Réglé au «quart» de tour

(Vancouver) Rien n'a jamais été laissé au hasard dans le train-train quotidien de Bruno Prud'homme. Perfectionniste dans l'âme, le quart-arrière du Rouge et Or de l'Université Laval s'est toujours mis énormément de pression pour offrir le meilleur de lui-même. Ce qui lui a admirablement bien réussi, autant sur les bancs d'école que sur le terrain de football et dans la vie de tous les jours. Sauf qu'à un moment donné, cette pression s'est mise à l'étouffer. Ce qui l'a mené à une bonne réflexion. Et à quelques ajustements.

Évidemment, on ne jette pas à la poubelle une recette gagnante. Ce n'est certainement pas un défaut que de vouloir se dépasser. Étudiant à la maîtrise en physiologie-endocrinologie, Prud'homme a toujours su mener de front l'exigeant horaire école-sport. Mais en le voyant s'étouffer peu à peu à la mi-saison, on lui a fait comprendre que le sort de la planète Rouge et Or ne reposait pas uniquement sur ses épaules. À partir de là, le ballon qu'il pressait comme un citron est redevenu l'outil qui a fait de lui l'un des meilleurs de sa profession, l'année dernière.

Nous voilà donc à l'aube du plus gros match du calendrier 2011 alors que la bande de Glen Constantin va tenter de défendre son titre national face aux voraces Marauders de MacMaster. Un dernier match en carrière pour Bruno Prud'homme qui, malgré ses détracteurs, pourrait devenir le premier quart-arrière du Rouge et Or à «coller» deux Coupes Vanier. Ni Mathieu Bertrand, ni Benoît Groulx, n'ont réussi à remporter deux championnats d'affilée.

«Je me surprends depuis le début des séries à penser que mon épopée de cinq ans avec le Rouge et Or tire à sa fin», a-t-il reconnu, hier, après la conférence lançant les festivités de la Coupe Vanier. «Je veux donc que ça se termine de la meilleure façon possible. L'idéal serait de gagner.»

Bon joueur d'équipe

Pas mal pour un bonhomme qui a été placé sur la voie d'évitement par ses patrons au début de la saison 2009. Avec Benoît Groulx à la barre pour sa dernière saison universitaire, les dirigeants du Rouge et Or ont suggéré à Prud'homme de se recycler en receveur de passes afin de faire place à l'espoir Tristan Grenon, un autre gradué des Élans de Garneau. En bon joueur d'équipe, il a accepté, laissant la voie libre à un jeune qui voulait son job. Y a-t-il meilleur exemple d'un joueur qui ne vibre que pour l'équipe? Poser la question, c'est y répondre!

«C'est de cette troisième année dont je suis le plus fier, a-t-il confié. J'avais la chance de continuer de jouer pour la meilleure équipe au pays à une position que je ne me maîtrisais pas. J'ai travaillé fort pour être compétitif et j'ai beaucoup appris en étant de l'autre côté du ballon. Je ne pouvais que devenir un meilleur joueur.»

Moins d'un an plus tard, le 12 reprenait son poste derrière la ligne de mêlée après avoir combattu farouchement au camp d'entraînement. Depuis, il n'a jamais plus regardé en arrière. Malgré quelques ratés en début de saison, il a quand même maintenu une fois de plus la meilleure moyenne de réussite de passes (65,1 % à égalité avec Kennedy, de Windsor) de la SIC. Après la difficile défaite aux mains des Carabins, le 8 octobre, alors qu'il avait été malmené tout au long de la rencontre en raison de l'inexpérience des remplaçants sur la ligne offensive, il y a eu comme un déclic. Depuis, Bruno Prud'homme n'a rien à envier à personne.

«Ça m'a fait un bien énorme de prendre du recul et me regarder dans le miroir, a-t-il expliqué. La pression était devenue une distraction. En jasant avec Glen [Constantin] et Duane [John], j'ai compris que j'avais le droit de m'amuser un peu. C'est ce que je fais depuis.»

On l'a vu lors de la Coupe Mitchell à Calgary la semaine dernière. Quelques mauvaises remises de son centre l'ont déstabilisé en début de match, mais après une échappée heureusement recouvrée et une interception menant à un touché des Dinos, il n'a jamais plus regardé en arrière.

Sébastien Lévesque, je l'aime bien. Je suis l'un de ses plus ardents défenseurs. Mais le joueur par excellence de ce match-là fut sans l'ombre d'un doute Prud'homme. Un Prud'homme en mission qui veut terminer son aventure en beauté. Le ballon est entre tes mains, Bruno!

Caractère à revendre

Sourire en coin, Justin Ethier surveillait les faits et gestes de Bruno Prud'homme pendant l'entraînement du Rouge et Or au spectaculaire BC Place, hier matin. Le moment était donc bien choisi pour jaser du quart-arrière qui s'amusait à atteindre ses nombreux receveurs pendant des jeux simulés.

«Je suis encore impressionné par ce qu'il a fait dans des conditions pour le moins difficiles à Calgary la semaine dernière», a déclaré l'ex-coordonnateur offensif du Rouge et Or. «Impressionné, mais pas surpris. Parce que la force de caractère de Bruno, je la connais depuis fort longtemps. Contre les Dinos, il aurait pu s'effondrer après l'échappée et l'interception. Mais c'est tout le contraire qui s'est produit.»

Ethier l'a d'abord connu lorsqu'il défendait les couleurs d'Équipe Canada au Mondial de football junior. Superbe lors de sa première expérience sous le drapeau unifolié, Prud'homme avait été tassé la deuxième année par un espoir de premier plan d'une université de l'Ouest. Mais en cours de tournoi, il avait retrouvé son poste de partant et est revenu à la maison avec l'or au cou.

«Moi, je calcule sa force de caractère par sa décision de joindre le Rouge et Or, tout en sachant que Benoît Groulx et Cesar Sanchez-Hernandez y étaient déjà, a continué Ethier. Ces gars-là avaient encore beaucoup de temps devant eux, mais il était prêt à attendre son tour. Tout en travaillant très fort pour apprendre le métier.»

Plan suivi à la lettre

«Même lorsque nous avions pris la décision de le transformer en receveur à sa troisième année, il n'a pas baissé la tête. Je le vois encore capter une passe de touché à son premier match cette saison-là devant 16 000 personnes. Il avait un plan et il s'est arrangé pour le suivre à la lettre. Et je vous dirais même, sans fausse prétention, que sa carrière s'est déroulée comme je m'y attendais. Je savais jusqu'où il voulait aller et toute l'énergie qu'il était prêt à dépenser pour y arriver. Et le voilà à nouveau au match de la Coupe Vanier.»

Seul petit accroc, cette vilaine habitude de s'attarder trop longtemps à ses mauvais coups pendant un match. «Benoît Groulx passait rapidement à autre chose, a expliqué Ethier. Dès le jeu suivant, il avait oublié. Mais pas Bruno qui réfléchissait trop aux solutions. C'est ce qu'il a corrigé à partir du match contre Bishop's cet automne. Il n'hésite plus, prend ses décisions rapidement sans se remettre en question. Et ça, c'est la marque d'un champion.» Venant de Justin Ethier, ça veut tout dire.

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