L'exploit des Remparts en or de 1971

Guy Lafleur, cigare au bec, célèbre la conquête... (ARCHIVES LE SOLEIL)

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Guy Lafleur, cigare au bec, célèbre la conquête de la Coupe Memorial en compagnie du premier ministre du Québec Robert Bourassa le 19 mai 1971.

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(Québec) D'ici la fin du mois de mai, Le Soleil vous offre chaque samedi une série de reportages sur les liens unissant Québec et la Coupe Memorial, dont le tournoi 2015 sera présenté au Colisée Pepsi. Aujourd'hui, pleins feux sur la Coupe Memorial des Remparts en or de 1971.

Encore aujourd'hui, l'exploit reste gravé dans les souvenirs et survivra à l'édifice où il a été accompli. «On n'avait supposément pas de club, on ne prenait pas trop au sérieux la petite équipe de Québec», rappelle Maurice Filion, l'entraîneur-chef des Remparts de 1970-1971. Et pourtant, il a fallu patienter un quart de siècle avant qu'une autre équipe québécoise remporte la Coupe Memorial.

La popularité des Diables rouges était à son sommet. Guy Lafleur remplissait le filet, bien appuyé par des coéquipiers nommés Michel Brière, Réjean Giroux, Jacques Locas Jr, Jacques Richard, Pierre Roy et André Savard, pour ne nommer que ceux-là. «On avait Guy, mais tout le club débordait de caractère. Le noyau amenait tout le monde à pousser dans le même sens», précise Filion. Retour dans le temps.

LE DUEL

Les Remparts bouclent la saison en tête du classement et renversent tout sur leur passage en séries. Pour avoir leur place au sommet du hockey junior canadien, ils doivent se mesurer aux Black Hawks de St. Catherines, une puissance ontarienne menée par leur vedette, Marcel Dionne.

«Personne ne pensait qu'on gagnerait la Coupe Memorial en 1971, on ne donnait pas cher de notre peau», admet Filion, ancien coach des Remparts et directeur général des Nordiques aujourd'hui à la retraite.

Il faut savoir que la Coupe Memorial a bien failli ne pas être à l'enjeu en 1971 à cause d'un conflit entre l'Est et l'Ouest au sujet d'une règle permettant aux équipes de l'autre bout du pays d'aligner quatre joueurs de 20 ans alors que les clubs de l'Est n'en avaient pas. Même si la Ligue de l'Ouest avait été exclue de l'Association canadienne de hockey amateur (ACHA) pour cela, les Oil Kings d'Edmonton lancèrent un défi à l'Est : leur propriétaire «Wild» Bill Hunter était prêt à affronter le vainqueur de la série Québec/St. Catherines dans une finale quatre de sept où il offrait 5000 $ par match à l'opposant et à lui payer toutes les dépenses.

«La série contre St. Catherines me faisait peur. On est allé là-bas pour la première partie, pis Jacques [Richard] en avait joué une maudite bonne... Là, je me suis dit qu'ils [les Black Hawks] auraient de la misère...», rappelle Filion.

LE FORFAIT

En avance 2-1, les Remparts remportent le quatrième match 6-1 devant 13 410 spectateurs entassés dans les gradins et les marches d'un Colisée surchauffé. Des bagarres éclatent en troisième période, la foule s'en mêle. Selon différents reportages consultés, les joueurs adverses auraient reçu des tomates, des pommes de terre, des oeufs, des gommes à effacer remplies de clous et même un couteau... Les visiteurs quittèrent le Colisée sous escorte policière, ce qui n'empêcha pas leur autocar d'être entouré d'environ 2000 partisans et des voitures bondées de fans de circuler autour de l'hôtel.

La série se transporte alors à St. Catherines, où les Black Hawks enlèvent le cinquième match. Mais à la surprise générale, ils refuseront de revenir à Québec pour disputer le sixième. «La vie de nos joueurs est en danger», déclare leur président Fred Mueller à La Presse Canadienne. À l'issue d'un vote, seulement cinq joueurs veulent se pointer à Québec, les autres n'y tenant pas, leurs parents non plus.

«Ça avait brassé un peu, mais à part de se faire crier par la tête, il ne serait rien arrivé. Ils estimaient que c'était trop dangereux, mais je crois plutôt qu'ils pensaient ne pas avoir une chance de gagner. Ils étaient insultés qu'on les batte et ils en ont profité pour sortir par la porte de côté», estime Filion, qui avait tenté sans succès de convaincre son homologue de ne pas abandonner.

LA COUPE

À la suite de ce forfait, tout était en place pour une finale canadienne entre les Remparts et les Oil Kings. À la suite d'un tirage au sort, la série deux de trois allait se jouer entièrement à Québec.

Les Remparts gagnent le premier match 5-1 grâce à deux buts de Brière et à quatre points (1-3) de Lafleur. Le 19 mai 1971, les Remparts remportent la Coupe Memorial à la faveur d'un doublé de Richard et de Jean Landry dans un gain de 5-2. Il n'y en avait pas au Canada pour enlever le championnat aux Remparts en or.

 «On a vécu une année merveilleuse en 1971. Ça fait plus de 40 ans et on en parle encore, c'est tout dire. La foule était derrière nous, c'était stimulant et intimidant pour l'adversaire et il n'y a rien comme gagner un championnat à la maison. Même le premier ministre [Robert] Bourassa était présent, il fumait le cigare avec Guy...»

Sources : Le Soleil, The Memorial Cup (Harbour publishing), La Presse Canadienne, The Gazette,

le blogue de Gregg Drinnan

Lafleur: «on payait le prix pour gagner»

Il ne portait pas encore le surnom de «Démon blond», son numéro 10 n'était pas encore passé à l'histoire, mais, déjà, il menait les siens à la victoire. La Coupe Memorial de 1971 reste à jamais l'une des belles réussites de la carrière de Guy Lafleur. Et ce, même s'il allait ensuite remporter la Coupe Stanley à cinq reprises avec le Canadien et connaître une glorieuse carrière.

«À ce moment-là, tu ne le sais pas comment va se dérouler la suite, c'est pour ça que la Coupe Memorial est aussi prestigieuse à gagner. C'est peut-être la plus importante victoire de ta vie», disait Lafleur, la semaine dernière, en entrevue avec Le Soleil. Au bout du fil, l'ancien Diable rouge plonge dans ses souvenirs.

Lafleur, dont le numéro 4 appartient à l'histoire des Remparts, complétait un trio productif avec Michel Brière et André Savard. Il avait bouclé la saison avec 130 buts et 209 points, tandis que Brière en avait amassé 144 et Savard 139. Lafleur sourit lorsqu'on lui rappelle que Maurice Filion lui avait dit : «T'es mieux de ne pas me faire perdre un match parce que tu as fait une passe à Brière»...

«Il n'y avait aucune jalousie, tout le monde s'entendait bien. Les gars étaient fiers de jouer pour les Remparts, on allait à la guerre à chaque match. Il y avait du talent dans cette équipe-là, on pouvait rivaliser avec n'importe qui. Sauf que chaque soir, on était des cibles, mais on était prêt à payer le prix pour gagner. Encore aujourd'hui, si tu ne le fais pas, tu ne gagnes pas!»

Sentiment d'appartenance

Dans le temps, on disait haut et fort que le Québec était moins redoutable que l'Ontario et l'Ouest. «On voulait prouver qu'on pouvait les battre. L'une de nos forces, c'est qu'on formait une grande famille avec nos fans. Il y avait un sentiment d'appartenance.»

Quelques semaines plus tard, Lafleur allait être repêché au premier rang par le Canadien devant Marcel Dionne, choisi par Detroit. Au fils de sa carrière à Montréal, à New York et à Québec, il a remporté deux fois le trophée Hart (plus utile en saison), trois fois le trophée Art Ross (meilleur compteur) et le trophée Conn Smythe (plus utile en séries) à une reprise. La LHJMQ remet un trophée à son nom au meilleur joueur des séries éliminatoires.

«Guy était un tourbillon et il avait tout un lancer, c'était notre joueur vedette, un vrai de vrai. Il était le leader sur la glace et dans le vestiaire. Les gens payaient pour le voir, c'était normal qu'il joue beaucoup, mais ça ne faisait pas au détriment des autres. Et si je ne l'avais pas fait jouer, je ne serais pas resté à Québec longtemps», illustre Maurice Filion. 

Le «Kid» n'a pas oublié

Michel Brière n'a pas oublié la finesse de ses ex-coéquipiers. À 5'4" et un peu moins de 150 livres, son flair près du filet n'avait pas son pareil. Ses compagnons de trio Guy Lafleur et André Savard le savaient bien!

 «J'avais déjà joué avec Guy chez les As Jr, c'est pour ça qu'on m'avait jumelé à lui. S'il te voyait, Guy faisait la passe. André était aussi généreux. Il me dit encore : "Kid, t'avais de bonnes mains... et si j'ai joué toute ma carrière avec une orthèse à un genou, c'est de ta faute parce que j'étais allé à ta défense dans une mêlée"», rigole l'homme de Pont-Rouge, qui enfile le chandail des Remparts pour le photographe.

Comme lui, son fils Jean-Philippe a aussi remporté la Coupe Memorial avec l'Océanic en 2000. Sa fierté est même triple, puisque son autre fils Pierre-Luc a aussi joué dans la LHJMQ, avec Chicoutimi.

«La Coupe Memorial remonte à 44 ans et on m'en parle encore. Nous avions connu une saison incroyable avec seulement huit défaites. Et à chaque match, on se disait qu'on pouvait en faire plus. On avait de l'attaque, mais aussi une excellente défensive. Pierre Roy était un guerrier, et Bill Landers, sans être le plus gros, n'était pas peureux. Et M. Filion avait su nous inculquer une bonne discipline.»

Brière disputera trois saisons en Europe avant de se retirer à la suite d'une fracture du bassin subie pendant un match de balle, à l'été.

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