À première vue, on pourrait croire que Francis Laplante et les deux Catherine dérapent et se prennent au sérieux alors qu'ils analysent des gadgets inutiles aux yeux de plusieurs. Or, ces passionnés qui présentent des points de vue éclairés savent cuisiner et testent les restos de Québec, «kodak» à la main, à leurs frais. À peine la discussion lancée, les filles de la tablée s'emportent contre une blogueuse «mal informée» qui a osé douter publiquement du potentiel gastronomique de la ville de Québec. «Une vision réductrice», estime Francis Laplante, cofondateur du FoodCamp de Québec, qui aura lieu le 28 avril. Lui-même commente les restos sur son blogue www.tranchedepain.com, même si son dada est davantage d'expérimenter des recettes qu'il pige, entre autres, dans L'art de vivre selon Joe Beef. Pour l'anecdote, Francis Laplante tripe foie gras.
D'ailleurs, piqué au vif de ne pas avoir été retenu aux auditions de l'émission Un souper presque parfait, il a répliqué en initiant un foodies night (www.foodiesnight.com) où il livrait un «combat des chefs» à trois amies blogueuses sur le même principe - avec des remarques articulées en prime - que le show télé. Après un toast à un projet de livre numérique de recettes, ces blogueurs - tous fin vingtaine, jeune trentaine - expliquent au Soleil quelles sont les motivations qui les ont poussés à tenir un journal de bord de leurs expériences culinaires.
«Avant, je pesais un peu plus», nuance Catherine Cormier, qui aime manger «des tonnes de fruits congelés». Dans son blogue, elle relate son rapport au yoga, partage sa playlist pour jogger et comment elle a abordé son défi 21 jours végés. Le blogue lui a permis de prendre la pleine mesure de son virage santé. L'autre Catherine, «full pizza», depuis un séjour à Naples, a le don de la photo. À travers son blogue, elle assouvit sa passion pour le stylisme culinaire. Elle dresse aussi sa liste d'adresses où, par exemple, elle se procure de la farine type 00 (pour la pâte à pizza) et sa mozzarella di bufala préférée, la Cilento.
Pour Marie Asselin, qui blogue en anglais (http://foodnouveau.com), l'écriture «libre» lui ouvrait la possibilité de s'exprimer à l'infini et même de filmer des capsules comme «apprendre à faire des macarons en cinq minutes». L'ex-designer d'intérieur y rapporte également ses trouvailles de voyages. Au moment où vous lirez ces lignes, Marie Asselin assistera, à New York, à l'événement Fashion of Food. Cela ne fait pas de la jeune femme «une coureuse d'événements». D'ailleurs, les blogueurs interrogés indiquent qu'ils n'acceptent ni les invitations ni les gratuités, sauf pour des cas exceptionnels. «Lors de pareilles situations, je le précise», dit Marie Asselin, pour qui l'indépendance est cruciale.
Caroline Décoste l'approuve. «Notre passion est cher payée.» Elle cite la politique éditoriale de la blogueuse Ève Martel (http://lapantry.com), qui trace la ligne clairement, ainsi que le regroupement Blogues Bouffe de Montréal et du Québec (http://bbqc.ca), qui spécifie que ses membres ne doivent pas être des porte-paroles promotionnels. Mlle Décoste - elle porte le Mlle comme un gant au-delà de son «statut conjugal» - ne se perçoit pas comme une critique. Ses billets, elle les voit plutôt comme des comptes rendus constructifs et véridiques. «Le but n'est pas de "bitcher" avec la désinvolture de celle qui dit à une mère que son premier-né est laid... On pourrait me dire : "T'es qui toi?"», illustre la colorée jeune femme, qui avoue un faible pour «tout ce qui contient plus de 15 g de sucre». «Si je me roule à terre, je l'écris», ajoute-t-elle. Ce à quoi rétorque Marie-Hélène Harnois (http://harnoisalacarte.com). «Rarement un de mes billets est noir ou blanc», explique cette blogueuse et mère de deux enfants qui mangent des légumineuses. Catherine Cormier en profite pour distinguer le blogueur du critique par l'approche «plus friendly» du premier. «Mon rôle est de décrire un bon moment, pas d'accentuer les points faibles», indique-t-elle.
«Certains ne disent que du positif», reproche toutefois à demi-mot Marie Asselin, qui ne vise pas ses pairs. La discussion bifurque alors sur la réouverture du Laurier BBQ lors de la visite de Gordon Ramsay (l'association entre la rôtisserie de Montréal et le chef britannique a été rompue depuis) alors que des blogueurs «invités» sont devenus des courroies de transmission contre un «lunch payé». D'où l'idée, selon Francis Laplante, de maintenir une saine distance et de refuser autant que possible les invitations. «Un phénomène isolé à Québec», s'entend la tablée. Pour conserver leur statut d'«influenceurs», Francis Laplante estime que les blogueurs doivent citer leurs sources. «Jamais je ne piquerai une recette à Ricardo.» Même son de cloche auprès de Catherine Côté, qui s'intéresse aux questions de droits d'auteur. Marie-Hélène Harnois les appuie, à la différence près qu'elle considère qu'il n'y a pas «de honte à publier une recette (avec mention de la source), surtout lorsqu'on n'a pas le culot de dire qu'on l'a inventée».
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Le blogueur et son iPhone : une liaison épisodique?
Consultés sur leur relation à la photo, trois des blogueurs jurent qu'ils photographiaient leurs plats au restaurant bien avant d'écrire sur la grande toile. «Les gens aiment immortaliser leur repas», avance Francis Laplante. Si elle se permet de prendre en cliché les plats qu'elle mange, Caroline Décoste ne twitte ni n'envoie de message sur Facebook pendant un repas. «Ça deviendrait de la pub». Marie-Hélène Harnois avoue qu'elle se questionne lorsqu'elle va au resto avec «quelqu'un de normal»: photo ou pas photo? Chose certaine, l'obsession pour la prise de photos agace certains chefs qui l'interdisent à New York, souligne Marie Asselin. Un avertissement qui rappelle aux foodies qu'il faut «manger» le moment présent!