La tragédie du désir sexuel masculin

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Yves Dalpé
Yves Dalpé
Le Soleil

(Québec) «À l'avenir, tu me le diras quand ça te tentera. Moi, je ne t'en parlerai plus...» Voilà une bien triste phrase que j'entends parfois en thérapie conjugale. Elle renvoie à une tension dans le couple qui doit être absolument résolue si le couple veut survivre.

Parmi les problèmes sexuels, c'est la différence de désir dans un couple qui est de loin la principale source d'insatisfaction sexuelle. Or, la différence de libido entre conjoints transporte, d'après moi, une grande souffrance morale, sous-estimée et mal comprise, qui peut déboucher sur un manque de tendresse généralisé, de l'amertume, de la colère et de la rage dans le couple. Le conjoint privé de sexualité, qui dort parfois sur le divan, se sent rejeté et abandonné, tandis que l'autre, moins intéressé à la chose sexuelle, se sent pourchassé, pressurisé et dominé.

Or, le désir sexuel des hommes est de loin supérieur à celui des femmes, en général. Comme j'ai fait ma thèse doctorale en sexologie (à San Francisco) précisément sur ce sujet, j'ai par la suite suivi attentivement l'évolution des études sur la question de la fréquence des relations sexuelles dans le couple.

Les recherches menées partout dans le monde en arrivent toujours à la constatation suivante. Elles démontrent clairement qu'en général, les femmes sont moins intéressées à la sexualité sur toutes les mesures possibles du désir sexuel : la fréquence des pensées sexuelles, la fréquence du désir d'avoir une relation sexuelle, la fréquence de la masturbation, le nombre de partenaires sexuels, l'utilisation de matériel érotique, la rapidité de l'initiative sexuelle, la dose de communication requise pour passer à l'acte, etc.

C'est ce qui a fait écrire au réputé psychologue américain Baumeister, après avoir analysé l'ensemble des données sur ce sujet, que l'homme vivant en couple ne fait jamais l'amour autant qu'il le désire. C'est pourquoi il a intitulé le chapitre de l'un de ses livres «La tragédie du désir sexuel masculin» pour bien mettre ce problème en relief.

Toutefois, au cours des dernières années, j'ai assisté à une évolution du désir sexuel dans le couple que je n'aurais jamais pu anticiper. En effet, alors que tout au long de ma carrière, j'ai reçu les confidences d'hommes en désarroi devant le manque de désir sexuel de leur conjointe, voilà que ce sont les femmes qui se plaignent dans mon cabinet du manque de relations sexuelles avec leur conjoint! Mon hypothèse, c'est qu'il y a un lien avec le pouvoir dans le couple, et celui-ci a basculé en faveur des femmes. Mais je reviendrai sur ce sujet une autre fois.

Aujourd'hui, je voudrais attirer l'attention sur la principale cause de diminution de la libido dans un couple, qui surpasse d'autres facteurs importants comme la prise d'antidépresseurs et autres médicaments, l'alcool, la fatigue, le stress, la maladie, le style de vie, l'âge et le type de personnalité. Chez les couples jeunes et en bonne santé, c'est la qualité de la relation du couple qui est l'explication numéro un des problèmes de désirs sexuels chroniques.

Il est vrai que tout couple traverse des périodes plus décevantes sur ce plan. L'arrivée du premier bébé, par exemple, a typiquement un effet négatif sur le désir de la femme. Mais si elle est satisfaite de sa relation conjugale, cela se replacera. Et son conjoint mature comprendra le manque de libido de sa bien-aimée sans se sentir abandonné outre mesure.

Le manque de considération de la part du conjoint, le mépris, le manque de dialogue, le manque d'engagement, le manque d'implication dans les tâches domestiques et le manque de temps partagé en couple sont des exemples d'attitudes et de comportements qui abaissent fortement la libido. Mais, aussi, j'ai l'habitude de dire que le désir sexuel coule par le même robinet que l'affirmation de soi dans tout couple. Sans affirmation adéquate de soi, point de satisfaction sexuelle.

En général, les couples font l'amour plusieurs fois par semaine, et la fréquence de croisière s'abaisse lentement avec l'âge. On considère comme anormale une fréquence de relations sexuelles de moins d'une fois par deux semaines pour les personnes de 55 ans et moins. À 70 ans, les couples en bonne santé font encore l'amour une fois par semaine.

Une certaine différence de désir sexuel est donc normale dans un couple et elle doit faire l'objet de négociation comme pour tout le reste. On ne peut s'attendre à ce que l'être aimé ait exactement les mêmes besoins au même moment que soi et à la même intensité. Il n'a pas été mis sur cette planète pour remplir instantanément tous nos besoins...

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