L'intelligence: l'hérédité ne compte pas autant qu'on croyait

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Yves Dalpé, psychologue
Le Soleil

(Québec) Un article scientifique publié dans le magazine American Psychologist en mars dernier nous permet d'être à jour en ce qui concerne l'état des connaissances sur l'intelligence. J'adore ce genre de données scientifiques qui démontrent la marge de manoeuvre que nous avons par rapport à notre bagage héréditaire.

Dans les 15 dernières années, il y a eu beaucoup de recherches sur l'intelligence qui ont permis de défaire certains mythes quant à l'hérédité. L'effet des gènes sur l'intelligence, bien qu'indéniable, n'est pas aussi déterminant qu'on croyait il y a 25 ans. En effet, une grande variété de facteurs environnementaux influence l'intelligence.

Entre autres, la classe sociale a une grande influence sur le quotient intellectuel (QI). Une recherche d'envergure (genre méta-analyse) réalisée en 2005 a révélé que des enfants pauvres adoptés par des parents à l'aise financièrement voyaient leur QI augmenter substantiellement (18 points). On sait par ailleurs que, justement, les attitudes parentales ont un effet considérable sur le QI. La stimulation intellectuelle des parents, l'accès qu'ils procurent aux livres, aux magazines, aux journaux, aux ordinateurs, la quantité de lecture faite aux enfants, le nombre d'expériences d'apprentissage procurées par les parents en dehors de la maison et même le niveau de chaleur humaine envers les enfants sont autant de facteurs qui influencent le développement de leur intelligence.

Jusqu'à maintenant, les recherches faites sur des jumeaux identiques qui avaient été séparés à la naissance laissaient croire que l'hérédité était le facteur déterminant pour expliquer les différences de QI. Or, on vient de réaliser que les résultats de la plupart des recherches faites sur des jumeaux identiques sont erronés à cause d'une erreur méthodologique fondamentale. En effet, ces jumeaux sont généralement élevés dans la même classe sociale, même s'ils sont séparés, et c'est donc la variable «classe sociale» qui compte le plus pour expliquer la similitude de leur QI.

La scolarité a une énorme influence sur le QI. Par exemple, un enfant qui commence l'école un an avant les autres aura augmenté son QI de cinq points quand il atteindra la quatrième année et de neuf points une fois rendu en deuxième secondaire. Un enfant qui manque une année scolaire voit son QI diminuer. Le QI des enfants pauvres diminue durant les vacances d'été, alors qu'il augmente chez les enfants les plus riches qui ont la chance de vivre diverses expériences d'apprentissage.

Quant aux personnes vieillissantes, on note des différences décisives de QI attribuables à l'exercice aérobique qui maintient leurs acquis cognitifs. Par exemple, les gens qui font de l'exercice réduisent de beaucoup leurs chances d'avoir l'alzheimer, même s'ils commencent à s'activer physiquement seulement dans la soixantaine. Et les individus qui retardent leur retraite repoussent aussi cette maladie.

Fait intéressant, comme on peut mesurer le QI global des habitants d'un pays, on constate que le QI des populations des pays sous-développés s'accroît à mesure que ces pays se développent. C'est le cas des pays des Caraïbes, où il y a eu des hausses de QI extrêmement élevées. On note des hausses importantes de QI aussi au Brésil, en Argentine et en Espagne. Chez les Américains, le QI s'apprécie de 3 points par 10 ans.

Ces nouvelles données sur l'intelligence concordent avec la découverte récente que le cerveau est «plastique», c'est-à-dire très malléable. Le psychiatre new-yorkais Éric Kandel a gagné un prix Nobel en 2000 en faisant la démonstration de ce fait. L'apprentissage, la pensée et l'action ont un effet déterminant sur l'anatomie de notre cerveau. Voilà l'une des découvertes les plus extraordinaires du XXe siècle. Le QI peut s'élever à la suite des expériences d'apprentissage et la psychothérapie de la parole peut guérir à elle seule des déraillements du cerveau observables à l'aide de scanners. Une bonne nouvelle pour ceux qui souffrent du déficit de l'attention et d'hyperactivité : des programmes d'entraînement de la mémoire sont efficaces (sans Ritalin) autant chez les adultes que chez les enfants.

En conclusion, si on veut rester vif intellectuellement, il faut faire de l'exercice vigoureux et rester très actif. Il ne faut pas avoir peur des emplois exigeants et des loisirs demandant plus de défis cognitifs, bien au contraire. Plus on se donne de nouveaux défis, et plus on vit d'expériences nouvelles, mieux c'est. Apprendre une nouvelle langue étrangère, par exemple, découvrir un nouveau sport, apprendre un instrument de musique, faire de grands changements dans notre style de vie, etc. J'ai remarqué qu'en général, les gens qui valorisent l'effort sont gagnants sur toute la ligne. Ce n'est pas une question d'hérédité, mais de décision personnelle.

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