Daddy, Papa et moi...

Raphaël Sutherland-Ortega, entouré de son daddy, Gary Sutherland,... (Photo fournie par Gary Sutherland)

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Raphaël Sutherland-Ortega, entouré de son daddy, Gary Sutherland, et de son papa, Antonio Ortega

Photo fournie par Gary Sutherland

Josianne Desloges

Josianne Desloges
Le Soleil

(Québec) Il y a dix ans, en juin 2002, la Loi sur l'union civile est adoptée au Québec, établissant de nouvelles règles de filiation. Les couples de sexes différents ou de même sexe qui souhaitent s'engager publiquement à faire vie commune obtiennent reconnaissance et légitimité. Trois témoignages devant les membres de l'Assemblée nationale ont fait monter les larmes aux yeux de tous les gens présents : ceux de trois jeunes adultes élevés par des parents de même sexe, qui déplorent que leur situation familiale ne soit pas clairement acceptée par la société québécoise. La loi 84, fait rare, est adoptée à l'unanimité.

Voici l'histoire de Raphaël, de sa petite soeur et de ses deux papas. Une famille atypique... mais quelle famille ne l'est pas

Gary Sutherland et son conjoint, Antonio Ortega, ont deux enfants, qu'ils ont pu accueillir par l'intermédiaire du programme banque mixte, régi par les centres jeunesse du Québec. Une belle histoire d'amour, qui montre que la filiation va bien au-delà des liens du sang et des cultures.

Pour les couples d'hommes, former une famille passe le plus souvent par l'adoption. Pour l'adoption internationale, il faut être un couple hétérosexuel marié ou être célibataire, indique M. Sutherland, qui est coprésident de la Coalition des familles homoparentales du Québec. Beaucoup d'homosexuels se tournent donc vers l'adoption au Québec, où il est possible de faire toutes les démarches en tant que couple. Le programme banque mixte permet de devenir famille d'accueil en vue d'adopter. Toutefois, il n'existe aucune garantie que l'enfant devienne adoptable et un suivi assez intrusif - bien que rassurant au début - est effectué par différents intervenants.

Le personnel du centre jeunesse évalue si les couples - tous les couples - ont des aptitudes parentales, une relation solide, et aussi s'ils ont fait le deuil d'avoir des enfants biologiques. «Pour les couples d'hommes, la question ne se pose pas vraiment», souligne-t-il. Mais, surtout, il faut avoir un désir réel et impérieux de fonder une famille dont l'enfant sera le centre.

«Moi, je ne pouvais pas accueillir un enfant à moitié. On le fait avec la foi et la conviction qu'on crée une famille pour cet enfant-là. Ce n'est pas les liens juridiques qui forment une famille, ce n'est pas non plus les liens de sang, d'après moi. Ça va beaucoup plus loin que ça», indique M. Sutherland. Lorsque l'enfant est adopté et porte le nom de ses parents, ça aide à renforcer le lien. Mais partager des connaissances, des habitudes, des façons de faire contribue aussi à construire le tissu familial.

Chez les Sutherland-Ortega, on parle français, anglais et espagnol. Antonio est d'origine mexicaine, et les deux enfants sont d'origine haïtienne.

Lorsque son fils Raphaël est entré à la maternelle l'an dernier, Gary Sutherland a rencontré la direction de l'école et est allé droit au but : «Vous savez, Raphaël est noir, élevé par des parents qui ne le sont pas, il a été adopté, et il a deux pères», a-t-il dit, convaincu de l'importance de garder un dialogue ouvert avec les éducateurs, mais aussi d'outiller l'enfant pour qu'il soit capable de raconter et de s'approprier son histoire familiale.

«Nous parlons très clairement aux enfants de leur adoption, de leur arrivée dans notre famille. À deux ans, le récit est relativement simple, mais avec le temps, on agrège d'autres éléments, des détails s'ajoutent.» Raphaël sait qu'une femme l'a portée dans son ventre, mais qu'elle n'a pas pu s'occuper de lui. «Il ne pose pas tellement de questions sur ses parents biologiques, mais plutôt sur ses premiers contacts avec nous», explique M. Sutherland.

Première rencontre

Le souvenir de sa première rencontre avec Raphaël l'émeut encore. «Il avait quatre mois environ, et lorsque je me suis approché, il a agrippé mon doigt tout de suite. Nous sommes allés le voir dans sa famille d'accueil de transition pendant une heure, pour lui donner un biberon, changer sa couche, jouer avec lui. Quatre jours plus tard, nous faisions la transition - donc nous avons dû rassembler tout ce qu'il fallait très vite», raconte-t-il.

Après l'arrivée du bébé, les nouveaux papas ont dû dégager une nouvelle assurance en public. «On passe assez inaperçus dans la population en tant qu'homosexuels, raconte M. Sutherland, mais avec un enfant, surtout un enfant qui ne nous ressemble pas, il faut savoir répondre aux questions.

«Dans le métro, quand Raphaël avait quelques mois, les gens me demandaient si sa mère était noire. Naturellement, je répondais oui, sans avoir trop envie de déballer toute notre histoire à des inconnus. Mais j'ai vite réalisé que lorsque l'enfant serait capable de comprendre, cette réponse ne serait pas suffisante, qu'il fallait que j'ajoute que je l'avais adopté, avec mon conjoint.»

L'exercice a bien fonctionné. Au camp de jour cet été, Raphaël était très à l'aise de parler de Daddy (Gary) et Papa (Antonio) avec ses nouveaux amis. «C'est sa réalité. Je me souviens d'une fois où il a décliné tout le pedigree des familles de sa garderie. Un papa et une maman, des parents séparés et une nouvelle maman, deux papas et deux mamans... Avec les séparations et les familles recomposées, il y a toutes sortes de modèles familiaux maintenant, et les enfants comprennent très bien ça», explique le papa, visiblement comblé.

Pour des informations et des formations pour les futurs parents et enseignants : www.familleshomoparentales.org

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