La traçabilité pour assurer une pêche durable

L'an dernier, Loblaws s'est hissé au premier rang... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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L'an dernier, Loblaws s'est hissé au premier rang du classement des supermarchés pour ses pratiques commerciales en matière de pêche durable. Photo prise au magasin situé sur le boulevard Henri-Bourassa, à Québec.

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Que met-on exactement dans notre assiette? Le Soleil se penche sur les aliments qui se retrouvent dans notre panier d'épicerie. De quoi se composent-ils? Comment les choisir? Valent-ils leur coût plus élevé? Sont-ils aussi bons qu'on le dit pour la santé? Un rendez-vous aux deux semaines. »

(Québec) La plupart des Québécois de plus de 50 ans ont connu l'époque des vendredis maigres, où il était interdit de manger de la viande pour cause de motifs religieux. Une situation qui avait pour effet de favoriser la consommation de poisson... au grand dam de plusieurs!

Tous n'avaient pas en effet la chance de vivre au bord de la mer et d'avoir accès à des produits de qualité. Ma défunte maman, qui aurait aujourd'hui plus de 90 ans, me racontait que lorsqu'elle était petite, il fallait débarrasser le poisson des petits asticots qui le couvraient avant de le faire cuire... Beurk!

L'historien Jacques Lacoursière raconte pour sa part une délicieuse anecdote sur le poisson dans Une histoire du Québec. Au début de la colonie, le clergé québécois soumet la question suivante aux théologiens : le castor est-il un «animal» ou un «poisson»? Une question qui prend tout son sens quand on sait qu'à l'époque, la consommation de viande est interdite 140 jours par année. Au grand plaisir des «habitants du Canada», rapporte Lacoursière, les autorités ecclésiastiques concluent que le castor est bel et bien un poisson, et que les chrétiens peuvent donc en consommer quand bon leur semble. (Je vous laisse méditer sur l'honnêteté intellectuelle de la réponse.)

Tout cela pour dire que la situation a bien changé, même si de nombreux Québécois peinent encore à manger les deux repas hebdomadaires de poisson recommandés par le Guide alimentaire canadien. Désormais, les étals foisonnent de produits de la mer appétissants. Mais s'il ne fait plus de doute que ceux-ci sont bons pour notre santé, qu'en est-il de la santé des océans, dont on célébrait justement la journée mondiale le 8 juin?

Depuis quelques années, les groupes environnementaux, Greenpeace en tête, tirent la sonnette d'alarme sur les modes de pêche destructeurs. En début d'été, l'organisation publiera son quatrième classement des supermarchés canadiens relatif à l'approvisionnement et à la commercialisation des produits de la mer issus d'une pêche durable et responsable. L'an dernier, Loblaw s'était classé en tête avec un score de 62 %, et Costco en fin de liste, à 32 %.

Selon Diego Creimer, de la capagne Océans de Greenpeace, cette publication a un effet boeuf (!) sur les pratiques commerciales. «C'est vraiment efficace comme méthode de pression», dit-il.

Plusieurs grands détaillants ont en effet amélioré leurs pratiques, certains adoptant des politiques de pêche durable, même si les résultats sont encore loin de la perfection.

En mars, Metro annonçait par exemple que les emballages de ses produits de la mer surgelés de marques privées Irrésistibles et Selection fourniront désormais des renseignements détaillés en matière de traçabilité.

Diego Creimer estime que l'intérêt des commerçants à améliorer leurs pratiques est double. D'une part, dit-il, les épiciers n'aiment pas être pris à partie publiquement. Et, d'autre part, cela confère une valeur ajoutée à leur offre, ce à quoi un nombre croissant de consommateurs est de plus en plus sensible.

Liste rouge

Greenpeace a dressé une «liste rouge» d'une vingtaine de poissons qui ne devraient être ni pêchés, ni vendus, ni mangés. Parmi ce groupe, l'aiglefin, le thon rouge, le saumon d'élevage de l'Atlantique... Pourquoi un poisson d'élevage? pourrait-on se demander. En raison des méthodes d'aquaculture utilisées, qui menacent la survie des écosystèmes marins - lorsque l'élevage se fait dans des piscines ouvertes sur le milieu naturel - et la sécurité alimentaire des pays du Sud - par exemple au Sri Lanka, où des communautés côtières auraient perdu l'accès à l'eau potable, affectée par les pratiques d'élevage.

La meilleure façon de favoriser une pêche durable est d'accroître la traçabilité des produits, avance M. Creimer. Lui-même dit avoir vu dans un marché mont­réalais des produits étiquetés en fonction du type de pêche, en l'occurrence par chalutage de fond, une pratique reconnue par Pêches et Océans Canada, mais condamnée par l'organisation environnementale, en raison de son fort impact négatif sur les fonds marins et sur diverses espèces.

Et pour compliquer un peu plus les choses, Greenpeace fait déjà campagne contre un supposé saumon d'élevage biologique à venir, dont l'étiquetage a été approuvé en mai par l'Office des normes générales du Canada, bien qu'il ne corresponde pas à ce que l'on s'attend d'un produit dit bio, toujours selon Greenpeace.

Rappelons enfin que l'organisation produit également un classement annuel du thon en conserve vendu au Canada, en fonction également de l'espèce et du type de pêche pratiquée. Viennent en tête Raincoast et Wild Planet Trading, avec des notes respectives de 92 % et 82 %, et en queue de peloton, Pastène, à 4 %. C'est toutefois envers Clover Leaf, qui est de loin le plus gros vendeur, que l'organisation a choisi de mener une campagne de pression l'an dernier, soutenant que la compagnie n'avait fait aucun effort pour améliorer ses sources d'approvisionnement depuis les débuts du classement.

Pour en savoir davantage, voir le site de Greenpeace Canada à l'onglet de la campagne Océans.

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