L'engagement sans compromis de Patrice Bergeron

Tous les joueurs qui ont l'occasion de côtoyer... (AFP, Maddie Meyer)

Agrandir

Tous les joueurs qui ont l'occasion de côtoyer Patrice Bergeron, coéquipiers comme adversaires, sont unanimes pour dire que le numéro 37 des Bruins possède un talent spécial, une vision exceptionnelle du jeu.

AFP, Maddie Meyer

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Montréal) Patrice Bergeron-Cleary avait cinq ans quand ses parents lui ont enfilé des patins pour qu'il rejoigne les autres gamins de l'aréna Jacques-Côté de Sillery.

«Nos parents nous ont toujours dit que lorsqu'il a commencé, il ne patinait pas vraiment, il restait assis sur la glace sans faire les exercices», raconte son frère Guillaume, que Bergeron cible comme la personne la plus importante dans son développement.

«Il avait passé la moitié de l'hiver à ne pas bouger. Nos parents lui avaient demandé à un moment donné s'il était encore intéressé à venir à l'aréna le samedi matin. Puis, du jour au lendemain, il s'est levé et il était capable de jouer. C'est comme s'il avait sauté quelques étapes juste en observant les autres.»

Bref, ce n'est pas d'hier que Patrice Bergeron est un étudiant du hockey! C'est peut-être pourquoi, lorsqu'ils se retrouvent en compétition internationale, Sidney Crosby et lui communiquent si bien.

«Ils ont l'air de deux ingénieurs qui discutent de la construction d'un édifice», décrivait Carey Price à la Coupe du monde. «Les écouter parler de mises en jeu ou de couvertures en zone défensive, c'est fascinant.»

Bruno Gervais, qui a été le coéquipier de Bergeron avec le Titan d'Acadie-Bathurst, se souvient d'un joueur qui ressortait davantage du lot par son professionnalisme et son talent hors du commun.

«Dans le junior, on voit des gars flamboyants qui ont reçu un grand talent en cadeau, mais qui ne savent pas toujours le contrôler ou quoi faire avec», explique le défenseur, qui joue désormais en Ligue d'Allemagne. «Patrice, c'est le contraire : il s'est toujours appliqué à bien développer son travail. C'était un gars tranquille, toujours concentré, qui savait exactement ce qu'il faisait.

«Pat s'est fait donner une vision du jeu exceptionnelle et un sens du hockey qui ne s'enseigne pas, mais il travaille constamment toutes les facettes de son jeu. Tout ce qu'il a ajouté à sa game l'a rendu important autant chez les Bruins de Boston qu'au sein d'Équipe Canada.»

À l'époque du Titan, personne ne voyait en lui un choix de premier tour.

Les Bruins sous le charme

Au tout début de la saison 2002-2003, l'ancien dépisteur des Bruins Daniel Doré le voyait même partir en milieu de repêchage. Bergeron avait été retranché du midget AAA à l'âge de 15 ans et du junior majeur à 16 ans. Sa poussée de croissance avait été tardive. Son coup de patin n'avait rien d'exceptionnel. Et pour voir Bergeron à son mieux, il fallait se donner la peine d'aller à Bathurst, une destination qui ne fait pas vraiment partie du circuit des recruteurs.

«La première fois que je l'ai vu, c'était sur la route», note d'ailleurs Daniel Doré, qui est aujourd'hui un employé des Rangers de New York. «Les équipes des Maritimes, quand on les attrape sur la route, ont souvent trois ou quatre matchs dans le corps, et les joueurs ne sont pas aussi explosifs.

«Mais notre dépisteur en chef Scott Bradley l'a ensuite vu à Bathurst. Patrice avait joué un match extraordinaire. Il avait marqué trois buts, et ça avait été le coup de foudre. C'était devenu LE joueur de Scott, il le voulait à tout prix.»

Doré a continué de suivre Bergeron tout au long de la saison et il a bien réalisé à qui il avait affaire. Il a aussi réalisé que les autres dépisteurs en chef ne se déplaçaient pas pour le voir. «Le feeling que j'avais, c'est qu'il serait encore là en deuxième ronde, soutient Doré. Quand est venu le temps de parler au 45e rang, le choix était évident pour nous.»

Les gros souliers de Joe Thornton

Entiché par le travail du jeune Patrice Bergeron... (Archives Le Soleil) - image 3.0

Agrandir

Entiché par le travail du jeune Patrice Bergeron (37), le directeur général des Bruins, Mike O'Connell n'a pas hésité longtemps lorsqu'est venu le temps d'échanger son centre numéro un, Joe Thornton (19).

Archives Le Soleil

L'enthousiasme du dépisteur en chef Scott Bradley à l'endroit de Patrice Bergeron n'a été que la première manifestation de confiance absolue des Bruins. Ceux-ci semblaient aussi engagés envers lui que Bergeron pouvait l'être envers le hockey.

Ça s'est certes manifesté lorsqu'ils ont décidé de le garder à l'âge de 18 ans. Devenu le protégé du vétéran Martin Lapointe, Bergeron était le plus jeune joueur de la LNH en 2003-2004.

Mais leur engagement a pris une plus grande ampleur encore lorsque le directeur général Mike O'Connell a échangé Joe Thornton de façon impétueuse aux Sharks de San Jose, en 2005.

«Le lendemain de l'échange, se souvient son frère Guillaume, l'équipe jouait à Ottawa et Mike Sullivan en a fait son centre numéro un, ne serait-ce que par défaut. Même si personne ne le lui a dit clairement, il a déduit par lui-même qu'il avait de grosses chaussures à remplir, qu'il devait élever son jeu et qu'il devenait l'un des joueurs importants de l'équipe.»

Bergeron a terminé premier marqueur de son équipe cette année-là, avec 73 points en 81 matchs.

Même si les Bruins vivaient des années difficiles et semblaient déboussolés, Bergeron, lui, continuait de s'améliorer. Jusqu'à ce que tout s'arrête d'un seul coup, le 27 octobre 2007.

«Pas facile à voir»

Gérard Cleary et Sylvie Bergeron avaient fait le voyage à Boston pour voir leur fils affronter les Flyers de Philadelphie. Ils ont vu le défenseur Randy Jones lui asséner une mise en échec par-derrière près du filet des Flyers. Ils ont entendu le silence dans l'enceinte. Et ils ont été témoins de la sortie de leur fils sur une civière, avant son transport vers l'hôpital.

À son 10e match de la saison, la campagne de Bergeron était terminée. Deux semaines plus tard, en conférence de presse, il portait un collier cervical et se déplaçait difficilement. Va pour la fracture du nez, mais la commotion cérébrale, elle, était plus lourde de conséquences. «Je me compte chanceux parce que je pourrais être dans une chaise roulante et ne plus jamais jouer au hockey, a dit Bergeron ce jour-là. Je suis passé à un cheveu de me casser le cou.»

«Ça a été raide, confie son frère avec pudeur. La réhabilitation a été longue et difficile mentalement. Il se trouvait loin du hockey. Dans tout ça, il fallait lui donner notre support. Ce n'était pas facile à voir parce que les premiers jours et les premières semaines, il était pas mal affecté physiquement.

«Il n'a jamais pensé qu'il ne jouerait plus, mais il se demandait s'il aurait encore le même rôle à son retour. Il a recommencé à s'entraîner l'été suivant, et à son arrivée au camp d'entraînement, c'est pratiquement comme s'il était une recrue. En son absence, David Krejci était devenu le deuxième centre derrière Marc Savard. Mais quant à moi, Patrice est revenu plus fort.»

L'inquiétante blessure de 2007 est la plus grosse embûche physique qu'ait vécue Bergeron, mais ça n'a pas été la seule. Durant la finale de la Coupe Stanley de 2013, il s'est déchiré du cartilage dans une côte (4e match), s'est fracturé une côte (5e match) et s'est séparé une épaule (6e match). Une performance courageuse digne des mythiques séries de Bob Gainey...

L'entraîneur-chef Claude Julien a changé les responsabilités de Bergeron à son retour à la compétition. Sous ses ordres, il en est venu à jouer, soir après soir, un style pratiquement parfait. Ses qualités défensives s'étaient depuis longtemps révélées, mais ont atteint un nouveau seuil sous Julien. «Il va te frustrer parce qu'il ne fait aucune erreur», renchérit Brandon Dubinsky, des Blue Jackets de Columbus.

Le respect que Bergeron a acquis auprès de ses pairs n'a d'égal que celui que lui vouent les tenants des statistiques avancées.

Depuis le début de la saison 2007, Bergeron se situe au cinquième rang de tous les attaquants de la LNH (plus de 3000 minutes de jeu) pour le ratio de tentatives de tir, le principal indicateur de possession de rondelle. Quand on sait que sa tâche est d'abord et avant tout de neutraliser les meilleurs éléments adverses, ça tient du prodige. «Ce gars-là ne triche jamais, ajoute Max Pacioretty. Si j'avais aujourd'hui à bâtir une équipe, il serait l'un de mes cinq premiers choix.»

Et ce qui rend Bergeron d'autant plus dangereux, c'est sa domination au cercle de mise en jeu. Depuis le début de la saison 2011-2012, il a remporté 59,1 % d'entre elles, un sommet dans le hockey.

Il a véritablement gagné partout où il est passé

Il y a un cliché usé à la corde qui circule dans le hockey : «Il a gagné partout où il est passé». Mais Bergeron, lui, a véritablement gagné partout où il est passé.

À l'instar de Joe Sakic, Scott Niedermayer, Sidney Crosby, Jonathan Toews et Corey Perry, il a réussi un quintuplé pas banal : une conquête de la Coupe Stanley, du Championnat du monde, du Mondial junior, du titre olympique et de la Coupe du monde.

Le gène du gagnant n'existe peut-être pas, mais certains prennent tous les moyens pour mettre les chances de leur côté.

«Il a définitivement la passion du hockey, mais je dirais que la discipline est l'une de ses plus grandes qualités», estime son frère Guillaume, qui garde précieusement le souvenir du septième match de la finale contre les Canucks de Vancouver en 2011.

«Mais ce n'est pas juste le résultat sur la glace; c'est toute sa préparation mentale et physique. Il en veut toujours plus et il ne prendra jamais une journée de repos pour y arriver.»

Aujourd'hui, Bergeron fait partie d'une gamme d'attaquants two-way qui n'existait pas autrefois. «De la façon dont la ligue fonctionne, il n'y a pas de joueur plus utile à une équipe que ce joueur de centre qui excelle dans les deux sens de la patinoire et qui produit de la sorte», estime Max Pacioretty.

Cette petite faction de l'élite sacrifie chaque année quelques points en attaque pour s'assurer que la besogne défensive soit impeccable. Toews, Marian Hossa, Anze Kopitar - et avant eux Pavel Datsyuk - en font aussi partie. Ils sont le rêve de tout entraîneur-chef et l'exemple de ce qui est idéalisé dans le hockey d'aujourd'hui.

Ce n'est pas un hasard si, depuis 2008, ces cinq joueurs ont tous remporté au moins une Coupe Stanley. 

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer