Ça ne vous dit rien? Vous n'êtes pas seul. J'ai fait le test autour de moi : personne ne sait de quoi il retourne, mais j'ai entendu bien des hypothèses. «Un neurotransmetteur comme la sérotonine?» «Ça rime avec dopamine!» «C'est pour les courbatures?» «Une vitamine?» «Une substance dopante que prennent les athlètes?» Ah, tiens, là, on se rapproche! Sauf que ce ne sont pas les athlètes qui en prennent, mais... les animaux que nous mangeons.
La ractopamine est un additif alimentaire homologué par Santé Canada. Sur prescription d'un vétérinaire, elle peut être donnée aux porcs, aux bovins et aux dindes selon diverses restrictions, comme ne pas être servie aux animaux servant à la reproduction.
Sa manipulation par les humains nécessite de grandes précautions, tel le port de vêtements protecteurs et d'un masque. Dans certaines situations, elle augmente la mortalité animale ou divers syndromes. Et à quoi sert-elle? Essentiellement à augmenter la teneur en viande maigre de l'animal ainsi que le gain de poids.
La littérature scientifique nous apprend qu'il ne s'agit pas d'un stéroïde ni d'une hormone, mais d'un «composé bêta agoniste». Si vous êtes comme moi, le terme ne vous dira pas grand-chose. Mais vous serez peut-être troublé d'apprendre que 150 États l'interdisent, contre seulement 27 qui l'approuvent, dont le Canada et les États-Unis.
L'Union européenne, la Chine et Taïwan sont les plus virulents opposants et interdisent l'importation de viande d'animaux qui en ont consommé. Pour l'Autorité européenne de sécurité des aliments, les risques pour la santé humaine ne peuvent pas être exclus.
La position canadienne
Comment, dans ce contexte, doit-on percevoir l'acceptation nord-américaine?
Interrogé en ce sens, le président de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec, le Dr Joël Bergeron, dit croire que Santé Canada a mené des études sérieuses sur le produit et que «c'est là-dessus qu'il faut se baser». C'est d'autant plus vrai, dit-il, que le Canada est «sévère» en matière d'homologation de produits.
«Est-ce qu'on peut appliquer le principe de précaution à tout? Oui, ça peut être attirant. Mais si on faisait ça, on ne bougerait plus. En espérant que de nouvelles méthodes d'analyse [ne viendront pas démontrer le contraire] dans cinq ou 10 ans», dit-il.
Codex alimentarius
Le 5 juillet, la commission du Codex alimentarius, l'instance de l'Organisation des Nations-Unies chargée d'établir les normes alimentaires internationales, a fixé une limite maximale de résidus (LMR) rendant acceptable l'utilisation de la ractopamine. Il faut toutefois savoir que le vote qui s'est tenu à Rome a été plus que serré, avec 69 pays pour et 67 contre. C'était la cinquième fois que l'organisme se penchait sur le sujet qui, visiblement, est loin de faire consensus.
Une telle décision implique qu'un pays qui continuerait à s'opposer à l'importation de viande respectant les LMR pourrait être ainsi dénoncé devant l'Organisation mondiale du commerce. Pour le moment, l'Union européenne a indiqué qu'elle continuerait de s'y opposer, alors que le gouvernement de Taïwan, qui a interdit l'importation de boeuf américain en 2011 après avoir découvert des traces de la substance lors d'une inspection de routine, a annoncé qu'elle se conformerait aux nouvelles normes.
Et que pense notre gouvernement? Dans un communiqué émis après le vote, le ministre de l'Agriculture Gerry Ritz a salué cette adoption, car elle devrait «créer des débouchés à l'exportation pour les producteurs de porc et de boeuf du Canada».
Le ministre souligne d'ailleurs que l'établissement de ces nouvelles normes «basées sur des principes scientifiques» est le résultat des démarches internationales menées depuis des années par le Canada.
Au Québec
Au Québec, l'utilisation de la substance demeure méconnue, mais semble limitée. Un vétérinaire travaillant avec des producteurs de porcs m'a ainsi dit que 10 % de ses clients y ont recours.
À l'inverse, des entreprises misent sur son absence pour faire la promotion de leur produit. C'est le cas de Lucyporc, dont le porc Nagano (vendu chez IGA et dans quelques boucheries spécialisées) est nourri «sans farine d'origine animale et sans ractopamine».
Une chose est certaine, toutefois, c'est que les consommateurs québécois - et probablement canadiens et américains - sont totalement ignorants de cet enjeu de leur alimentation.
Pour Charles Tanguay, porte-parole de l'Union des consommateurs, cet usage est «très préoccupant». «Quand on sait que l'Union européenne au complet l'interdit, et que le vote au Codex s'est conclu à 69 contre 67, alors qu'on fonctionne d'habitude par consensus...»
Il est clair pour lui que l'organisation a cédé à des intérêts commerciaux plutôt que scientifiques, comme Santé Canada d'ailleurs. «On ne peut pas affirmer que la ractopamine est dangereuse, mais on est loin d'être certain qu'elle ne l'est pas. Et là-dessus, on se fie bien plus aux scientifiques de Consumers Union, aux États-Unis, que sur ceux de Santé Canada.
«Quand est-ce qu'on va cesser de pousser la nature plus vite qu'elle ne peut aller?» demande-t-il en soulignant que c'est là une nouvelle preuve du «besoin d'un meilleur étiquetage alimentaire sur les méthodes d'élevage».
En un mot
La ractopamine : il s'agit d'un additif alimentaire homologué par Santé Canada. Sur prescription d'un vétérinaire, elle peut être donnée aux porcs, aux bovins et aux dindes. Ce «composé bêta agoniste» sert essentiellement à augmenter la teneur en viande maigre de l'animal ainsi que le gain de poids.