Championnat de la démesure

L'artiste Stephen Schomaker met la touche finale à... (AP)

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L'artiste Stephen Schomaker met la touche finale à cette imposante sculpture de sable située à l'entrée du Raymond James Stadium de Tampa en Floride où le Super Bowl sera disputé ce soir. Autre signe du gigantisme de cette grande célébration du football américain, l'oeuvre aura nécessité pas moins de 50 tonnes de sable.

AP

<p>Jean-Simon Gagné</p>

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) Difficile à croire, mais le premier Super Bowl ne s'appelait même pas le Super Bowl. À l'époque, on parlait de «Championnat du monde», ce qui apparaît pour le moins étrange quand on sait que le football demeure une affaire strictement nord-américaine. La légende veut que ce soit le propriétaire des Chiefs de Kansas City, Lamar Hunt, qui ait eu l'idée du nom après avoir trébuché sur la «super balle» de sa fille.

Allez savoir. Il reste très peu d'images de ce match légendaire, disputé à Los Angeles, le 15 janvier 1967. Pour des raisons assez confuses, les deux enregistrements réalisés par les chaînes de télévision ont été effacés! Mais peut-être est-ce mieux ainsi? Au retour de la mi-temps, la chaîne NBC ne revint pas en ondes assez vite, à cause d'une annonce publicitaire qui s'était un peu trop étirée. Pour accommoder les téléspectateurs, les arbitres durent arrêter le jeu et faire reprendre le botté d'engagement. Déjà, la télé était la reine de l'événement...

En 1967, le Championnat du monde, euh pardon, le Ie Super Bowl, constituait le premier véritable affrontement entre la Ligue nationale et la Ligue américaine, deux circuits ennemis. Au début du match, on raconte que l'entraîneur des Packers de Green Bay, Vince Lombardi, était si nerveux qu'il tremblait comme une feuille. Le dur à cuire avait failli s'effondrer dans les bras du commentateur de la chaîne CBS, Frank Gifford. Du côté des Chiefs de Kansas City, la nervosité et la peur atteignaient aussi des sommets impressionnants. Plusieurs joueurs avaient vomi, juste avant d'être présentés à la foule. D'autres avaient même fait pipi dans leur culotte...

L'estomac qui cabriole

Quarante-deux ans plus tard, tout ce qui entoure le Super Bowl est devenu démesuré. À commencer par les statistiques, qu'on jurerait gonflées aux stéroïdes. On a déjà évalué que l'événement représente des retombées économiques de 400 millions $ pour la ville hôtesse. L'an dernier, on estimait que l'approche du Super Bowl avait conduit plus de 2,4 millions de foyers américains à s'acheter un nouveau téléviseur. Même la consommation de patates chips a été compilée avec une précision diabolique. Pas moins de 11 millions de tonnes de croustilles sont impitoyablement mastiquées durant cette journée fatidique.

En 2006, le quotidien britannique The Guardian a estimé que les téléspectateurs avaient consommé environ 156 milliards de calories durant les trois heures du Super Bowl. De quoi alimenter plus de 200 000 personnes, pendant toute une année. Évidemment, cela ne va pas sans provoquer quelques hauts le coeur. Le lendemain du Super Bowl, la chaîne de dépanneurs américaine 7-Eleven a noté une augmentation de 20 % de ses ventes de produits contre les brûlures d'estomac. Environ 6 % des travailleurs se déclarent malades pour cause de lendemain de la veille.

Symbole par excellence de la démesure du Super Bowl, les tarifs publicitaires se sont littéralement envolés. En 1967, chaque séquence de 30 secondes de publicité télévisée durant le Super Bowl coûtait 40 000 $. En 1987 : 600 000 $. Et cette année, les 30 malheureuses secondes devraient se négocier pour la bagatelle de 3 millions $. Compte tenu que l'auditoire devrait largement dépasser les 90 millions de personnes, rien qu'aux États-Unis, on estime que cela revient à un peu plus de trois sous par personne. Une aubaine, nous assure-t-on.

Avec tout cela, comment s'étonner qu'on finisse par oublier le football? Un sondage effectué cette année par la société Harris Interactive, 54 % des téléspectateurs écoutent autant le Super Bowl pour ses annonces publicitaires sophistiquées que pour le sport. À l'issue du match, 58 % des Américains discutent davantage des publicités que du match lui-même. Il est vrai que plus de la moitié des Super Bowl se sont décidés par une marge de 14 points ou plus, ce qui ne captive pas beaucoup un auditoire.

Disco, boulot, bobo

Pour les joueurs, le défi consiste souvent à garder la tête au football, au milieu des festivités, des conférences de presse et de tout le flafla. «La semaine de pause qui précède le Super Bowl, ça donne plus de temps à la famille, aux amis et aux médias pour nous casser les pieds», a déjà affirmé l'ancien demi de coin des Cowboys de Dallas, Deion Sanders.

De fait, les sources de distraction ne manquent pas. Le héros du premier Super Bowl, le receveur de passes Max McGee, des Packers de Green Bay, avait passé la nuit à faire la fête dans les bars de Los Angeles. Le matin du match, il tenait à peine debout, et son haleine d'alcool pouvait se sentir à un kilomètre. Réserviste, il ne s'attendait pas à jouer ce jour-là. Au point où il n'avait même pas pris la peine de prendre son casque dans le vestiaire! Quand il a été appelé à remplacer un coéquipier blessé, il a dû emprunter en catastrophe celui d'un autre joueur. Ce qui ne l'a pas empêché de marquer deux touchés.

Les histoires du genre ne manquent pas. Le matin du XVe Super Bowl, le 25 janvier 1981, des employés des Raiders d'Oakland allèrent récupérer in extremis plusieurs joueurs dans une discothèque de La Nouvelle-Orléans. Le plus célèbre d'entre eux, John Matuszak, se targuait de galvaniser ses coéquipiers en leur concoctant un «breakfast du champion», un savant mélange de valium et de vodka. En 1991, à la veille du

XXVe Super Bowl, les Giants de New York allèrent jusqu'à embaucher des détectives pour suivre à la trace leur joueur étoile Lawrence Taylor, bien connu pour ses frasques en dehors du terrain.

Le mot de la fin appartient à l'ancien porteur de ballon des Cowboys de Dallas Duane Thomas : «Si c'est vraiment le match ultime, pourquoi est-ce qu'il y en aura un autre l'an prochain?»

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