En tournée de presse à Québec par un jeudi pluvieux, le globe-trotter débarque au Soleil avec son lot d'anecdotes. Après un voyage d'un an (de 2007 à 2008) dans son sac à dos, il y a de quoi faire du millage! Dans la salle de conférence éclairée au néon, nous sommes à des kilomètres de l'île Maurice, là où, dans un monastère, il a eu le flash initial.
«Qu'est-ce que je ferais si j'étais indépendant de fortune?» se demande alors ce journaliste qui collaborait au Guide Restos Voir. Deux verbes actifs lui viennent en tête : voyager et écrire. C'était le coup de pied au derrière qui lui fallait pour se décider à lever les voiles d'autant, se rappelle ce grand six pieds, qu'il était libre, sans femme ni enfant.
«Je voulais voir du pays et en rendre compte, mais sans écrire un carnet de voyage ni un guide Michelin».
Pour parvenir à ses fins, il s'invente une Course destination monde sur mesure [en référence à l'émission diffusée à la SRC de 1988 à 1999] avec pour défi de provoquer, pendant 52 semaines et autant de points de chute différents, des rencontres gastronomiques. Des Îles-de-la-Madeleine jusqu'à l'archipel du Vanuatu!
Le jour 1 de sa vie «changée» par ce projet commence par la planification de son itinéraire. «Pendant deux ans, j'ai bâti le canevas global. Une fois sur le terrain, j'avais toujours de deux à trois semaines devant moi pour établir mes contacts.» Pendant la semaine qu'il passait, par exemple, à Viti Levu, aux Fiji, il devait localiser un chef, dans ce cas l'Indien Shashi Nair, lui soutirer une recette (vivaneau à la sauce barbecue) et la réaliser pour la photographier. Un tour de force.
Abonné au réseau CouchSurfing - un réseau d'hébergement gratuit à travers la planète - et au système D, Gil Thériault a réussi à vivre avec un budget de 250 $ par semaine. Pendant son road trip sur quatre continents, il a croisé des chefs de grandes chaînes hôtelières comme Matt Pickop du restaurant Verre du Hilton Dubaï Creek et des cuisiniers anonymes comme Seru et sa complice Sala (îles Fiji) qui lui ont préparé du poisson-perroquet en l'assaisonnant de lime et de noix de coco cueillies devant lui...
«J'ai goûté à une palette de saveurs incroyables», relate le voyageur qui a croqué des cristallins d'oeil de poisson. «Parfois, je méditais pour me "déconnecter" de mon corps et absorber les nourritures aux parfums les plus intenses.» En bon routard, Gil Thériault avait à coeur le respect de ses hôtes en plus de piquer la curiosité (dans son livre) avec des aliments exotiques dont il explique la géopolitique en plus de démystifier leur consommation.
Sa «révélation», il l'a eue en mangeant du foie de phoque cru à Iqaluit. Depuis, il projette de préparer un livre - «avec une éventuelle collaboration de Jamie Oliver» - sur le potentiel du phoque pour «nourrir le tiers de la planète qui crève de faim». «C'est une chair abondante, bio, riche en fer et en vitamines». De toute évidence, Gil Thériault se méfie de l'anthropomorphisme. Pas Brigitte Bardot. C'est donc un dossier à suivre.
GIL THÉRIAULT. Voyage au goût du monde, Les éditions la Morue verte. 29,95 $