Êtes-vous plus susceptible que vous pensez?

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Yves Dalpé
Yves Dalpé
Le Soleil

(Québec) Un jour, un de mes clients arrive en retard à son entrevue. Et il m'explique dès le début de notre entretien que c'est en route vers mon cabinet qu'il a tout à coup compris pourquoi il ne s'est pas présenté à sa séance de thérapie la semaine précédente et pourquoi il est en retard cette fois-ci. En fait, lors de notre dernière entrevue, il n'avait pas aimé ma remarque sur son attitude trop molle envers son entourage qui abusait de lui, me confie-t-il. Cet homme fait partie des trop gentils, qui préfèrent endurer des situations désagréables plutôt que de susciter des conflits. Il s'était donc comporté de sa manière habituelle avec moi, préférant s'esquiver de son heure de thérapie plutôt que de me révéler sa frustration. Et peut-être avec l'intention inconsciente de me punir.

Personne n'aime entendre des vérités négatives sur soi. On devient vite défensif. Les psychologues le savent trop bien. C'est pourquoi ils accompagnent vos propos en psychothérapie de beaucoup de «hum... hum...» surtout au début de votre processus.

Certains clients ne le comprennent pas et avortent leur thérapie après une session ou deux. Ils se croient bien malins. Pourtant, avec l'expérience les psychologues en viennent à comprendre très vite la source des malaises que leur confient leurs nouveaux clients. Mais ils savent qu'ils doivent d'abord établir un climat de confiance entre eux et leurs clients avant de les confronter à leurs réalités.

Certains clients me demandent tout de même dès le début de ne pas les épargner, car ils veulent du rendement, me disent-ils. Ce sont souvent les plus susceptibles. Si je suis assez naïf pour les croire et que je leur communique trop vite ce que je pense d'eux, je ne les revois plus. Vexés, ils s'enfuient et ne croient pas un mot de ce que je leur ai dit.

Ceux qui se vantent d'être francs et de toujours «donner l'heure juste» sont souvent ce genre de personnes qui proclament leurs perceptions sans se soucier de la réceptivité de leurs interlocuteurs. Ils peuvent être rudes. On ne peut pas tout dire aux autres. Il faut toujours mesurer leur niveau de réceptivité.

Le truc, c'est de commencer par une petite cuillerée et si ça passe, on en rajoute. Les personnes qui manquent de contact avec les sentiments de leurs interlocuteurs déversent facilement leur fiel sans réaliser comment c'est mal reçu. Non seulement sont-ils alors inefficaces dans la transmission de leur message, mais en plus ils irritent leurs vis-à-vis qui accumuleront ainsi de l'amertume. Et paradoxalement, ce sont habituellement ceux qui bousculent le plus les autres qui sont les plus susceptibles. Par exemple, les narcissiques, qui sont pourtant méprisants et arrogants, sont très fragiles à la critique. Le moindre reproche et la moindre allusion à un défaut les rendent défensifs et désagréables.

Je suis souvent scandalisé en entrevue par le manque d'empathie d'un conjoint envers l'autre. Parfois, ça me fait même mal. Et j'interviens beaucoup à ce niveau. Une de mes techniques fondamentales est tout simplement de m'adresser à chacun des conjoints avec énormément de tact et d'empathie, servant ainsi de modèle au couple.

Mine de rien, j'utilise les sujets qu'ils abordent spontanément dans mon bureau pour leur montrer par l'exemple comment on fait pour se parler correctement en se respectant. L'essentiel de tout dialogue, c'est le contact avec l'autre. Autrement dit, Il faut rester connecté à l'état d'âme de notre interlocuteur et réagir en conséquence. Moins on est ainsi branché sur les émotions de l'autre, plus on monologue devant l'autre au lieu d'être en réelle communication. Et plus, au contraire, on dialogue vraiment en prenant soin des réactions de l'autre, plus on peut lui dire des vérités difficiles.

C'est la valeur de chaque personne qui est en cause ici. Nous sommes tous très soucieux de notre valeur aux yeux des autres et nous défendons notre fort. Ceux qui ont une meilleure estime d'eux-mêmes sont ceux qui sont le moins susceptibles. Ce sont donc eux qui ont le plus de chance de bénéficier des feedbacks de leurs proches et de leurs conseils. Avez-vous déjà remarqué comment il est frustrant de ne pas pouvoir aider une personne qui nous est chère en lui expliquant en quoi elle est vulnérable dans la vie? C'est du matériel très délicat.

En réalité, nous sommes tous passablement susceptibles. Alors, pourquoi ne pas prendre soin de «l'honneur» des autres, pour reprendre l'expression d'une cliente qui parlait de ses efforts pour protéger l'estime de soi de son mari?

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