Avec elle, le temps passe trop vite

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Yves Dalpé
Yves Dalpé

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Un client me confia un jour qu'il avait reculé d'une heure la montre-bracelet de sa maîtresse, à son insu, pour qu'elle reste plus longtemps avec lui. Certaines personnes sont tellement chaleureuses qu'on aime d'emblée leur présence et qu'on est déçu quand l'heure de la séparation arrive. Mais parfois, cette qualité fait partie du tableau d'une personnalité très troublée qu'on ne détecte pas nécessairement à première vue. La personne vibrante par excellence peut être une borderline.

La personnalité borderline (appelée aussi trouble de personnalité limite [TPL]) est le trouble de personnalité le plus fréquent. Et au moins trois fois plus de femmes que d'hommes sont diagnostiquées comme telles. Cette personnalité est particulièrement mouvementée. Le DSM décrit les borderlines à peu près de la manière suivante : ce sont des personnes dont les relations interpersonnelles, l'image de soi et les émotions sont instables, avec une impulsivité marquée. Elles peuvent consacrer des efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés.

Leurs relations interpersonnelles, instables et intenses, peuvent alterner entre des positions d'idéalisation excessive d'un être aimé suivies d'une dévalorisation abrupte. Leur identité peut être perturbée. Ces personnes peuvent être impulsives dans plusieurs domaines comme les dépenses, la sexualité, la toxicomanie, la conduite automobile (conduite dangereuse) et la nourriture (crises de boulimie). Elles peuvent être suicidaires et peuvent s'automutiler. Leur humeur peut être très instable avec des épisodes de dépression, d'irritabilité ou d'anxiété qui peuvent durer quelques heures, mais rarement plus que quelques jours. Elles peuvent éprouver des sentiments chroniques de vide. Elles peuvent faire des colères intenses et inappropriées, et avoir de la difficulté à se contrôler.

Les gens confondent facilement cette personnalité avec la bipolarité parce que les borderlines changent rapidement d'humeur passant d'un état d'exaltation à une déprime momentanée ou d'une valorisation de leur interlocuteur à la «démonisation» de celui-ci. De leurs côtés, les bipolaires sont des gens qui alternent entre des périodes stables de bonne humeur excessive et des périodes stables de dépression pouvant durer plusieurs semaines sinon plusieurs mois. Les borderlines au contraire peuvent changer d'humeur d'une seconde à l'autre.

En fait, la personne borderline se défend à la fois contre la honte et à la fois contre la peur d'être abandonnée. Typiquement, la borderline a été élevée par des parents qui étaient particulièrement inadéquats. Soit qu'ils étaient absents, alcooliques, abusifs, non disponibles sur le plan émotionnel, ou même psychotiques. Et c'est comme si la personne borderline était portée à répéter le scénario cauchemardesque de son enfance en s'impliquant dans des relations amoureuses abusives, contrôlantes et mal adaptées avec des hommes qui sont incapables de rencontrer ses besoins affectifs, comme les narcissiques par exemple. Mais on la retrouve souvent avec des conjoints qui manquent de vitalité et qui ont besoin de stimulation émotionnelle. Ceux-ci sont égayés par la vitalité et l'exubérance de la borderline. Cependant, le prix à payer est énorme, car les borderlines ont un très mauvais caractère.

Un tiers des gens qui souffrent du désordre de la colère se retrouverait chez les borderlines. Ce qui est navrant c'est que les borderlines, comme tous les gens remplis de colère, sont peu motivés à changer cet aspect d'eux-mêmes, voulant plutôt changer les autres qui provoquent leurs colères. Pourtant, les borderlines ont absolument besoin d'apprendre à se contenir dans la vie. Ces peurs d'être abandonnés qui les mettent particulièrement hors d'eux-mêmes doivent être comprises et travaillées au lieu d'être transférées sur tous ceux qui s'approchent d'eux avec affection.

Cette personnalité est fort malsaine et même dangereuse, car c'est là où on retrouve le plus haut taux de suicide. Comme pour tous les troubles de personnalité, c'est une question de gradation, cependant. Certains borderlines sont tolérables et même très attachants tandis que d'autres sont exécrables et suscitent le rejet immédiat. Que faire? Même si ces personnes sont friandes d'antidépresseurs et d'anxiolytiques, ces psychotropes ne corrigeront pas leurs attitudes, ne rempliront pas leur vide et ne leur donneront pas la joie de vivre. La psychothérapie intensive individuelle et la psychothérapie de groupe sont particulièrement indiquées.

Je parie que l'amant ayant retardé d'une heure la montre-bracelet de sa belle maîtresse se gave d'illusions avec celle-ci parce qu'il ne partage pas avec elle la vie réelle. Éventuellement, il pourrait regretter amèrement son choix s'il unissait sa vie à cette borderline qui lui en ferait voir de toutes les couleurs. Mais je tourne les coins ronds en m'exprimant ainsi. Autant les borderlines peuvent être insupportables, autant la vie est fébrile avec ces personnes. Or, certains conjoints ressentent le besoin de cette intensité émotionnelle. D'où ce choix amoureux d'une borderline.

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