Le dernier match des Nordiques il y a 20 ans

Alexei Kovalev déjoue Jocelyn Thibault en première période.... (Infographie Le Soleil)

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Alexei Kovalev déjoue Jocelyn Thibault en première période.

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<p>Kevin Johnston</p>

(Québec) Il y a 20 ans jour pour jour aujourd'hui, les Nordiques de Québec jouaient leur dernier match dans la LNH. Retour sur la dernière Cène de la formation québécoise, qui devait mourir de sa belle mort une semaine plus tard, vendue à des gens d'affaires américains. La résurrection a bel et bien eu lieu, mais sous la forme de l'Avalanche du Colorado.

Vingt ans déjà que le dernier chandail fleurdelisé quittait une patinoire de la Ligue nationale de hockey! Ça se passait le 16 mai 1995, au Madison Square Garden de New York. La tête basse, les joueurs des Nordiques retraitaient au vestiaire après avoir été éliminés des séries par les Rangers, champions en titre de la Coupe Stanley.

«Je me souviens de la déception qui régnait dans la chambre ce soir-là», raconte l'ex-défenseur Sylvain Lefebvre. «Les joueurs étaient abattus, surtout après la belle saison que nous venions de connaître. Le problème, c'est que les Rangers étaient la pire équipe contre qui nous pouvions commencer. Un club paqueté de vétérans qui venaient de se classer de peine et de misère pour les séries, mais qui savaient ce que ça prenait pour gagner.»

Les Messier, Leetch, Lowe, Graves, Larmer, Beukeboom, Osborne, Verbeek, Kocur, Kypreos et Zubov - pour ne nommer que ceux-là - avaient effectivement beaucoup de «millage» dans le système. Et ils s'en sont servis contre une bande de jeunes qui n'avaient pas vraiment connu ce que c'étaient les séries dans la LNH. De plus, lors du dernier match, Uwe Krupp et Bob Bassen, qui connaissait une série du tonnerre avec deux buts et six points en cinq matchs, n'étaient pas disponibles.

Avec Jocelyn Thibault devant le filet pour juste une deuxième fois en séries, les Québécois devaient donc survivre à tous les petits trucs des Blueshirts. Pauvre Thibault qui, après avoir gagné le match précédent pour garder les siens en vie, a concédé trois buts en première période, dont un avec seulement trois secondes à faire dans l'engagement.

Bien placé tout juste derrière lui dans la galerie de presse principale, j'étais à même de constater qu'il était quelque peu hésitant. Marc Crawford l'a remplacé en début de deuxième par Stéphane Fiset, qui a fléchi une fois à son tour. C'était 4-0 à mi-chemin dans le match.

«J'avais connu une bonne sortie à Québec et je m'étais bien préparé pour le sixième match», a confié Thibault. «Mais ils ont eu une attaque massive en partant et ils étaient très agressifs. Ils lançaient de partout et, malheureusement, je ne les ai pas toutes arrêtées.»

Kypreos K.-O.

Joe Sakic a redonné espoir aux inconditionnels lorsqu'il a marqué son quatrième de la série en fin de deuxième. Et quand Peter Forsberg a déjoué Mike Richter à la cinquième minute de la troisième, on a vu les joueurs se redresser sur le banc. Sauf que Chris Simon, dans un de ses élans qu'on ne peut jamais expliquer, a mis Nick Kypreos K.-O. en lui projetant le visage contre la baie vitrée. Verdict : pénalité majeure et expulsion.

C'en était fait du beau retour. À partir de là, nous n'avions plus qu'à regarder les secondes s'égrener au tableau indicateur.

«Ce fut une belle leçon d'humilité pour nos jeunes que de se faire battre comme ça», a analysé Marc Crawford. «Les Rangers avaient joué dur, un gars comme Kevin Lowe, malgré son âge, avait brassé Joe et Peter tout au long de la série, encore plus dans le dernier match. Cette défaite-là a en quelque sorte façonné l'équipe que nous sommes devenus.»

Et l'aventure s'est terminée de la façon la plus anodine possible. Au son de la sirène, sans aucun joueur des Nordiques dans les parages, Marc Messier récupère la rondelle et la lance dans les gradins pendant que Kevin Lowe étreint Mike Richter. Si seulement on pouvait récupérer cette rondelle...

Le point tournant

La série opposant les Nordiques aux Rangers a fourni l'un des moments les plus inusités de toute ma carrière de journaliste. Le fameux but refusé à Alain Côté en 1987 a certes été le plus médiatisé et fait partie du folklore fleurdelisé, mais celui refusé à Joe Sakic était quelque chose à voir.

Les Nordiques tiraient de l'arrière 1-2 dans la série, mais c'était drôlement bien parti dans le quatrième match. Des buts de Craig Wolanin et de Owen Nolan dans les 10 premières minutes avaient donné le ton. Avec Adam Foote au cachot, Alexei Kovalev fignolait avec le disque le long de la bande. Et pour le tenir en périphérie, Wolanin lui a balancé le bâton à la hauteur des numéros, coup qui l'a à peine effleuré. On a vu, sur la reprise, son chandail lever légèrement au passage du bâton. Mais le Russe est tombé comme une tonne de briques.

«Dans ce temps-là, on pouvait faire à peu près n'importe quoi pour influencer le cours d'un match», a raconté Wolanin. «Seul Alex pourrait vous dire s'il a été blessé ou non sur le jeu. Un jeu qui a influencé le reste de la série.»

Bob Bassen a récupéré la rondelle, qu'il a dégagée. Sakic a pris le disque au vol, s'est amené à l'aile gauche, a raté un premier tir, mais il s'est repris pour battre Glenn Healy. À la stupeur générale, l'arbitre Andy Van Hellemond indique qu'il avait sifflé avant que la rondelle traverse la ligne rouge. Les Rangers l'emportent finalement 3-2 en prolongation.

Quelques jours plus tard, la LNH publiait un communiqué aussi révélateur qu'inhabituel. «En visionnant la reprise vidéo, il est clair que Andy Van Hellemond a commis une erreur de jugement en refusant le but évident de Joe Sakic», y expliquait le commissaire Gary Bettman. «Van Hellemond, voyant Alexei Kovalev étendu sur la patinoire, l'a cru blessé gravement. Van Hellemond a dit qu'il n'avait pas vu la rondelle pénétrer dans le filet. Il croyait que Sakic avait raté son tir. Il a donc sifflé pour arrêter le jeu afin que l'on vienne soigner Kovalev. La reprise montre sans équivoque qu'un but avait été marqué avant que retentisse le sifflet. Malheureusement, l'arbitre n'avait pas accès à cette reprise.

«Andy Van Hellemond a été l'un des meilleurs arbitres tout au long de ses 24 années dans la Ligue nationale de hockey», ajoutait Bettman. «Malheureusement, le 12 mai, il a commis une erreur flagrante de jugement. Il m'a dit qu'il regrettait sincèrement. Il a été réprimandé et soumis à des mesures disciplinaires.»

Conseiller municipal

Van Hellemond s'est retrouvé sur la voie d'évitement pour le reste de sa carrière après quoi il a quitté le circuit pour n'y revenir dans des tâches administratives qu'en 2000. Il est aujourd'hui conseiller municipal à Guelph en Ontario.

Et si le but de Sakic avait été bon? Les Nordiques auraient peut-être gagné le match, peut-être qu'ils auraient prolongé la série, peut-être même qu'ils l'auraient gagnée pour continuer leur saison. Ce qui aurait retardé leur vente. Par la suite... 

Espoir... et déception

Après un passage à vide en 1993-1994, les Nordiques ont subi d'importantes modifications. Changement de direction, changement de culture, ajustements majeurs à l'alignement, l'espoir était de retour à Québec. Mais personne ne voyait les nuages noirs qui se pointaient à l'horizon.

En poste depuis à peine un mois, le nouveau dg Pierre Lacroix avait déjà mis son empreinte sur les «nouveaux» Nordiques. Proactif plutôt que passif comme son prédécesseur Pierre Pagé, l'ex-conseiller de joueurs expédie Mats Sundin à Toronto en retour de l'expérience de Wendel Clark et de Sylvain Lefebvre.

Si Lacroix a pu se départir de Sundin, c'est que Peter Fors-berg et Adam Deadmarsh étaient prêts à jouer des rôles importants. Ce qu'ils ont fait avec brio. Talentueux et robustes, ils ont tous deux brillé, Forsberg héritant même du trophée Calder. Et avec des gars comme Lefebvre et Uwe Krupp à la ligne bleue, en plus des Foote, Wolanin, Leschyshyn et Finn, les gardiens avaient la vie un peu plus facile.

L'autre grosse décision de Lacroix a été de confier le poste d'entraîneur-chef à un jeune coq de 33 ans, Marc Crawford. Lui aussi a su amener une dynamique différente dans l'entourage de la formation québécoise. Avec comme résultat le titre de la division Nord-Est en cette saison écourtée par un lock-out.

«Ça nous arrivait, entre entraîneurs sur le banc, de nous regarder et de sourire tellement l'équipe jouait bien», a noté Crawford. «Je me souviens d'un soir à Buffalo, ça devait être notre troisième ou quatrième match de la saison, alors que nous venions de rosser les Sabres (7-3). Scott Young, un gars pourtant posé, était venu me voir alors que nous quittions le vieil auditorium pour me dire : "Mon Dieu que nous sommes bons." Ça résumait bien ce que tout le monde croyait.»

Malgré tous ces succès, on peinait à remplir le Colisée Pepsi. En séries, on a vu des foules de 14 360 et de 14 647 dans les matchs 1 et 5 face aux Rangers, alors que l'amphithéâtre avait une capacité de 15 399. Dire que comparativement à ce qui se paie aujourd'hui, les billets étaient pratiquement donnés, à l'époque. L'espoir y était, mais pas la ferveur. 

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