Bien sûr, il n'est pas drôle de manquer de confiance en soi, d'avoir peur d'attirer l'attention, d'avoir la phobie de parler en public, d'avoir peur de rougir, de laisser transparaître ses émotions, d'être vu dans ses désirs, etc. Les timides sont souvent grugés de l'intérieur par leurs contacts humains qui leur drainent une énergie folle. Tellement qu'ils oscillent entre des périodes de contacts et des périodes de solitude pour régénérer leur énergie. En fait, c'est la peur d'avoir honte et la peur du ridicule qui leur consomment autant d'énergie. Ils sont facilement blessés par la critique et la désapprobation. Alors, pour se protéger, ils se retirent, se cachent et tentent de passer incognito. C'est le genre de personne qui reste silencieuse dans un groupe, très mal à l'aise de s'exprimer.
Dans leurs nouvelles rencontres interpersonnelles, les timides sont évidemment inhibés à cause du sentiment de ne pas être à la hauteur. Ils se perçoivent à tort comme incompétents, sans attrait ou inférieurs aux autres. Ils sont réticents à prendre des risques et à s'engager dans de nouvelles activités pour éviter l'embarras. En réalité, ce sont souvent des introvertis et de grands anxieux, impressionnés par les gens et particulièrement vulnérables à l'agoraphobie, aux phobies sociales, aux attaques de panique et à la dépression.
Le succinct portrait que je viens de brosser ne laisse pas beaucoup de place aux aspects positifs. Mais il y en a. Premièrement, ces personnes révèlent souvent une fine sensibilité quand on prend le temps de les laisser exprimer leurs anxiétés et leurs émotions. En psychothérapie, les psychologues ont beaucoup de succès à les mettre en contact avec leurs forces qu'ils sous-estiment.
Dans un article publié dans le magazine Time en février dernier, on valorisait la nature des introvertis et des timides, affirmant que, s'ils ont moins d'amis, leurs relations sont plus profondes et plus satisfaisantes. De plus, écrivait-on, ce sont des gens réfléchis qui prennent donc de meilleures décisions. Et ils écoutent mieux que les autres. C'est pourquoi ils sont de meilleurs leaders en affaires! Ils sont à la fois plus préoccupés par les détails et à la fois plus capables d'écouter leurs employés. On affirme aussi que les meilleurs leaders seraient peut-être des introvertis et que 40 % des gens d'affaires les plus puissants aux États-Unis seraient des introvertis, par exemple Bill Gates et Warren Buffett. Les introvertis étant beaucoup plus circonspects, ils prennent moins de risques financiers. On pense même que les introvertis seraient le type par excellence de leaders de l'avenir de par leur style de gestion qui facilite l'action plutôt que d'être des dominateurs.
Par ailleurs, l'habitude des introvertis de passer de longues heures dans la solitude les rend plus performants, puisque l'entraînement en solitaire sans partenaire ni équipe est une clé pour acquérir la maîtrise supérieure de compétences, que ce soit en ce qui a trait aux sports, à la musique, par exemple, ou à une profession. C'est aussi la meilleure façon de concevoir de nouvelles idées. C'est peut-être pour cela qu'on trouve plus d'introvertis chez les professeurs d'université que dans toute autre profession.
Toutefois, tout est une question de degrés, évidemment. Certains sont infiniment plus timides et reclus que d'autres. Et les effets dévastateurs d'une trop grande timidité peuvent être dramatiques. Mais j'ai voulu montrer aujourd'hui une facette de ce type de personnalité qu'on a trop tendance à dénigrer. De plus, il n'y a aucun doute qu'on peut arrondir les coins en cette matière et devenir énormément plus à l'aise en société. Même si l'hérédité joue un rôle dans la tendance à l'introversion, le vécu de l'individu entre en jeu pour en déterminer l'importance. Des parents abusifs et négligents peuvent rendre très néfaste l'introversion naturelle d'un enfant.
Finalement, un dernier bon point en faveur des timides, et non le moindre, ils ont tendance à être fidèles en amitié et dans leur vie de couple et à faire perdurer leurs unions conjugales.