Élise Demers et Nicolas Fontaine ont fait le pari de vivre sans voiture en 2008, avant l'arrivée de leurs deux filles de trois ans et sept mois, Charlotte et Malorie. Leur véhicule prenant de l'âge, ils ont décidé de s'en débarrasser, tout simplement. Leurs lieux de travail, en ville, étaient accessibles par d'autres moyens de transport.
Le couple a quitté depuis peu le quartier Saint-Jean-Baptiste pour s'installer dans Limoilou, près d'un trajet de Métrobus. Les autobus fréquents offrent la flexibilité nécessaire avec les enfants. Même s'il a trouvé un espace de stationnement en déménageant, le couple n'a pas l'intention de le remplir. Pour économiser, avant tout, mais aussi pour leurs convictions écologiques.
M. Fontaine possède deux vélos, dont un est muni d'un siège pour enfant. Un chariot double qui se transforme en poussette est aussi utilisé pour les courses. Sa conjointe opte plutôt pour la marche et l'autobus.
Sauf l'hiver [et actuellement, puisqu'il est en congé de paternité], M. Fontaine va reconduire la plus vieille à vélo à la garderie dans le Vieux-Port avant de monter dans le Vieux-Québec pour travailler. Les déplacements prennent environ 20 minutes. Bien moins que ce dont plusieurs ont besoin pour aller au boulot en voiture.
Sa conjointe, elle, voyage à pied. Pour se rendre à la garderie et ensuite au travail dans le quartier Saint-Roch, elle compte 50 minutes. «Je n'ai pas à aller m'entraîner le soir pour me mettre en forme!» note-t-elle.
Pour leurs besoins ponctuels, comme des courses ou pour visiter parents et amis qui habitent la région, le couple s'est abonné au service de partage de voiture Communauto. Quelques points de service se trouvent près de leur demeure. «La plupart du temps, je peux réserver une demi-heure à l'avance. C'est assez flexible», note M. Fontaine. Pour les escapades de fin de semaine, il indique que la location d'un véhicule est plus avantageuse. Et le taxi entre aussi dans leur formule transport, pour les cas pressants.
Mais vivre sans voiture n'est pas pour tout le monde, consent la jeune famille. «Si j'habitais à Lac-Beauport, ce serait une sacrée opération! lance M. Fontaine. Ici, dans Limoilou, on est très mobiles, on profite aussi du plaisir de ne pas avoir d'auto, de l'environnement urbain en marchant ou en vélo. Ou en bus, on peut lire.»
Confronter «le système»
«Avec deux enfants, la poussette, un sac à couches, ça fait du stock. C'est sûr que c'est plus difficile», continue le papa. Et le couple a souvent l'impression de confronter «le Système». Leurs proches leur font remarquer qu'ils se compliquent la vie. «J'ai pensé aux qu'en-dira-t-on», affirme Mme Demers. La tentation de racheter un véhicule surgit de temps à autre. Et plus souvent avec l'arrivée de la saison froide. Mais les économies parlent d'elles-mêmes: il leur en coûte entre 2000 et 2500 $ de transport par année, compte M. Fontaine. Essence, billets de bus et courses de taxi inclus.
Début 2012, le CAA-Québec évaluait les coûts de propriété moyens d'une berline neuve (pour 18 000 km parcourus) dont la dépréciation est amortie sur quatre ans à 7450 $ par an. À la facture, il faut ajouter le carburant, l'entretien et les pneus. «Ça représente quoi dans une année? Un voyage de plus? Un paiement sur l'hypothèque? C'est motivant!» illustre M. Fontaine.
«Ce n'est pas un sacrifice de ne pas avoir d'auto, mais je devrais faire des sacrifices si j'en avais une», analyse Mme Demers, qui revient d'un voyage à Barcelone avec sa plus jeune. «La question qui me vient en tête: "Est-ce que j'ai envie de m'encombrer d'une voiture?" Je pense que ça en dit long. On a pris l'habitude. Je pense à la marche en premier. La voiture vient en troisième.»
Pas besoin de se débarrasser de son véhicule pour essayer des modes de transport différents. «On peut faire des tests et conserver son auto pour les longues distances», propose M. Fontaine. «Le prix du gaz va probablement augmenter. Les coûts marginaux aussi. Il y a des gens qui vont devoir changer d'habitudes», prédit-il.
La Journée sans voiture, le 22 septembre, est une bonne occasion de faire l'expérience à Québec. Le transport en commun du Réseau de transport de la Capitale est gratuit.