Mais pourquoi je deviendrais adulte?

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Sophie Gall
Le Soleil

(Québec) Le sentiment de manquer de temps, de vivre dans l'accumulation des choses faites et à faire n'est pas exclusif aux adultes. Cela fait aussi partie du quotidien de certains adolescents pour qui le rapport au temps est complexe. Loin du catastrophisme, Jocelyn Lachance, chercheur postdoctoral à l'Observatoire jeunes et société de l'Institut national de la recherche scientifique, présente dans son dernier livre cette adolescence hypermoderne coincée entre jeunesse effrénée et injonction d'autonomie.

Observations sociologiques et études montrent qu'en général, on a plus de temps libre qu'il y a quelques décennies. Mais l'impression de manquer de temps est sans cesse grandissante, y compris chez les adolescents. La densification des activités, les modes qui se suivent et les évolutions technologiques qu'il faut assimiler rapidement y sont pour quelque chose.

«Les ados sont très sollicités, ils doivent courir après le changement pour s'adapter, suivre le rythme et se tenir informés», explique Jocelyn Lachance, qui a mené une enquête auprès de jeunes de 15 à 19 ans. Cette polyvalence est nécessaire, au risque de se faire marginaliser. Alors que l'adolescence est, par définition, une période de transformations sur plusieurs plans, le quotidien des adolescents y ajoute nombre de changements fréquents.

Les ados connaissent un sentiment d'urgence. Et l'adage «profites-en pendant que tu es jeune» n'y est pas pour rien. «Vieillir et devenir adulte n'est pas bien vu chez les adolescents, c'est synonyme de ringardise», souligne l'expert. Cette perception pousse les jeunes à l'expérimentation, le chercheur parle de la «boulimie d'activités». «Les horaires des ados sont de plus en plus remplis, le stress qui faisait son apparition à 17, 18 ans est maintenant ressenti vers 13, 14 ans.»

L'optique de devenir adulte n'est pas enchanteresse, «en tant qu'ado, leur temps est compté», selon l'expert. Et l'incertitude quant à leur avenir n'aide pas. «L'avenir fait partie du présent et est angoissant», lance-t-il. À une époque, le sentiment de liberté venait avec l'entrée sur le marché du travail. «Aujourd'hui, ce sentiment est plutôt ressenti alors que les ados vivent en famille. La vie professionnelle incertaine est vue comme brimant les libertés, avec des horaires, etc.» Conséquence : l'adulescence ou le prolongement d'un mode de vie adolescent dans la vie adulte... plus communément désigné par le «phénomène Tanguy».

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