Six journalistes du Soleil expliquent leur engouement

Le Soleil

D'un certain point de vue, la popularité du football américain au Québec est une énigme, puisque la ligue ne compte aucune équipe ici. Mais cet engouement général est un bien mince mystère quand on songe qu'il y a, chez nous, d'authentiques fans qui ne se contentent pas de suivre l'action d'un oeil détaché, ni même d'aller voir des matchs aux États-Unis. Au contraire, ils vont jusqu'à s'identifier à des équipes qui jouent pourtant dans des villes où ils n'ont jamais mis les pieds, à des centaines, voire des milliers de kilomètres de chez eux. Évidemment, cet étrange comportement est une source constante d'étonnement pour l'entourage de l'amateur incompris, en particulier pour sa conjointe ? et à plus forte raison si ledit amateur est un incurable qui dit «nous» quand il parle de son équipe. Comment, se demandent ses proches, un honnête citoyen autrement normal et fonctionnel choisit-il «son» équipe? Comment fait-il pour s'y identifier malgré la distance? À l'occasion du Super Bowl, Le Soleil a décidé de jeter un peu de lumière sur ce phénomène presque paranormal en demandant à 6 «cas graves» de sa salle de rédaction d'expliquer d'où leur vient cet attachement à une équipe de la LNF.

Jean-François Cliche: Buccaneers de Tampa Bay

Je me souviens d'un de ces rares matchs de soccer où j'avais joué à l'attaque. Étant doué pour la défensive, j'ai coupé la passe d'un adversaire, c'est tout ce que je sais faire, et je suis parti en échappée. À 12 mètres du but, j'ai visé le coin droit, et j'ai manqué... le coin gauche.

C'est l'histoire de ma vie sportive : j'empêche les autres de marquer, mais je ne compte moi-même qu'aux années bissextiles. J'ai essayé la natation, où j'aurais peut-être été moins pire s'il était possible de nager défensivement...

Aussi me suis-je senti appelé par les Buccaneers de Tampa Bay dès que j'ai commencé à regarder le foot, il y a quelques années. En attaque, l'équipe est une catastrophe perpétuelle, n'ayant terminé dans le top 10 de la ligue que deux petites fois depuis sa naissance, en 1976. Et encore, tout juste 10e en 1984 et en 2003. En défensive, cependant, mes chers Bucs sont des abonnés du top 10-11 fois au cours des 12 dernières années.

Ajoutez un système défensif, le fameux «Tampa 2», qui mise sur des joueurs rapides, et donc plus légers que la moyenne (comme votre humble), et vous avez tous les ingrédients d'une très forte identification...

Prédiction : Steelers 24, Cards 21

Kathleen Lavoie: 49ers de San Francisco

Je suis un pur produit de l'Université Laval. J'y ai étudié, mais, surtout, j'étais de la cohorte qui a vu naître son équipe de football en septembre 1996.

Je me rappelle encore de ce premier match présenté au stade du Peps. Le Rouge et Or s'y était présenté dans un uniforme ? le plus beau du football, selon moi! ? «emprunté» aux 49ers de San Francisco, les gagnants en titre du Super Bowl. Mais là s'arrêtait la comparaison.

À l'époque, l'équipe lavalloise était loin d'aligner un joueur de la trempe de Steve Young, le quart-arrière des Californiens et l'artisan de la conquête du XXIXe Super Bowl avec ses six passes de touché. Pas plus qu'elle ne possédait la tradition victorieuse des Niners, devenus la première formation à aligner cinq titres en 14 saisons avec cette victoire. Mais ça allait venir.

Pendant ce temps, à l'autre bout du continent, les vrais défenseurs du maillot «rouge et or» tombaient de leur piédestal. Avec la multiplication des blessures, l'affaiblissement de l'offensive et le manque de constance de la défensive, mes 49ers n'ont effectivement jamais retrouvé le chemin de la victoire. Même qu'au plus fort de la crise, en 2004, ils ont été blanchis 34-0 par les Seahawks. C'était la catastrophe. Et un 26 septembre. Le jour de ma fête. Ça ne s'oublie pas.

Il n'en fallait pas plus pour que je comprenne que, à partir de là, nos destins seraient à jamais liés. Pour le meilleur et ? depuis trop longtemps ? pour le pire. Si c'est pas de l'amour, ça...

Prédiction : Steelers 24, Cards 27

François Bourque: Steelers de Pittsburgh

Si vous insistez, je dirai Pittsburgh. Les Steelers étaient les meilleurs lorsque, adolescent, j'ai découvert le football de la NFL au milieu des années 70.

Je n'ai jamais maîtrisé les statistiques, ni les noms des héros du football. Je n'ai rien d'un connaisseur.

Mais je n'ai jamais oublié ces noms : Bradshaw, Franco Harris; j'ai vu sur une photo récente que Harris porte encore une épaisse barbe noire.

Je me souviens de Lynn Swann et de John Stallworth, suspendus entre ciel et terre, légèrement plus près du ciel je dirais, les mains tendues pour attraper la Lune.

Si vous insistez, je dirai Pittsburgh. Mais la vérité est qu'aujourd'hui, je m'en fous. Ce que j'aime du football, ce ne sont pas ses équipes. C'est le ballet des couleurs, la chorégraphie, la musique des corps qui s'entrechoquent.

J'aime la lenteur, celle d'un match d'échecs. L'effort intellectuel, l'angoisse du prochain coup, l'attaque, la parade, le sacrifice, le roque.

Puis tout à coup, l'explosion, la course folle, la grande diagonale dans la tranchée. Le reste importe si peu.

Mon chum Daniel est venu chez moi l'autre jour regarder le foot sur grand écran. Il avait mis son chandail tout neuf, le no 7 de Roethlisberger, offert par ses enfants à Noël pour remplacer son vieux no 7, usé à la corde et devenu illisible. Touchant.

Je vous dirai Pittsburgh, par amitié et par solidarité. Go Steelers!

Prédiction : Steelers 23, Cards 17

Gilbert Leduc: Bengals de Cincinnati

Non, je ne le crie pas sur tous les toits, mais j'assume pleinement mon coup de coeur d'adolescent. J'ai un faible pour les Bengals de Cincinnati.

C'est une vieille histoire d'amour.

J'ai d'abord craqué pour le casque tigré des Bengals. Puis, j'ai été ébloui par les performances aériennes de Ken Anderson et de Boomer Esiason. Le successeur de ces deux quarts-arrières, Carson Palmer, est dans mon pool et personne ne viendra me l'enlever.

Jamais, je n'oublierai le longiligne Cris Collinsworth ou Isaac Curtis. Chad Ocho Cinco, lui, je l'ai oublié. Et échangé, l'automne dernier, pour pas grand-chose! Il n'a pas été aussi bon que Corey Dillon, James Brooks, Rudi Johnson ou Pete Johnson, mais Ickey Woods, et son inimitable Ickey Shuffle, n'avait pas son pareil lorsqu'il traversait la ligne de buts.

Il y a eu aussi des joueurs de ligne offensive inoubliables : Anthony Munoz et Max Montoya.

Deux défaites au Super Bowl n'ont pas réprimé mon amour pour les Tigrous qui, aujourd'hui, regorgent de bagnards impénitents et de mauvais garçons, mais qui ont toujours leur beau casque tigré.

Prédiction : Steelers 17, Cards 14

Éric Moreault: Steelers de Pittsburgh

Je suis devenu un fan fini des Steelers de Pittsburgh à cause de mes parents. Ou, plutôt, en raison des «siestes» qu'ils faisaient le dimanche après-midi. J'étais désoeuvré. C'étaient les années 70 et comme beaucoup de familles québécoises, nous n'avions pas le câble. Alors, j'ouvrais la télé à Radio-Canada, qui diffusait les matchs de la NFL.

Grâce aux descriptions de Raymond Lebrun et aux analyses de, il me semble, Jean Séguin, il s'est produit un incroyable déclic. À cette époque, la rivalité entre les Cowboys de Dallas et les Steelers était épique. Le Black & Gold a fini par gagner quatre Super Bowl avec son fameux rideau de fer défensif, entre 1974 et 1979. Et un appui indéfectible de ma part.

Depuis, j'ai assisté à quatre matchs de MON équipe à Pittsburgh, dont le dernier des Steelers au Three Rivers Stadium, avant qu'il cède sa place au Heinz Field. Fan fini, disais-je. Si mes parents avaient su...

Prédiction : Steelers 34, Cards 24

Pierre Couture: Browns de Cleveland

Je l'avoue humblement, j'ai un faible pour les Browns de Cleveland. Rien de très glamour. En fait, les Bruns n'ont rien pour eux. Sportivement parlant, l'équipe ne va nulle part depuis des lustres. Un peu à l'image de cette ville glauque située au pied du lac Érié qui tente tant bien que mal de se sortir de cette foutue crise économique. Mais pourquoi les Browns?

L'aventure remonte à 2003. Avec quelques collègues, nous avions participé à un programme double. Un arrêt à Pittsburgh le dimanche après-midi, puis un Monday Night à Cleveland. Le coup de foudre. Et voilà, l'instant d'une soirée, Cleveland, la négligée, la laissée-pour-compte, renaissait. Un premier Monday Night en plus de 10 ans.

Dans les rues du centre-ville, dans les gradins du stade, dans les restos, dans les bars, dans les taxis, les gens étaient heureux. Moi aussi. Malgré une défaite contre les pitoyables Rams de St-Louis, les partisans des Bruns ont fait la fête, convaincus que la NFL était le meilleur produit de sport de la planète bleue. Ils avaient raison. On se souhaite maintenant un championnat. Go, Browns, go!

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