Maurice Filion s'éteint à 85 ans

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Maurice Filion en mai 2015

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(Québec) Le monde du hockey québécois est en deuil d'un de ses plus grands bâtisseurs. Maurice Filion, directeur général des Nordiques de Québec durant la majeure partie de leur histoire, s'est éteint à l'âge de 85 ans.

«Quand on parle des grands noms de l'histoire du hockey à Québec, on parle de Jean Béliveau et de Guy Lafleur. Maintenant, je pense qu'il va falloir ajouter Maurice Filion.»

Les mots sont de l'ex-entraîneur-chef des Nordiques Michel Bergeron, mais les louanges sont venues de partout, samedi, suite à l'annonce du décès du grand manitou des Nordiques de 1974 à 1988. 

«Ça a été l'homme de hockey, le guide et capitaine de l'organisation pratiquement du début à la fin. Un grand dg, mais aussi un homme extraordinaire, droit et intègre. Je l'appelais souvent mon père spirituel. Sous son profil d'homme fort, il avait beaucoup de coeur», a salué Bergeron en cette «journée triste» de samedi. 

C'est que celui qui possédait «un sixième sens» pour évaluer un joueur de hockey, selon son ancien patron Marcel Aubut, a marqué l'histoire du sport dans la Capitale-Nationale à plusieurs niveaux. 

Natif de Montréal, Maurice Filion était déjà une figure connue du hockey, à Québec, avant ses 14 ans comme directeur général des Nordiques. 

Nommé entraîneur-chef des Remparts, à leur création, en 1969, il guide les Lafleur et Savard à la conquête de la Coupe Memorial dès sa deuxième saison derrière le banc des Diables rouges. 

En 1972, il se joint à l'organisation naissante des Nordiques de Québec, dans l'AMH, comme dépisteur, étant finalement catapulté dans le rôle de pilote à la suite du départ précipité de Maurice Richard. «Que Maurice Richard démissionne après deux matchs et soit remplacé par Maurice Filion, ça a changé le cours de l'histoire de l'équipe», pointe Michel Bergeron. 

Troquant son chapeau d'entraîneur-chef pour celui de directeur général, en 1974, Filion transige pour Marc Tardif, jetant les bases de la formation qui remportera la Coupe Avco, dans l'AMH, en 1977. 

Demeuré en poste pour le passage des Nordiques dans la LNH, le bâtisseur remplace Jacques Demers derrière le banc fleurdelisé, en 1980, par Bergeron, qui débarque des Draveurs de Trois-Rivières, dans le hockey junior majeur. Ils passeront sept saisons ensemble. 

En 1981, Maurice Filion fait l'acquisition du vétéran gardien de but Daniel Bouchard en cours de saison. Ce dernier guide les Nordiques à leur première participation aux séries éliminatoires de la LNH. 

Guidé par son instinct

«Il se fiait vraiment à son instinct comme directeur général», se rappelle Marcel Aubut, qui, comme copropriétaire et président des Nordiques, a «beaucoup aimé» travailler avec Maurice Filion durant plus d'une décennie. «C'était avant la technologie avancée et les équipes de 5-6 personnes qui décortiquent chaque seconde de vidéo d'un joueur. Maurice avait un talent naturel, quelque chose qui ne s'apprend pas à l'école.»

En dehors de la glace, M. Aubut avoue avoir toujours été impressionné par la présence de son directeur général. «Autant sa présence physique que son charisme. C'est un homme qui aurait pu être politicien ou acteur s'il avait voulu.»

Après le succès du début des années 80 et les glorieuses années de la rivalité Canadien-Nordiques, Filion jette les bases d'une longue reconstruction, procédant à la difficile transaction de Dale Hunter avant de céder sa place, en 1988. Il reviendra brièvement à la gérance de l'équipe en 1990.

Impliqué dans la création du club de football Rouge et Or et préfet de discipline de la LHJMQ, Maurice Filion ne quittera jamais vraiment la scène sportive québécoise avant 2005. 

***

Il avait dit...

«Ça fait déjà 40 ans, c'est bien trop vrai. [...] Je m'aperçois que tout cela a passé vite. Nous avons vécu des très beaux moments, des hauts et des bas, mais je me souviens beaucoup plus de nos bons coups. Comme j'occupais une position publique, que ce soit à titre d'entraîneur ou de directeur général, j'ai essuyé ma part de critiques, mais dans l'ensemble, je n'ai pas un mot à dire et j'ai toujours été très bien traité à Québec»

- Maurice Filion en entrevue au Soleil, en 2011, après avoir été décoré du titre de Grand Victoris pour l'ensemble de sa carrière

***

Trois moments marquants

1. L'acquisition de Marc Tardif

De l'acquisition de Daniel Bouchard à Mario Marois, en passant par Christian Bordeleau, Maurice Filion a signé plusieurs excellentes transactions comme directeur général des Nordiques. Mais l'échange qui a amené Marc Tardif des Stags du Michigan, en 1974-1975, restera probablement son coup le plus fumant. 

À peine nommé directeur général, Filion avait dû menacer le président des Nordiques John Dacres de quitter si les actionnaires de l'équipe n'acceptaient pas de payer l'imposant salaire de Tardif, qui deviendrait plus tard double champion marqueur de l'AMH. «Si je ne retrouve pas ma liberté d'action et si vous m'empêchez d'aller chercher Tardif à Detroit, je donne ma démission et vous vous arrangerez avec vos bebelles», avait alors lancé Maurice Fillion, rapporte l'ex-journaliste du Soleil Claude Larochelle dans son livre Les Nordiques : 10 ans de suspense

2. Le passage des Nordiques de l'AMH à la LNH

Encore plus que la conquête de la Coupe Avco et les victoires contre le Canadien en séries éliminatoires, le passage des Nordiques de l'AMH à la LNH a été le summum de la carrière de Maurice Filion, croit Marcel Aubut. «Pour lui, c'était un rêve qu'il ne pensait jamais que l'on pourrait réaliser dans un petit marché comme Québec. Il a été tout croche pendant des semaines après que l'ont ait eue la confirmation que ça fonctionnait.»

3. L'embauche (et l'échange) du «Tigre»

«Il était venu me voir à Trois-Rivières, où j'étais entraîneur-chef et directeur général. Je n'étais pas sûr d'être intéressé à être assistant, mais il m'a dit que ce serait lui qui dirigerait, raconte Michel Bergeron. Après seulement six matchs comme adjoint, il m'a convoqué à sa chambre d'hôtel pour m'offrir le job d'entraîneur-chef des Nordiques de Québec. C'était un des plus beaux jours de ma vie.»

Quand, sept ans plus tard, Maurice Filion a transigé Michel Bergeron aux Rangers de New York, ce dernier a gagné encore plus de respect pour celui qui était devenu un ami. «Il a quand même obtenu un choix de première ronde, mais je sais qu'il l'a fait d'abord pour me rendre service. Il m'a donné 48 heures pour négocier avec les Rangers. Ça commençait à faire longtemps que j'étais avec les Nordiques et il voulait m'aider avec la suite de ma carrière.»

***

Le bilan «très, très positif» de Filion selon Maurice Dumas

Le journaliste et chroniqueur du Soleil à la retraite Maurice Dumas se souvient bien de Maurice Filion, lui qui a couvert les Nordiques de 1974 à 1990.

«Dans l'ensemble, il a été un bon homme de hockey», résume-t-il. «Dans l'histoire des Nordiques dans l'Association mondiale de hockey, ils ont eu de bonnes équipes, il a fait un bon travail et puis, dans la Ligue nationale, la période la plus faste des Nordiques, disons que c'est à peu près de 80 à 87 et il était directeur général.»

«C'était un gars qui était capable d'analyser avant de prendre une décision», assume M. Dumas. «Il était capable d'analyser les retombées d'une décision, c'est pourquoi il en a pris plusieurs bonnes [...] Il en a pris plus de bonnes que de mauvaises [...] Si on fait le bilan de Maurice Filion, c'est un bilan très, très positif.»

Ses bons coups

Parmi les bons coups de l'homme de hockey, l'ex-journaliste se souvient qu'il a recruté Marc Tardif dans la saison 74-75, «un gros, gros morceau dans l'histoire des Nordiques», indique M. Dumas. Tout comme le gardien de but Daniel Bouchard, à l'hiver 81, «qui a été le meilleur gardien de but» de la formation.

«Il est aussi allé chercher des joueurs comme Wilfrid Paiement, Mario Marois et d'autres. C'est sûr que dans le bilan de Maurice Filion, on lui reproche le départ de Dale Hunter. Cette décision a été controversée, mais par contre, il est allé chercher des choix au repêchage et tout ça [...] Dans l'ensemble, son bilan a été positif.»

Sur un plan plus personnel, Maurice Dumas, qui a côtoyé l'homme pendant ses fonctions, se souvient qu'il était «d'agréable compagnie» malgré «un air un peu sévère». «Je ne vous dirais pas qu'on n'a pas eu nos accrochages [...] mais, Maurice Filion, c'était un homme agréable à côtoyer», résume-t-il. Fanny Lévesque

***

En quelques dates

  • 1932: Naissance de Maurice Filion
  • 1971: Conquête de la Coupe Memorial comme entraîneur-chef des Remparts
  • 1972: Nommé dépisteur, puis entraîneur-chef des Nordiques
  • 1974: Nommé directeur général des Nordiques
  • 1977: Conquête des Nordiques de la Coupe Avco
  • 1988: Cède ses fonctions de directeur général des Nordiques
  • 1992: Nommé préfet de discipline de la LHJMQ. Il restera 13 ans.
  • 1995: Participe à la fondation du Rouge et Or football




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