Costumes d'écolier à boutons dorés
Mon père apportait la très grosse valise métallique dans le salon et ma mère commençait à y placer tout ce qui serait nécessaire pour la saison d'automne. Draps et couvertures chaudes au fond de la malle sur lesquels elle déposait ce qu'il fallait pour la classe, soit les costumes d'écolier bleu marine avec double galon doré aux poignets et boutons dorés à l'avant qui rappelaient la tenue d'apparat des capitaines de navire. Culottes courtes et pantalons assortis au veston, selon que la journée de classe serait chaude ou froide. Les petites chemises blanches repassées s'empilaient, attendant d'être portées avec leur petit noeud papillon rouge. Et venaient les rejoindre les vêtements d'activités physiques également aux couleurs de l'institution et les solides vêtements de jeu pour les fins de journée. Et il y avait l'obligatoire visite chez le barbier la veille ou l'avant-veille du grand départ. Pas de doute, le petit pensionnaire s'apprêtait à quitter ses amis latuquois pour plusieurs semaines afin d'aller rejoindre ses copains du Jardin de l'Enfance à Trois-Rivières sous la bienveillante attention des Filles de Jésus. Souvenir des années 60...
Pierre-Paul, 57 ans
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À la René Simard
La rentrée, quand j'étais jeune, ça voulait dire trois choses: l'Expo (qui commençait plus tard, pas à la mi-août comme maintenant), des vêtements neufs et ma fête, le 5 septembre! Pour l'Expo, j'y allais plusieurs fois, notamment une journée seule avec mon père pour gagner des toutous et des verres, dans lesquels on lançait des 10 cents. Plus grande, je me prenais au moins une soirée avec ma meilleure amie pour aller faire les manèges, du plus niaiseux au plus épeurant (le summum était le Zipper!). On revenait dépeignées et les joues rouges! Au primaire, j'adorais l'école, alors ce n'était pas un calvaire d'y revenir. En plus, on avait plein de vêtements neufs et de nouveaux souliers, que demander de plus? Je me souviens particulièrement de mon kit René Simard, qui était mon idole de jeunesse absolue. Il avait sa ligne de vêtements, avec sa face sur le devant ou le dos du chandail ou du veston. J'avais tout, bien sûr, et en prime, une coupe de cheveux... René Simard. Comme en plus on était dans le coin de ma fête, la party était complet!
Josée, 45 ans
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La photo sur le perron
Les deux classiques de la rentrée, pour moi, étaient d'aller magasiner les nouvelles fournitures scolaires et de prendre une photo. J'adorais aller magasiner les cahiers tout neufs, choisir leur couleur, suivre la liste fournie par l'école... C'était comme un suspense qui prenait forme: qu'allions-nous faire avec tel cartable ou telle chemise? Avec la colle, les ciseaux, les crayons de couleur? Après, on pouvait tout ranger en ordre dans un sac neuf. Puis, le matin de la rentrée, tout excitée, j'enfilais mon p'tit kit neuf acheté spécialement pour le début de l'école, et mes parents nous prenaient en photo, mes deux frères et moi, un après l'autre, sur le perron. Toujours au même endroit, ce qui fait qu'aujourd'hui, on peut constater l'évolution au fil des ans! Après, on marchait vers l'école, et le dernier des suspenses prenait fin: à mon école primaire, il fallait faire la file dans la cour d'école, devant la table attitrée à son niveau, pour découvrir qui allait être son professeur... et donc, les amis qui allaient être dans notre classe aussi! Je me souviens même d'une année où mon frère et moi avons découvert que nous étions dans la même classe, à double niveau. Pour moi, ce sont de beaux souvenirs, mais il faut dire que j'adorais l'école...
Isabelle, 23 ans
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Le nez dans les livres
La rentrée est un souvenir olfactif qui me transporte sans doute autant, mais en moins de pages, que les madeleines le firent pour Proust. Pour aller aux Ursulines, il fallait acheter les manuels, ce qui a d'abord voulu dire une visite à la fin d'août à l'Institut pédagogique, rue Sainte-Anne (je crois), puis sur la mezzanine de la Librairie Garneau, rue Buade. Si l'adresse et même le nom du premier sont un peu estompés dans ma mémoire, l'odeur de ce lieu déjà hors du temps m'est restée. Une odeur que je n'aurais pas su appeler autrement que l'odeur de la rentrée et qui était sans doute le parfum du bois patiné des vieux comptoirs. Mon nez, justement, n'arrivait pas à hauteur de ces comptoirs et je trépignais d'impatience tandis qu'un commis y empilait ce que j'allais devoir absorber durant l'année.
Ève
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Retour à la ville
La rentrée scolaire, c'est le chant du cygne de l'été. Terminus des vacances. Les verges d'or qui fleurissent au chalet, c'est le retour à la ville. Ce pèlerinage a toujours trouvé son chemin en passant par le 5-10-15 Giguère, à Louiseville. Magasin général où j'allais acheter mes cahiers Canada couverts de forêts automnales et d'hommes à la pêche. Crayons jaunes, stylo rouge et papier brun pour recouvrir mes livres. J'y allais hier avec ma mère, j'y retourne aujourd'hui avec ma fille. Pour sentir. Mes souvenirs d'odeur. La même. Chaque année. Avec l'émerveillement en bout d'allée.
Patric, 48 ans
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Vent de renouveau
Après l'engourdissement et la paresse de l'été, cette période évoque pour moi le renouveau. D'abord, il y avait l'achat du matériel scolaire. L'odeur des cahiers, cartables et crayons neufs m'enivrait. Nous avions droit à un kit de vêtements et de souliers neufs. Nous étions choyés : nous pouvions choisir la couleur de nos chaussures. Dans les années 60-70, ce n'était pas rien. À l'époque, la rentrée se faisait après la fête du Travail. Depuis ce temps, le lendemain de ce jour férié, je m'habille tout de neuf. Ainsi, je me sens imprégnée d'une aura de «nouveau départ» et de «tout-peut-arriver». Encore aujourd'hui, à l'aube de la cinquantaine et malgré les tracas et les inquiétudes du quotidien, la rentrée me redonne confiance en la vie. Quand j'y pense, j'ai envie de la caresse d'un doux lainage sur ma peau et du goût exquis du pot-au-feu de maman. Et l'odeur d'un crayon de bois fraîchement aiguisé me fait toujours autant d'effet.
Martine