Il sera toujours difficile pour le commun des mortels de sympathiser avec des athlètes multimillionnaires qui sont du jour au lendemain privés de leur gagne-pain. Juste à les voir habillés tout croche lors de leur procession de solidarité à New York la semaine dernière donnait de l'urticaire. Me semble qu'ils auraient pu trouver mieux que t-shirt, bermudas et gougounes. Paraît que le look clochard est vendeur, mais pour des bien nantis de la société, ils faisaient pitié à voir.
Si le lock-out s'éternise, et pour le moment il n'y a pas lieu d'espérer une entente entre les deux parties en cause, il vont perdre beaucoup de sous. Ça, c'est la réalité. Sauf que la plupart d'entre eux vont quand même empocher assez de sous pour payer leur hypothèque et l'épicerie. Le petit retour de leur portion versée en fiducie l'an passé leur donne 8 % de leur salaire.
Et même si on parle de solidarité inébranlable, les meilleurs athlètes sont en demande ailleurs sur la planète. Plusieurs vont se produire en Europe et déjà les Malkin, Gonchar, Plekanec et autres patinent dans leur pays d'origine. La question que je me pose est la suivante: si la solidarité est si forte comme on le prétend, est-ce que les chanceux qui vont recevoir de gros chèques vont les déposer dans un fonds de grève pour aider les joueurs de soutien qui se retrouvent le bec à l'eau? Je ne crois pas.
Mais autant on peut mettre en question les valeurs de ces privilégiés de la société, autant on ne peut leur en vouloir dans le contexte actuel. S'il faut pointer un doigt accusateur vers un groupe d'individus en fin de semaine, il faut le pointer vers les propriétaires des 30 équipes du meilleur circuit de hockey au monde. Parce que s'il y a autant de nuages noirs qui font du surplace au-dessus de notre sport national, c'est la faute de ce club sélect de gens d'affaires qui semblent incapables de comprendre.
C'est triste, parce que la grande majorité des experts, autant financiers que sportifs, étaient d'accord pour dire que les balises mises en place à la suite du dernier conflit qui avait coûté une saison complète étaient idéales. Gary Bettman avait réussi le coup de maître de soutirer un plafond salarial et un plancher salarial à l'Association des joueurs, quelque chose que ces derniers avaient juré ne jamais accepter.
Contourner la convention
Le hic, c'est que l'appât du gain, ici également pécuniaire comme sportif, est trop fort pour celui ou celle qui adore le pouvoir. Le lendemain de la signature de la dernière convention collective en 2005, des rusés renards analysaient déjà les documents afin de savoir comment ils pourraient contourner les règles.
Les marchés canadiens ainsi que les New York, Philadelphie, Boston, Chicago et Detroit de ce monde ne craignent pas la fin du mois. Malheureusement, ces endroits où le hockey règne en roi et maître ne tiennent pas compte de leurs associés qui traînent la patte. On fait grand état de Phoenix, mais des endroits comme Columbus, la Floride, et même Nashville, maintenant qu'on a dû délier les cordons de la bourse pour Shea Weber, ont aussi beaucoup de mal à boucler leurs budgets.
Dans ces marchés qui luttent pour attirer commanditaires et surtout amateurs, un arrêt de travail peut avoir des conséquences dramatiques. Déjà qu'ils sont les négligés par rapport aux autres sports sur leur territoire, voilà qu'ils leur laisseront toute la place. Vrai, le circuit Bettman n'a jamais empoché autant de revenus totaux, mais ces revenus sont générés par moins d'une douzaine d'équipes. Dont les sept clubs canadiens qui surfent sur la force de notre devise et sur la popularité du hockey chez nous.
Le comble du comble, c'est cependant la générosité des propriétaires dans les jours précédant le décret du lock-out. À ne rien comprendre. D'un côté, ils clament qu'ils sont dans le pétrin et prêchent la retenue, tandis que de l'autre, c'est à qui va mettre le plus de joueurs sous contrat le plus rapidement. À des prix plus forts que le marché et pour une durée qui n'a pas de sens.
Faut-il s'en étonner, demande-t-on encore? C'est assez clair que la réponse est non. Ça fait drôlement peur de voir ces propriétaires incapables de se contrôler malgré toutes les balises en place. Il ne faut pas se surprendre qu'ils veuillent se racheter sur le dos des joueurs. Le problème, c'est que cette fois-ci, il y a un dénommé Donald Fehr devant le filet de l'AJLNH. Et comme Gary Bettman n'a rien de l'attaquant en puissance, la patience sera de mise.