Pour Sophie Van der Linden, spécialiste des albums jeunesse et critique d'ouvrages de littérature jeunesse en France, l'ère numérique «va forcément changer des choses en termes de lecture, mais ce n'est ni grave, ni dévalorisant. Au contraire, cela permet l'acquisition de compétences cognitives additionnelles». Mais ça ne bouleversera pas les habitudes de lecture. L'experte se souvient que l'arrivée massive de la bande dessinée avait aussi inquiété et que, pourtant, les enfants ont continué à lire des livres.
«Un bon livre numérique devrait exploiter toutes les possibilités offertes par ce support, et il y aura un nouveau mode d'expression à partir de ces possibilités», explique Sophie Van der Linden. Ainsi, l'usage de l'audio, couplé au visuel, marié à l'animation et à l'infinité des liens (tant qu'ils sont de qualité), le tout additionné à la lecture, représente les avantages d'une telle technologie.
Olivia Wu, animatrice et productrice de l'émission Contes de faits, diffusée sur les ondes de CKRL (émission sur la littérature jeunesse), abonde en ce sens. «C'est une évolution pour le mieux, affirme-t-elle. Le numérique est interactif et ludique, et au bout du compte, ça interpelle la concentration de l'enfant.» Les livres numériques offrent beaucoup de «bonis», des petits jeux ou des activités qui poussent l'enfant à comprendre plus finement le texte lu et à développer des habiletés connexes à la lecture.
Selon Érick Falardeau, professeur de didactique du français à l'Université Laval, «il n'y a pas de problème à lire des livres numériques pour les jeunes. Ce n'est pas la même activité de lecture, mais ça n'a pas d'impact négatif sur la pratique de la lecture. Et le livre numérique peut être une source de motivation.» M. Falardeau ajoute que le livre, c'est d'abord une question d'expérience de lecture avant d'être une question de support. «Le fétichisme du livre, c'est une chose d'adulte», rigole-t-il.