Le dilemme du mangeur de tomates

Selon Caroline Tessier, du Conseil québécois de l'horticulture,...

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Selon Caroline Tessier, du Conseil québécois de l'horticulture, les Mexicains ont accru leur capacité de production de façon «exponentielle» depuis quelques années. De septembre à novembre 2011, ils ont expédié 102 % plus de tomates que durant les mêmes mois de 2010, et 148 % de plus qu'en 2009.

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Que met-on exactement dans notre assiette? Le Soleil se penche sur les aliments qui se retrouvent dans notre panier d'épicerie. De quoi se composent-ils? Comment les choisir? Valent-ils leur coût plus élevé? Sont-ils aussi bons qu'on le dit pour la santé? Un rendez-vous aux deux semaines. »

(Québec) Se dire favorable à l'achat local est une chose, agir en conformité avec ce principe en est une autre. Et il semble qu'en la matière, les Québécois parlent des deux côtés de la bouche en même temps. Malgré de beaux discours, c'est encore bien souvent le prix le plus bas qui l'emporte, au détriment des produits nationaux.

Comment blâmer les consommateurs? Le coût du panier d'épicerie a passablement augmenté depuis quelques années, et tous ne peuvent se permettre de ne pas en tenir compte dans leurs décisions d'achat. Il n'empêche que nos choix ont un impact.

L'exemple des tomates de serre est particulièrement éloquent. Le printemps est normalement la période la plus payante de l'année pour la centaine de serriculteurs de la province qui offrent leurs primeurs. Cette année, ils ont plutôt encaissé une baisse de revenus de 25 à 35 % par rapport à l'an dernier, selon Louis Dionne, directeur général de la Fédération des producteurs en serre du Québec, un syndicat affilié à l'Union des producteurs agricoles.

Au banc des accusés : la tomate mexicaine, qui a littéralement envahi le marché.

La semaine dernière, des bannières offraient des tomates à 99¢ et même à 77 ¢ la livre, un prix qu'on voit normalement au mois d'août, lorsque le marché est envahi de tomates des champs. Quand l'équivalent québécois se vend au moins 1,99 $ la livre, il est facile de deviner où va le choix des clients.

Selon Caroline Tessier, du Conseil québécois de l'horticulture, les Mexicains ont accru leur capacité de production de façon «exponentielle» depuis quelques années. De septembre à novembre 2011, ils ont expédié 102 % plus de tomates que durant les mêmes mois de 2010, et 148 % de plus qu'en 2009.

C'est en raison de leurs investissements en serriculture que les Mexicains ont pu occuper un tel terrain. En 2011, les superficies de tomates cultivées en serre étaient de 869 hectares au Mexique, contre 528 au Canada et 461 aux États-Unis.

Auparavant présents sur notre marché surtout en hiver, alors qu'une poignée seulement de producteurs de serre québécois sont en exploitation - dont Savoura, qui sort tout de même 50 % de la production québécoise -, ils sont maintenant là à l'automne et au printemps, ce qui est particulièrement perturbant pour le marché local.

Comme leurs coûts de chauffage et de main-d'oeuvre sont loin d'être ceux du Québec, ils livrent une concurrence réelle aux produits locaux.

Pour les producteurs québécois, une telle situation ne pourra durer à long terme, et Louis Dionne n'ose envisager ce qui arrivera de ce marché qui était de 60 millions$ l'an dernier.

Les producteurs «sont découragés», dit-il. En outre, comme les Mexicains vendent aussi aux Américains, ils «volent» le marché des Ontariens, qui refilent leur production sur le marché québécois, ce qui n'arrange rien.

Choix des consommateurs

En matière de commerce, l'offre suit la demande.

«On nous demande de faire une place privilégiée aux produits du Québec, mais les gestes d'achat ne suivent pas toujours», se défend Pierre-Alexandre Blouin, de l'Association des détaillants en alimentation du Québec. Selon lui, l'arrivée de Walmart et de Target dans la distribution alimentaire de produits frais ne va pas arranger les choses, à moins qu'ils ne fassent clairement un choix en faveur des produits locaux.

Des détaillants font d'ailleurs ce choix. À l'Intermarché de la rue Saint-Joseph, la presque totalité des tomates viennent de Serres Demers, à Saint-Nicolas. Un geste délibéré, dit le propriétaire Éric Courtemanche, facilité par le fait que la bannière, affiliée à Loblaw, jouit d'une grande liberté dans ses achats.

Selon Louis Dionne, l'identification de la provenance des produits constitue l'une des clés de sensibilisation des consommateurs.

Le logo Aliment du Québec touche un certain nombre de clients. Encore faut-il qu'il soit là, et que les autres produits soient bien identifiés. Il dit avoir vu lui-même des tomates portant la mention Canada, alors que leur code disait clairement qu'elles provenaient du Mexique. Malheureusement, ces fameux codes sont selon lui trop nombreux et diversifiés d'un endroit à l'autre pour constituer une référence pour monsieur et madame Tout-le-Monde.

Alors, le prix ou l'origine? Dilemme...

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