«Vieux sage?» a laissé tomber l'entraîneur de la ligne offensive en riant. «J'ai déjà entendu ça. Je le prends comme un compliment. C'est mieux que si on m'avait appelé vieux singe. La réalité, c'est que je suis le plus vieux du groupe. Un bon groupe avec qui j'adore travailler. Si je peux aider les gens qui m'entourent à atteindre leur plein potentiel, j'aurai réussi ma mission.»
Brennan est comme un enfant dans un magasin de jouets à Vancouver. Son séjour de quatre saisons comme entraîneur dans la Ligue canadienne de football n'a fait qu'élargir son cercle d'amis, qui était déjà assez imposant merci. Depuis son arrivée sur la côte Ouest samedi, il passe son temps à accueillir d'ex-collègues du grand circuit dont la faune est également débarquée en ville en prévision de la Coupe Grey, dimanche.
Il a longuement discuté avec les gens des Lions de la Colombie-Britannique à leur centre d'entraînement, renouant entre autres avec Dan Dorazio, entraîneur de leur ligne offensive. Au BC Place, mardi, il a eu l'occasion de jaser avec l'analyste de TSN Matt Dunigan, qui a été son premier entraîneur-chef chez les pros à Calgary en 2004.
Son aventure dans le monde du football a débuté entre les lignes. Après trois saisons dans le collégial, il se pointe à Ottawa pour s'essayer au niveau universitaire, mais ça n'a guère été concluant. Il se tourne alors vers le boulot d'entraîneur à la polyvalente Mont-Bleu de Gatineau avant de revenir à Québec. Mike Labadie, pour qui il avait déjà joué, le prend sous son aile. Se succèdent des postes d'entraîneur de lignes défensive et offensive au Séminaire Saint-François et au Petit Séminaire, qu'il finira par diriger en 1995. Ce qui l'amène au Rouge et Or.
Coup de fil de Maciocia
Coach à temps partiel, il développe son art avec la ligne offensive lavalloise. Le programme gagne ses lettres de noblesse avec plein de ses protégés repêchés par la LCF et des titres nationaux en 1999 et en 2003. Après, c'est un concours de circonstances qui l'a mené chez les pros. «Dans la vie, il y a des choses qui arrivent. Le pensionnat du Séminaire Saint-François duquel je m'occupais allait fermer et il n'y avait pas de poste à temps complet disponible chez le Rouge et Or. Danny Maciocia m'avait donné un coup de fil pour me dire que quelque chose serait peut-être disponible à Calgary, mais j'étais hésitant. Quelques heures plus tard, je me bottais le derrière avec le résultat que l'on connaît.»
Une saison avec les Stampeders, une avec les Roughriders de la Saskatchewan et deux à Edmonton avec les Eskimos allaient élargir ses horizons. Autre concours de circonstances en 2008 alors qu'un poste à temps complet s'ouvre chez le Rouge et Or. Le p'tit gars de Sillery revenait à la maison. Cette année-là, les locaux remportent une autre Coupe Vanier suivie de celle de l'automne dernier. «On ne se lasse jamais de jouer aussi tard dans la saison», a-t-il jeté. «C'est notre raison d'être.»
Pendant que quelques-uns de ses collègues entraîneurs se démènent comme des diables dans l'eau bénite pendant les entraînements et sur les lignes de côté pendant les matchs, Brennan est d'un calme désarmant, s'occupant de son groupe de géants de la ligne offensive. Il est également là pour conseiller et donner son opinion lors des prises de décision des autres «corps de métier» du club. Jusqu'à un certain point, il se veut le modérateur du groupe. «Je n'ai pas besoin de crier et de gesticuler pour passer mes messages», a-t-il noté, sourire en coin. Ce qui ne le rend pas moins efficace, bien au contraire. Sa feuille de route parle d'elle-même.
Un budget qui dérange
Faudrait-il que les administrateurs et les dirigeants du Rouge et Or s'excusent parce qu'ils connaissent autant de succès depuis leur entrée dans le monde du football universitaire canadien? C'est du moins l'impression qui ressort en lisant certains textes et en écoutant certains reportages depuis notre arrivée dans l'Ouest canadien.
C'est drôle comment le fameux budget d'opérations de 2 millions $ par année de la formation lavalloise dérange. Dans le Vancouver Sun, hier matin, on parle du «magnat des meubles Jacques Tanguay», des «riches commanditaires», des «cinq entraîneurs à temps plein», du «camp d'entraînement hivernal en Floride», des «15 000 spectateurs dans les gradins», des «matchs locaux télévisés» (pas tout à fait exact). Le texte en question parle aussi d'un avantage marqué sur les autres formations en raison de cette richesse.
Ptaszek diplomate
Stefan Ptaszek, l'entraîneur-chef de McMaster, a joué au diplomate en affirmant que le Rouge et Or n'était pas le matamore que l'on croyait, que Glen Constantin et son organisation apportaient énormément au circuit universitaire canadien. Il a expliqué que c'est Constantin qui avait invité son équipe à venir disputer un match présaison au début de l'automne et qu'il avait payé toutes les dépenses pour s'assurer la présence de ses Marauders.
Sauf que, du même souffle, Ptaszek n'a pu s'empêcher de dévoiler que son budget d'opérations ne représentait que 25 % à 30 % de celui du Rouge et Or (500 000 $ à 600 000 $) et qu'il était le seul entraîneur à temps plein de son organisation. Le journaliste a pour sa part ajouté que le budget d'opérations annuel du club local, les Thunderbirds de UBC, était semblable à celui de McMaster. À sa défense, l'entraîneur-chef de UBC Shawn Olson a confié que les succès de l'Université Laval forcent toutes les autres organisations à en faire plus. Et que le football universitaire ne pourrait que s'en porter mieux. Au moins, lui semble avoir compris que ça servait d'être créatif.
Quant à Constantin, il a simplement rétorqué que «tu peux pleurnicher en disant Laval fait ci et que Laval fait ça, ou tu peux choisir d'être créatif afin d'améliorer ton sort. De plus en plus d'équipes embauchent plus d'entraîneurs à temps plein et des organisations comme la Saskatchewan et Winnipeg ont des infrastructures de premier plan». Le seul problème en demeure un de ressources. Et cette satanée jalousie.