Le secret du narcissique

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Yves Dalpé, psychologue
Le Soleil

(Québec) Les narcissiques n'ont pas bonne presse. Que ce soit à titre de conjoints, de patrons, de collègues ou de clients, ils peuvent être très désagréables avec leur air de supériorité, leur mépris et leur arrogance. Dans leur relation de couple, ils s'attendent à ce que l'autre les admire, les valide et confirme leur «grandeur» de façon constante.

Au travail, ils ne tolèrent pas la critique, ils se positionnent pour être perçus comme indispensables et pour dominer. En général, ils s'intéressent aux gens pour en tirer des bénéfices. Ils perçoivent les autres comme une extension d'eux-mêmes. Ils les utilisent pour assurer leurs différents besoins personnels et surtout pour rehausser leur valeur personnelle. Incapables d'empathie, ils démontrent des signes de sympathie seulement pour atteindre leurs buts égoïstes.

Remarquez qu'il y a toutes sortes de narcissiques. Certains sont extrêmement déplaisants envers leur entourage. D'autres sont plus sophistiqués dans l'expression de leur mépris et apparaissent comme plus sympathiques. Mais le fond de leur personnalité reste semblable. Alors qu'ils méprisent les autres, les narcissiques s'attendent pourtant à beaucoup d'admiration et de considération de la part des gens. Ils carburent à l'admiration avec un besoin déraisonnable d'être valorisés, craints et enviés.

Savez-vous pourquoi? Voici leur secret. Ce qu'on ressent à leur contact, cette impression de valoir si peu, c'est ce que les narcissiques ressentent au plus profond d'eux-mêmes, mais qu'ils se cachent à eux-mêmes et surtout qu'ils veulent cacher à tout prix à l'univers entier. Pour s'en défendre, ils nous font sentir à leur place ce qu'ils redoutent le plus dans la vie : être nuls et insignifiants.

Les narcissiques ne sont pas enclins à la dépression qui ne sied pas très bien à leur image personnelle. Quand la dépression s'amène, d'habitude elle ne dure pas longtemps. Parfois, un seul événement comme une défaite humiliante ou une critique publique peut les plonger dans une dépression majeure brève mais sévère. Il arrive qu'une séparation conjugale joue ce rôle et que les enfants du narcissique le poussent à consulter en le voyant défait. En général, c'est quand leurs fantaisies de succès et d'admiration illimités ne se concrétisent pas que la dépression risque de les atteindre.

Quand des échecs cuisants les humilient et qu'ils réalisent leur incapacité à vivre en fonction de leur ego gonflé, ils peuvent tomber dans l'incertitude, l'insatisfaction, le manque de confiance en eux et la dépression. C'est alors qu'ils prennent conscience de leur sentiment intime de ne pas valoir grand-chose et qu'ils sentent l'immense fragilité de leur être. Dépourvus de leurs illusions de grandeur, les narcissiques tremblent alors en sentant leur profonde solitude, leur petitesse et leur vide. Ils se sentent perdus, ils ont peur et sont pleins de rage en même temps.

Dépression souhaitable

La bonne nouvelle, c'est que la dépression est particulièrement souhaitable et salutaire pour les narcissiques. En effet, c'est seulement dans cet état de déprime que les narcissiques sont prêts à se remettre en question, à écouter les feedbacks des autres et à consulter. Autrement, imperturbables et insouciants, ils sont trop imbus d'eux-mêmes et font souffrir leur entourage sans rien y comprendre. D'ailleurs, en ce sens, le psychologue américain Bockian met justement en garde les médecins contre la prescription hâtive d'antidépresseurs à des narcissiques qui ont trop vite tendance à perdre ainsi leur motivation thérapeutique, ratant par le fait même une chance unique d'améliorer leur sort. Les narcissiques ont besoin de descendre aux enfers pour en tirer des leçons.

Cette personnalité fait fuir. Surtout que les gens sont maintenant de plus en plus informés de son existence et donc encore moins tolérants de ses répercussions dénigrantes sur eux. C'est pourquoi je voulais faire voir ce côté vulnérable de la personnalité narcissique dans le but de la rendre moins antipathique. Quand on comprend quelqu'un de l'intérieur, on est plus tolérant.

On ne naît pas narcissique. On le devient à la suite des expériences répétées de honte et d'humiliation dans le contexte familial ou scolaire de l'enfance. L'enfant qui a besoin de protéger sa valeur personnelle se forge une image pour briller. C'est pourquoi il met autant d'énergie dans la performance. Il joue sa peau. Sachant cela, nous pouvons développer de la sympathie pour un vantard au lieu de le mépriser dans notre for intérieur. D'ailleurs, la clé pour interagir avec un narcissique est l'empathie. En le comprenant de l'intérieur, on peut désamorcer énormément de situations conflictuelles avec le narcissique. En connaissant son talon d'Achille, on peut le ménager assez pour qu'il ait moins besoin de nous impressionner.

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