement, les discours populaires véhiculent l'idée que la dépression postnatale est spécifique, sans jamais dire que les symptômes sont les mêmes que pour toutes les dépressions. «On s'attendait à ça», souligne Catherine Des Rivières-Pigeon.

Le deuxième constat était, quant à lui, beaucoup moins attendu. «Quand on analyse le contenu des articles, les facteurs de risque, les symptômes et les conséquences de la dépression postnatale, on sent une dramatisation», indique l'auteur. «Mais quand on arrive dans les recommandations, c'est un tout autre registre!»

«Mères dépressives mais pimpantes»

Bien entendu, les discours populaires dressent des listes de recommandations, en cas de dépression postnatale. Et ce, en fonction des symptômes. «Mais ça ne cadre pas, ça tient de l'absurde», clame Catherine Des Rivières-Pigeon. Plusieurs exemples sont parlants à cet égard. À une mère qui souffre d'isolement, on lui recommande de se confier, de ne pas rester seule, de mobiliser son réseau ou de retourner travailler (p. 106). Mais on souffre d'isolement justement parce qu'on n'a personne à qui se confier, que notre réseau est réduit.

Quant à l'idée de retourner travailler, plus facile à dire qu'à faire quand on est mère d'un enfant naissant. Autre exemple: à une mère fatiguée, en proie à des troubles du sommeil ou à une perte d'appétit, on l'invite à se reposer, à cuisiner et à manger... raisonnement digne de La Palisse. «On ne dit pas à une personne anorexique que pour régler son problème, elle n'a qu'à bien manger», compare-t-elle.

En fait, on demande aux mères dépressives de tout de même être en contrôle et d'être pimpantes, ce qui a inspiré aux auteures le sous-titre du livre. «Pourquoi on dit des choses pareilles?» se questionne Mme Des Rivières-Pigeon. «Il y a des conséquences sur les femmes, elles ne se sentent pas capables de suivre les recommandations, ce qui est culpabilisant.»

Cette vision idéalisée de la maternité, ces discours sont aussi néfastes pour le grand public. «Ça laisse une impression de facilité face à la dépression postnatale. La mère n'a qu'à se maquiller, sortir un peu et elle va aller mieux? C'est de la minimisation et ça revient à blâmer la victime», affirme l'auteure.

Ce livre est un éclairage sur les différents discours portant sur la dépression qui survient en contexte périnatal, l'analyse est poussée sans que cela ne rende la lecture ardue. Si l'ouvrage s'adresse aux mères en général et aux mères dépressives en particulier, il intéressera aussi les personnes qui encadrent ces dames: les pères, la famille et les amis, les professionnels. Et bien entendu, le bouquin ne tombe pas dans le piège qu'il dénonce, soit celui de la recommandation. Sauf une: se méfier des conséquences souvent sourdes que l'image idéalisée de la maternité peut avoir sur les mères elles-mêmes, sur toute personne qui les entoure et sur nos perceptions à ce sujet.

CATHERINE DES RIVIÈRES-PIGEON, DIANE VINCENT et CAROLINE GAGNÉ. Les paradoxes de l'information sur la dépression postnatale. Mères dépressives mais pimpantes, Éditions Nota bene, collection Santé et société, 145 p. 19,95$

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