Évidemment, en raisonnant comme cela, il excluait l'hypothèse qu'il ait joué un rôle dans la tristesse et la dépression de ses conjointes à la suite de ses nombreuses infidélités, de ses absences excessives de la maison et de ses attitudes méprisantes. Or on sait que les conjoints peuvent jouer un rôle critique dans le développement et le maintient d'une dépression.
Le 10 mai 2011, Radio-Canada (RDI) présentait un reportage très défavorable aux antidépresseurs dans lequel on révélait que 14 milliards d'euros (près de 18 milliards$) sont consacrés annuellement aux antidépresseurs en Europe alors que l'efficacité de ces médicaments reposerait sur l'effet placebo. Mais je sais que les gens ne veulent pas entendre cela. Et que le pouvoir financier des compagnies pharmaceutiques en cause est phénoménal.
Voilà quelques années, mes clients consommateurs d'antidépresseurs étaient rarissimes. Maintenant, c'est généralisé. Quand la tendance s'est manifestée, piqué de curiosité, j'ai étudié la question et j'ai eu la surprise de ma vie.
J'ai d'abord découvert le livre du psychiatre américain Peter Breggin qui avait été professeur à la Faculté de médecine de l'Université Harvard, qui a publié Toxic Psychiatry. Ce livre rigoureusement documenté sur le plan scientifique est incroyablement dérangeant, car il démontre comment les antidépresseurs peuvent être nocifs, pourquoi on devrait les éviter et pourquoi ils sont si prescrits.
Sceptiques? Lisez ce livre, vous serez vite conquis tout autant que scandalisés. Mais vous êtes en droit de savoir qu'on conteste actuellement de façon très sérieuse l'objectivité de plusieurs diagnostics en psychiatrie parce qu'il y a trop d'enjeux financiers en cause reliés aux médicaments découlant de ces diagnostics.
Sérotonine
Poursuivant alors ma recherche avec fébrilité, j'ai eu le même son de cloche en participant à des congrès aux États-Unis. Et je suis tombé sur une multitude de textes allant dans le même sens critique que le Dr Breggin.
J'ai entre autres appris avec stupéfaction comment les antidépresseurs n'ont pas été élaborés à partir d'une connaissance préalable du cerveau, mais plutôt par essais et erreurs en administrant à des patients toutes sortes de produits chimiques les uns plus loufoques que les autres.
Et quand le «remède» semblait marcher, on essayait de comprendre pourquoi. C'est ainsi qu'est née la fameuse hypothèse du manque de sérotonine dans le cerveau des déprimés. Pourtant, cette idée a été vite contestée dans le monde scientifique. Malgré cela, cette conception du manque de sérotonine vendue par les compagnies pharmaceutiques est maintenant ancrée. Et la plupart des gens s'imaginent spontanément que les médecins peuvent mesurer leur niveau de sérotonine.
Or, non seulement les médecins ne peuvent-ils pas faire analyser le niveau de sérotonine de leurs patients en laboratoire, mais on n'a jamais pu mesurer le niveau de sérotonine dans le cerveau d'une seule personne vivante.
D'ailleurs, à ce jour, aucun signe biochimique, anatomique ou fonctionnel n'a jamais été trouvé qui distinguerait de façon fiable le cerveau des gens en dépression. En conséquence, contrairement à ce que les gens pensent, aucun test médical n'existe pour dépister biologiquement la dépression. Le psychiatre Breggin a écrit: il n'y a aucune cause biologique connue de la dépression ni aucun lien génétique.
Je ne dis pas que les antidépresseurs ne sont jamais utiles. La question est débattue scientifiquement actuellement. Mais on sait en tout cas qu'ils devraient toujours être consommés tout en suivant une psychothérapie, ce qui est malheureusement rare dans les faits. Et il est clair qu'il y a maintenant surprescription généralisée d'antidépresseurs.
Psychothérapie
Un rapport présenté au gouvernement québécois en 2009 par la Commission de l'éthique, de la science et de la technologie soulevait ce grave problème. Certains pays comme la Norvège exigent d'ailleurs que les patients suivent une psychothérapie avant que des antidépresseurs leur soient prescrits.
La conception biomédicale de la détresse humaine a le fâcheux inconvénient de nous déposséder de notre histoire personnelle, du sens de notre vie, de notre identité et de notre pouvoir d'agir, selon les psychologues québécois Poirier & Van Gijseghem.
L'approche pharmacologique, dite scientifique, injecte chez trop de patients la malencontreuse idée qu'ils sont d'impuissantes victimes de leur biologie et de leur hérédité. La vérité est l'inverse. Nos pensées, nos attitudes et nos relations interpersonnelles modifient continuellement la chimie de notre cerveau sans aucun apport chimique externe.