Repêchage de joueurs américains: une nouvelle règle paradoxale

Jean Gagnon, directeur général adjoint des Remparts, déplore... (Photothèque Le Soleil, Steve Deschênes)

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Jean Gagnon, directeur général adjoint des Remparts, déplore que la LHJMQ envoie un message paradoxal en forçant les équipes à repêcher des joueurs américains tout en limitant les offres faites à ces joueurs.

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<p>Kathleen Lavoie</p>

Kathleen Lavoie
Le Soleil

(Québec) Le gardien américain Jon Gillies a deux idoles : l'une s'appelle Carey Price, et l'autre, Patrick Roy. Malgré cela, l'espoir des Flames de Calgary n'a pas hésité à rejeter l'offre du 33 de se joindre aux rangs des Remparts, préférant fréquenter Providence College. Et il n'est pas seul.

Sam Kurker, Doyle Somerby, Austin Cangelosi, Matthew Grzelcyk, autant de noms qui font rêver les fans des Remparts, mais risquent de ne jamais porter l'uniforme rouge et noir. «On n'a plus les moyens de les attirer», affirme le directeur général adjoint Jean Gagnon.

Obligées par règlement de repêcher deux joueurs américains par année, les équipes de la LHJMQ ne sont plus en mesure de concurrencer les collèges américains situés sur leur territoire, estime Gagnon.

C'est qu'au printemps, dans un geste contradictoire à la volonté de la Ligue d'aligner plus d'Américains, mais visant à favoriser ses petits marchés, les gouverneurs ont voté un nouveau règlement portant sur les «ententes spéciales» avec ces joueurs. Ce dernier limite désormais à 10 000 $ par année, pour un total maximal de 40 000 $, les bourses d'études supplémentaires pouvant être allouées aux Américains.

Ce montant s'ajoute à celui déjà prévu dans la politique scolaire de la LHJMQ qui, elle, restreint à 5000 $ par année les bourses accordées à ces étudiants-athlètes, ce qui équivaut à un total possible de 60 000 $. Or, une année de scolarité dans des institutions telles que Boston University, Boston College ou Cornell University peut facilement s'élever de 25 000 $ à 40 000 $, selon les programmes! Il n'est donc pas rare qu'un joueur américain se voit offrir une bourse complète variant de 100 000 $ à 150 000 $, selon les cas.

Le message de la Ligue se veut paradoxal, selon Jean Gagnon. D'un côté, on force depuis l'an dernier les équipes à repêcher deux joueurs américains, de l'autre, on les empêche de faire des offres compétitives à ces joueurs.

Le cas de Gillies

Dans un cas comme celui de Gillies, qui considérait sérieusement venir jouer à Québec pour y disputer plus de matchs par saison - au point de visiter les installations des Remparts en mai -, on peut penser que la nouvelle règlementation a eu une influence, puisque le jeune homme a changé de discours après avoir pris connaissance de l'offre des Remparts.

«Ma plus grande faiblesse, c'est ma force physique. D'aller à l'université, et d'avoir plus de temps à consacrer au développement physique hors glace, ç'a été un argument déterminant», a indiqué le gardien de but au Soleil, quelques minutes après avoir été repêché par les Flames, le 23 juin.

Jean Gagnon interprète la situation différemment. «Gillies a probablement obtenu une bourse d'études complète pour jouer à Providence. Sans compter que sa mère accorde beaucoup d'importance aux études...» a-t-il laissé entendre.

Moins de dépistage

L'effet pervers de la nouvelle réglementation, c'est que les équipes risquent de passer beaucoup moins de temps à faire du dépistage aux États-Unis, un exercice coûteux.

Les Remparts continueront néanmoins de repêcher des joueurs américains et de leur présenter les avantages d'une carrière junior dans la LHJMQ. «Avec Patrick, ça rend la tâche plus facile, mais on ne se fait pas d'illusions...»

Jean Gagnon espère que l'exemple d'un joueur comme Adam Erne, un natif du Connecticut qui a choisi Québec, rendra l'option intéressante aux yeux de certains. «Si Erne est choisi tôt au repêchage de la LNH de 2013, ça va peut-être en faire réfléchir quelques-uns. Présentement, il fait bien avec l'équipe américaine des moins de 18 ans... Ça va peut-être ouvrir la porte à d'autres joueurs», souhaite-t-il.

Un «non» catégorique de Kurker

En 2004-2005, les Remparts alignaient pas moins de cinq Américains, soit Josh Hennessy, Joey Ryan, Jordan Lavalee, Andrew Andricopoulos et Evan Shaw. Aujourd'hui, un seul Américain, Adam Erne, défend les couleurs des Remparts. Un choix qu'il a effectué à la suggestion de son agent, Claude Lemieux, un ancien coéquipier de Patrick Roy. La plupart des jeunes dans sa situation s'engagent toutefois très jeunes, verbalement ou par écrit, auprès de collèges américains. Ce fut le cas de Sam Kurker, que Patrick Roy a rencontré lors du repêchage de la LNH. «J'étais prêt à l'écouter, mais je prévois aller jouer à Boston University. C'est mon rêve depuis que j'ai cinq ans. J'ai énormément de respect pour Patrick Roy et je sais ce que les Remparts ont à offrir, mais pour l'instant, je suis heureux avec mon choix», a-t-il indiqué au Soleil. Le programme offert à Boston University, auquel adhérera aussi le deuxième choix américain des Remparts en 2012, Doyle Somerby, est considéré comme l'un des plus dispendieux de l'Est des États-Unis.

Des cadeaux «légaux»

Les ententes particulières pouvant survenir entre un joueur et une formation de la LHJMQ comprennent différents types d'incitatifs, dont la valeur et la nature sont déterminées dans la réglementation de la Ligue. Outre des bourses d'études, une formation peut, par exemple, offrir à un joueur un montant d'argent maximal (environ 1500 $) pour défrayer son entraînement estival. Une équipe peut également payer les frais de voyages et de séjour de parents qui voudraient venir voir jouer leur fils au cours de la saison. De même, une organisation peut décider d'inclure une assurance «fin de carrière», en cas de blessure grave mettant un terme aux espoirs d'un jeune de talent.

En vitesse...

Chez les Remparts, les études des joueurs évoluant avec l'équipe sont payées par le fonds d'études du club. Les bourses d'études comprises dans les ententes spéciales prennent quant à elles effet à la suite du passage du joueur dans la formation. À Québec, la majorité des joueurs ont quatre ans pour se prévaloir de ces bourses... Le gardien de but américain Jon Gillies a connu une excellente saison avec le Ice de l'Indiana (USHL), maintenant une moyenne de buts alloués de 2,77 et un pourcentage d'efficacité de ,915. «Notre équipe a bien fait. On a terminé deuxième dans la Ligue. Et on a tellement de bons joueurs! La USHL est une ligue phénoménale, avec un bon niveau de compétition.»

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