Les antidépresseurs ne sont pas des bonbons

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Yves Dalpé, psychologue
Le Soleil

(Québec) Je sais que j'aborde aujourd'hui un sujet dérangeant pour bien des Québécois, mais je suis très perplexe devant l'ampleur de la prescription de psychotropes au Québec. Je vais partager avec vous certaines données sur la question et je vous laisse le soin d'en juger par vous-mêmes.

Premièrement, les Canadiens sont parmi les plus grands consommateurs de médicaments psychotropes au monde et c'est au Québec qu'on en prescrit le plus. Le coût des psychotropes assumé par le gouvernement du Québec pour couvrir les gens assurés par le régime public d'assurance médicaments (la moitié de la population du Québec) s'approche du milliard annuellement! Or, ces médicaments peuvent présenter de graves inconvénients, ce qui semble sous-estimé ou méconnu. Penchons-nous aujourd'hui sur les antidépresseurs qui sont une sorte de psychotropes.

Les effets dits «secondaires» des antidépresseurs sont fort communs et la combinaison avec d'autres médicaments soulève d'ailleurs le risque de complications sérieuses. Mais non seulement les antidépresseurs peuvent-ils être inconfortables comme dans les cas de constipation, de vision embrouillée, de sécheresse des muqueuses, de somnolence, de maux de tête, de prise importante de poids, de fatigue, etc., mais ils peuvent provoquer de l'anxiété et de l'insomnie, lesquelles comptent justement parmi les principaux symptômes de la dépression!

De plus, ils engendrent de la dépendance, et les effets désagréables de sevrage de ces médicaments amènent les patients qui tentent de s'en passer à y revenir en force, prenant ces effets de sevrage pour une preuve de la nécessité des antidépresseurs dans leur organisme. Je suis surpris de constater que peu de mes clients sont au courant de cette méprise possible quand ils essaient d'arrêter la consommation d'antidépresseurs.

Du côté sexuel, c'est un vrai désastre. Alors que le facteur déclencheur de la dépression est souvent la relation conjugale en souffrance, les antidépresseurs peuvent affecter le fonctionnement sexuel. Aussi désolant que cela paraisse, plus de 70 % des consommateurs de Prozac, de Luvox, de Paxil ou de Zoloft voient leur libido ou leur niveau d'excitation sexuelle s'abaisser, quand ce n'est pas leur capacité orgasmique qui est affectée.

Au congrès mondial de neuropsychopharmacologie tenu en 2012, Avasthi a présenté les résultats d'une recherche effectuée sur des femmes ayant reçu un diagnostic de dépression mais qui étaient alors en rémission et qui avaient consommé un seul antidépresseur durant trois mois et plus. Résultats : tous les aspects de la vie sexuelle étaient affectés négativement. Quatre-vingt-quinze pour cent de ces femmes avaient un désir sexuel diminué, 60 % avaient une diminution de l'excitation sexuelle, 37,5 % avaient une diminution de la lubrification (l'équivalent masculin de l'érection), 63,8 % avaient une diminution de l'orgasme et 25 % avaient de la douleur durant leurs relations sexuelles.

Par ailleurs, un article publié dans l'American Journal of Psychiatry en 2009 par Anderson résume une recherche effectuée sur 166 000 personnes prenant des antidépresseurs. Selon cette recherche, la prise quotidienne d'un antidépresseur à des doses modérées était associée à 84 % d'élévation du risque de contracter le diabète. En 2011, dans une recherche faite par des chercheurs de l'Université Harvard sur 80 000 femmes consommant des antidépresseurs, celles-ci avaient 39 % plus de risques de succomber à un ACV.

Pourtant, Andrews, un universitaire américain, a analysé les résultats de douzaines de recherches faites sur des patients consommant des antidépresseurs pour conclure que ces patients avaient plus de chances de retomber en dépression que les autres. Selon lui, toutes les sortes d'antidépresseurs interfèrent avec les mécanismes naturels de régulation du cerveau même s'ils peuvent réduire les symptômes de dépression à court terme. Plus l'antidépresseur a de l'effet sur les neurotransmetteurs, plus le risque de rechute est grand après l'arrêt de consommation.

Finalement, selon le rapport de la Commission de l'éthique de la science et de la technologie sur les psychotropes remis au gouvernement en 2009, les antidépresseurs sont trop allègrement prescrits. C'est comme si cet excellent rapport sonnait l'alarme sur cette question. On peut y lire : «Les connaissances sur le cerveau, sur le mode de fonctionnement des médicaments et leurs effets secondaires à long terme sur le système nerveux central demeurent limitées à ce jour.»

Ailleurs : «... à ce jour, le fonctionnement du cerveau demeure largement méconnu; par le fait même, les effets potentiels à moyen et à long terme découlant de la prise de neuromédicaments (les psychotropes) le sont également. Conséquemment, la protection des personnes contre les risques peu connus des psychotropes appelle un besoin accru de connaissances dans ce domaine.» (On peut télécharger gratuitement ce document trop méconnu à l'adresse suivante : www.ethique.gouv.qc.ca).

Comme collectivité, sommes-nous rendus à ce point impuissants devant la vie et ses difficultés?

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