Québec et Las Vegas: deux marchés, deux attitudes

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Les propriétaires d'une éventuelle concession ont fait une conférence de presse happening, qui donne une idée de ce que pourrait devenir le hockey de la LNH au royaume du jeu.

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François Bourque

Envoyé spécial

Le Soleil

(Las Vegas) Le commissaire Gary Bettman fut le point de mire du lancement de la prévente d'abonnements saisonniers visant à mesurer l'intérêt de Las Vegas pour le hockey.

Le propriétaire pressenti, le milliardaire Bill Foley, a présenté M. Bettman à la tribune comme son «ami et son conseiller». Il y avait dans ce choix de mots plus qu'une présentation usuelle de politesse.  

La présence de M. Bettman à Las Vegas atteste de l'intérêt de la Ligue nationale de hockey (LNH) à s'y établir, même s'il s'en défend. 

Il n'y a aucune décision de prise pour Las Vegas ou pour une expansion, a-t-il martelé. 

«C'est une longue aventure avec beaucoup d'arrêts le long du chemin, et on en est encore à une étape préliminaire.»

Sa présence, dit-il, n'est «pas un appui à une équipe, mais un appui au processus pour mesurer l'intérêt pour le hockey».

L'euphémisme est décidément la figure de style préférée du commissaire. «Las Vegas est un marché unique», insiste-t-il, en évoquant ses entreprises, ses touristes et ses heures de travail inhabituelles. 

M. Bettman dit avoir accepté l'invitation de M. Foley pour voir de lui-même (first hand) l'enthousiasme pour le hockey.

Il a été servi. Les propriétaires pressentis avaient réuni mardi plusieurs centaines de partenaires, V.I.P., représentants politiques et acteurs du hockey local dans un salon du chic hôtel-casino MGM.

En fond de scène, des photos aériennes, format géant, de Las Vegas la nuit. À gauche, des lumières clignotantes autour d'une reproduction grandeur nature de la célèbre affiche «Welcome to fabulous Las Vegas».  

MM. Bettman et Foley ainsi qu'une flopée de V.I.P. se sont fait photographier avec deux imposantes danseuses à plumes blanches. La frêle Miss Nevada rôdait pas loin, coiffée de sa couronne dorée. Une mise au jeu protocolaire avec des joueurs en patins sur une glace synthétique.

Une conférence de presse happening qui donne une idée de ce que pourrait devenir le hockey de la LNH au royaume du cabaret, du divertissement et du jeu.  

Le seul faux pas fut probablement ce délicieux lapsus du «propriétaire» Foley, qui a lancé, depuis la tribune, que leur «job est maintenant de voir si la NFL [football] et Las Vegas sont prêtes pour... le hockey».

***

Parlant de jeu, le commissaire Bettman a repoussé toutes les questions sur les paris sportifs. Ce sera un enjeu dont on s'occupera si jamais il y a une expansion, dit-il. 

Depuis toujours, les ligues de sport professionnel se sont opposées aux paris, ce qui a nui aux chances de Las Vegas d'obtenir une équipe.

Le commissaire de la NBA (basketball), Adam Silver, a cependant pris ses collègues par surprise, l'automne dernier, en invitant le gouvernement américain à légaliser les paris sportifs. 

Les temps changent, a-t-il suggéré. Puisque de toute façon les gens parient, aussi bien que ça se fasse ouvertement. Gary Bettman n'a pas voulu confirmer que les temps changent. Il note cependant que seulement un petit pourcentage des paris sportifs (NDLR 2 %) se font sur le hockey.

M. Bettman dit ne pas avoir analysé les répercussions de la venue éventuelle de la LNH au paradis des casinos. 

Dans un entretien avec Le Soleil, il s'est cependant souvenu que la LNH est «opposée» au projet de loi canadien qui autoriserait les paris sur les matchs individuels. 

Le Code criminel interdit actuellement ces paris. Le projet de loi C-290 qui les rendrait possibles a été voté à l'unanimité aux Communes en 2012, mais est depuis bloqué au Sénat, notamment par Jacques Demers. 

Il serait prématuré de penser que cette loi puisse devenir un obstacle additionnel sur la route du retour des Nordiques.

Mais il est assez ironique que M. Bettman soulève l'irritant depuis un casino de Las Vegas où il est venu soutenir une démarche pouvant mener à l'obtention d'une équipe.

***

Gary Bettman ne s'est jamais déplacé à Québec pour soutenir les ventes de J'ai ma place, comme il vient de le faire à Las Vegas.

Il ne faut pas en tirer de conclusions, a-t-il expliqué.

«Ce qui se passe ici aujourd'hui n'a rien à voir avec ce qui se passe dans d'autres marchés.»

Dans d'autres marchés, la tradition du hockey (hockey roots) est un enjeu «moins incertain», fait-il valoir.

M. Bettman rappelle qu'il est déjà venu au Colisée. «Je connais très bien Québec, je suis venu souvent, y compris pour des vacances, et j'ai vu les plans de l'amphithéâtre.» 

Il ne juge pas opportun de venir voir le chantier de l'amphithéâtre. «Ce n'est pas un enjeu», dit-il.

Ce qui le sera, par contre, c'est la géographie de Québec. «Quand on regarde les conférences [NDLR 14 équipes dans l'Ouest, 16 dans l'Est], il va falloir examiner cet aspect», dit-il.

***

En commentant le retour des Jets à Winnipeg en 2011, le commissaire Bettman avait eu cette petite phrase qui avait soulevé beaucoup d'attentes à Québec.

«J'aimerais corriger quelque chose qui n'aurait jamais dû se produire», a-t-il dit, en parlant du départ des Jets pour Phoenix en 1996.

Il s'est défendu mardi d'avoir parlé d'une erreur à réparer. C'était plutôt un choix «malheureux», mais inévitable. «L'équipe de Winnipeg a été vendue pour les mêmes raisons que Marcel Aubut a vendu les Nordiques», dit-il. Pas d'aréna, pas de perspective d'en avoir un et pas de propriétaires intéressés à garder l'équipe dans ces conditions. 

M. Bettman en convient : les choses ont changé à Québec. «Obviously», dit-il. Il n'ira pas plus loin.

Le commissaire de la ligue nationale, Gary Bettman... (PHOTO DARRYL DYCK, LA PRESSE CANADIENNE) - image 2.0

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Le commissaire de la ligue nationale, Gary Bettman

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Les cassettes du commissaire

J'ai tendu mon micro à lamêlée de presse de Gary Bettman et j'ai «serré la main du diable» avant et après un court entretien individuel avec lui.

Ce que j'en retiens? Bien peu. Rien pour écrire à sa mère ou à ses lecteurs, mais comme ça vous intéresse quand même, j'ai rassemblé quelques-unes des «déclarations» de celui qui a droit de vie ou de mort sur les équipes de la Ligue nationale de hockey (LNH).

La seule surprise peut-être, c'est que je n'ai perçu ni agacement ni ennui lorsque je l'ai questionné sur les intentions de la Ligue concernant Québec.

Il a servi avec patience et courtoisie les mêmes réponses qu'il donne sur toutes les tribunes depuis des lustres.

«Gary Bettman ne dit pas tout», nous avait prévenus Marcel Aubut il y a quelques jours. C'est une évidence.

Il serait autrement invraisemblable qu'un commissaire de sport majeur se pose si peu de questions sur l'avenir de sa ligue.

Qu'il ne prévoie pas au moins un coup ou deux coups comme le ferait un bon père de famille. Qu'il attende d'être confronté à un problème avant d'envisager que le problème puisse même exister.

Difficile de croire que le commissaire Bettman et ses adjoints n'aient jamais pesé le pour et le contre du marché de Québec ou des autres prétendantes à leur ligue.

Sans doute M. Bettman n'a-t-il pas le goût d'en débattre en public. La LNH est une organisation privée qui ne se sent pas d'obligation à partager ses réflexions. C'est son droit d'ailleurs. Ce qui nous laisse avec quelques cassettes usées et douteuses.

  1.  «Toutes nos équipes sont bien là où elles sont.»
  2.  «Aucune décision n'a été prise sur un processus d'expansion... Je n'ai pas commencé à parler d'expansion avec les autres propriétaires.»
  3.  «Nous n'avons pas de classements des villes intéressées à une équipe.»
  4.  «Si on va dans un processus d'expansion, tous ceux qui ont exprimé de l'intérêt seront avisés et pourront nous parler.»
  5.  «À Québec, il ne faut pas créer des attentes trop élevées, ni trop basses.»
  6.  Manque-t-il quelque chose à Québec pour avoir une équipe? «Votre question présume qu'on a déjà étudié cela. Elle est prématurée.»
  7.  Un nouvel aréna à Québec? «Cela fait partie des choses qu'on va devoir examiner si on va dans un processus d'expansion.»
  8.  S'il doit y avoir une expansion, il ne «peut pas dire si ce sera pour une ou deux équipes.»
  9.  Fermez-vous la porte à d'autres expansions? «Il n'y a pas de porte.»
  10. «Le plus important critère est votre géographie, votre marché, la qualité du propriétaire [ownership] et un aréna. Ce sont les choses qu'on va mesurer et balancer si on va dans un processus d'expansion.»  

LU, VU ET ENTENDU

LU

Dans le Las Vegas Review que les villes du Nevada veulent plus de pouvoirs et de latitude. Un projet de loi, le Senate Bill 11, est actuellement débattu. Il permettrait, par exemple, aux villes d'interdire les cellulaires pour les détenus. Le projet exclut pour l'instant de nouveaux pouvoirs de taxation, mais des villes voudraient faire sauter le plafond légal qui, depuis 2005, limite les hausses de taxes résidentielles au Nevada à 3 %. Le plafond visait à protéger les citoyens de la flambée de l'immobilier. Le marché étant retombé, des villes voudraient se refaire.

***

VU

Une dame en robe verte, très chic, s'affaler de tout son long sur le dos après avoir perdu pied (et ses souliers) sur la glace synthétique dans la salle de la conférence de presse. Évoluer sur une glace n'est décidément pas un «naturel» dans le désert de Las Vegas.

***

ENTENDU

J'ai essayé, en vain, d'entendre le bruit de l'implosion de l'hôtel Clarion, démoli dans la nuit de lundi. Construit en 1970 sur la Strip (pas loin du Mirage et du Caesars Palace, c'est le 13e hôtel ainsi démoli à Las Vegas et le premier depuis 2007. Le propriétaire n'a pas donné de détails, mais évoque un redéveloppement spectaculaire, dont un hôtel probablement plus haut que le Wynn, qui coiffe le ciel de Las Vegas à 63 étages.

***

«Bravo pour eux autres», dit Labeaume

Régis Labeaume a assuré ne pas être irrité par la présence de Gary Bettman à Las Vegas alors que le commissaire de la Ligue nationale de hockey (LNH) n'est jamais venu à Québec.

«Bravo pour eux autres», a laissé tomber le maire. Mais un tel déploiement à Las Vegas n'est pas un peu agaçant pour Québec qui tente d'éviter les manifestations publiques afin de ne pas froisser les autorités de la LNH? «Non pas du tout», a-t-il ajouté.

«Je présume qu'on garde le silence pour les bonnes raisons», a poursuivi M. Labeaume dans des réponses courtes et prudentes comme il le fait toujours lorsqu'il commente le délicat dossier du retour des Nordiques. «Si ça nous arrive à Québec, on n'aura pas besoin de déploiement. Ça ne nous inquiète pas. On peut comprendre que là-bas, ce soit nécessaire», a-t-il laissé tomber.  Valérie Gaudreau

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