La «dépendance affective» dans le couple, voyons donc!

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Yves Dalpé
Yves Dalpé, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Je suis devenu allergique à l'idée de «dépendance affective» dans le couple. Comme si c'était anormal de trop sentir la force du lien amoureux et conjugal. On a peur d'accorder tellement d'importance au conjoint, qu'on en perdrait son autonomie, croit-on.

Cette méfiance de la dépendance m'apparaît depuis longtemps comme une simple rationalisation de la peur inconsciente d'aimer. Ou de la difficulté de prendre adéquatement sa place dans une relation intime. Ou encore d'un besoin indu de distance dans le couple. Ou de la difficulté d'admettre son besoin de dépendance des autres, ce qui est le cas des narcissiques. Or, j'ai découvert que de grands noms de la thérapie conjugale pensent comme moi. Par exemple, John Gottman, le fameux psychologue américain et chercheur en relation conjugale, critique sévèrement l'idée que les couples sains se recruteraient chez les gens qui vivent de hauts niveaux d'indépendance alors que trop de connexions et d'interdépendance amèneraient les couples à vivre dans une fusion malsaine.

De son côté, le psychiatre Glen Gabbard dénonce l'individualisme et l'indépendance de la culture américaine pour qui le mot «dépendance» est souvent utilisé de façon péjorative. C'est dommage, écrit-il, parce que nous avons tous besoin d'approbation, d'empathie, de validation et d'admiration. Et j'aime bien cette citation de Kohut, cet autre psychiatre américain de grand renom : «Pour l'être humain, une évolution de la dépendance à l'indépendance n'est pas plus possible que de passer de l'oxygène à l'absence d'oxygène.» Selon moi, l'une des attitudes gagnantes chez les conjoints heureux, c'est la valorisation de leur interdépendance mutuelle. Les conjoints sont dépendants l'un de l'autre et ils aiment cela comme cela.

Le lien conjugal implique tout naturellement un besoin de la présence de l'autre, qui est normal et salutaire. Les couples heureux passent beaucoup de temps ensemble tout simplement parce qu'ils aiment être ensemble. Ils organisent leur horaire en conséquence. Et ils sont tellement jaloux de leur temps qu'ils évitent les excès de temps consacré au travail ou à des amitiés. Aussi, ils se perçoivent réciproquement comme la ressource privilégiée dans des moments difficiles. Chacun est le principal confident de l'autre et son meilleur support. Si votre conjoint n'est pas votre principal confident, posez-vous des questions.

Et en même temps, chaque conjoint perçoit assez la force de l'autre pour ne pas se sentir menacé par sa fragilité temporaire quand il éprouve des difficultés. On comprend alors que la vie est difficile et qu'à deux, c'est plus facile. Au contraire, d'autres sont scandalisés par les moments de faiblesse de leur conjoint et se plaignent d'avoir un enfant supplémentaire à leur charge. Les bons couples n'ont pas cette réaction négative et s'empressent plutôt de s'entraider, chacun leur tour. Ce qui est incorrect comme relation, c'est quand le rôle d'aidant est toujours assumé par le même conjoint.

Les émotions ressenties lors des ruptures conjugales nous donnent une indication de l'importance des liens pour tout le monde. La simple peur de perdre son conjoint engendre généralement de la tristesse, de la colère, et des réactions défensives importantes chez les couples en détresse. Les conjoints menacés de séparation prennent habituellement des positions rigides et négatives l'un envers l'autre à cause de cette peur de perdre l'autre. La perspective imminente de perdre son conjoint est en effet très menaçante pour la grande majorité des gens. C'est pourquoi les conjoints hantés par une séparation possible régressent dans leur niveau de fonctionnement psychologique. Ce qui les défavorise d'ailleurs en ces moments difficiles parce que chacun évalue alors l'autre de façon injustement négative, ce qui renforce son envie de le quitter.

Ce qui constitue une dépendance amoureuse malsaine, c'est l'accrochage à une personne avec qui ça ne fonctionne pas, pour des raisons extérieures à cette personne. Par exemple, la peur de ne pas être capable de se débrouiller seul dans la vie. Ou la peur de ne pas pouvoir recréer un nouveau couple. Ou la peur de la solitude. Ou la peur de manquer d'argent. Ou la peur de tomber en dépression. Etc. Le conjoint n'aime plus l'autre ou ne se sent plus aimé, mais il en a besoin pour survivre. Il se sent utilisé et manipulé, mais il tremble à l'idée d'une rupture.

Les amoureux qui s'aiment sont bien loin de ce genre de sentiment. Quand ils sont séparés, ils s'ennuient l'un de l'autre sans être démunis. Leur préférence est d'être ensemble. Et ceci dure toute leur vie. Alors, ne parlez plus de cette «peur de la dépendance affective» si vous êtes heureux en amour. Dégustez plutôt votre bonheur.

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