LNH: les étoiles s'alignent pour Las Vegas

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Le chantier du nouvel aréna de Las Vegas derrière les tours de l'hôtel-casino New York-New York, près de la «Strip»

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Vers un nouveau Colisée

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Vers un nouveau Colisée

Un groupe de gens d'affaires veut doter Québec d'un nouvel amphithéâtre multifonctionnel pouvant accueillir tant des matchs sportifs que des spectacles. Le projet a ses partisans comme ses détracteurs. »

François Bourque

Envoyé spécial

Le Soleil

(Las Vegas) Implanter une équipe de la LNH dans une vallée du désert qui ne compte que deux arénas et une poignée de joueurs pour deux millions d'habitants défie les probabilités.

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Las Vegas

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L'aréna high-tech en construction a été payé à... (Image AP, MGM Resorts International) - image 1.1

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L'aréna high-tech en construction a été payé à 100% par le privé.

Image AP, MGM Resorts International

L'aventure chaotique des Coyotes de Phoenix, à 500 kilomètres au sud, aurait pourtant dû décourager tout promoteur un peu lucide.

Las Vegas rêve depuis longtemps de sport professionnel, mais le hockey était le plus improbable des scénarios.

Une sorte de prix de consolation faute de football, de basketball ou de baseball qui auraient tous plus d'affinité avec une population locale à 25 % hispanique.

On aurait cependant tort de sauter trop vite aux conclusions. Il est dans la culture de cette ville de gagner ses paris.

Lorsque la fréquentation de ses casinos a décliné à partir des années 70, Las Vegas a choisi de se refaire avec une clientèle plus «respectable».

Un premier hôtel-casino géant, le Mirage, ouvre ses portes en 1989. Le projet est démesuré avec plus de 3000 chambres et 730 millions $ d'investissement.

L'hôtel met à l'affiche un spectacle prémonitoire, Siegfried & Roy, qui combine illusions et domptage d'animaux sauvages.

«Les gens pensaient que Steve Wynn [le promoteur] ne réussirait pas à construire son hôtel et à payer la dette. Ils se sont trompés. Il a remboursé plus vite que lui-même l'avait prédit», relate Tom Skancke, président de Las Vegas Global Economic Alliance.

Cet homme d'affaires engagé dans le développement économique régional m'avait donné rendez-vous au bistro du Mandarin Oriental, un des plus chics hôtels de la «Strip».

Un cinq étoiles dans le classement de Forbes et à sa table, un chef français gratifié de trois étoiles Michelin.

Les étages supérieurs de la tour de 47 étages logent 225 condos. Une exception résidentielle sur un boulevard totalement voué au tourisme, au divertissement et aux congrès.

Tom Skancke y habite. Il lui faut conduire cinq miles pour trouver l'épicerie la plus proche, mais il dit trouver sur la Strip des restaurants parmi les meilleurs au monde avec les meilleures listes de vins.

Originaire du Dakota du Sud, il voyage pour le travail et le plaisir 200 000 miles par année. Il pourrait habiter n'importe où. Il a choisi Las Vegas il y a 27 ans et ne voudrait plus vivre ailleurs.

Il se dit passionné de basketball. Il va voir des matchs à Los Angeles et ailleurs. N'est visiblement pas un fan de hockey, mais achètera un billet de saison si Las Vegas obtient une équipe de la LNH.

Prête pour le sport professionnel

Cette ville est «prête» pour le sport professionnel, décrit-il. Elle en rêve depuis 20 ans. Son «instinct» lui dit que «ça va marcher». Las Vegas est une «ville d'innovation», plaide-t-il.

«Du hockey dans le désert, pourquoi pas.»

Pour la première fois, il perçoit que les «étoiles sont alignées» pour le sport professionnel à Las Vegas :

  • un propriétaire milliardaire, Bill Foley, associé à des partenaires locaux, dont la famille Malouf; un aréna high-tech en chantier au coeur de la Strip et payé à 100 % par le privé; 
  • une entente de location pour l'aréna avec les propriétaires MGM et AEG qui ont l'expertise du sport professionnel et du divertissement; 
  • la Ville qui veut désespérément une équipe et la LNH qui donne tous les signaux qu'elle veut aller à Las Vegas. 

Le hockey pourrait ouvrir la porte pour d'autres sports professionnels, croit M. Skancke.

Cela changerait les perceptions et ajouterait à la «marque Las Vegas» qui est déjà parmi les plus fortes au monde, avec Apple, Coca Cola, Nike, IBM, Starbucks, estime-t-il.

Il y voit aussi un enjeu de «fierté locale». Las Vegas est devenue assez grosse pour le sport professionnel; toutes les grandes villes de l'ouest ont déjà des équipes (Salt Lake City, Phoenix, San Diego, Los Angeles, San Francisco, Seattle, Portland).

Il a le souvenir de l'équipe universitaire locale de basketball, les Runnin' Rebels, qui remplissait le stade et avait créé une «fierté collective».

«Las Vegas voudrait retrouver ça; la communauté en a besoin, peu importe le sport.»

Intérêt local pour le hockey

La principale inconnue est l'intérêt local pour le hockey.

Tom Skancke ne s'en inquiète pas. «AEG et MGM sont des entreprises très sophistiquées. Elles ne feraient pas ça s'il n'y avait pas d'intérêt. Ces gens-là ne sont pas en affaires pour perdre de l'argent.»

Il y a cependant une nuance importante. Rentabiliser un aréna dans une ville de divertissement n'est pas le même pari que de faire vivre une équipe de hockey.

Est-il possible d'attirer une clientèle de hockey locale comme le propose le promoteur Foley? C'est moins sûr.

Chroniqueur de sports au Las Vegas Sun depuis 20 ans, Ray Brewer, est une des rares voix locales à en douter.

Lorsque la LNH a donné le feu vert à une prévente de billets, il a posé la question dans le titre de sa chronique : «Will NHL work in Las Vegas?»

Je l'ai retrouvé dans un café au fond de la salle de jeu d'un casino huppé de la banlieue de Henderson, le Green Valley Ranch. Un nom qui évoque davantage Far West que hockey sur glace.

On est ici à la limite de la vallée, sur le chemin qui mène vers le Lake Mead et le Grand Canyon. Le quartier de bungalows ocre s'arrête avec un centre commercial qui loge un Target et un Staples. Au-delà, les pentes rocailleuses et desséchées annoncent le désert.

«La LNH, ça peut marcher», croit le journaliste. Le propriétaire va perdre de l'argent, mais comme il est prêt à en perdre, ça va. «Un old guy qui a besoin d'un jouet», ironise-t-il.

Ce «old guy» a cependant été assez «habile» pour ne pas juste parler de la LNH, mais pour faire miroiter une Coupe Stanley en sept ans, note-t-il.

Comme beaucoup de villes (NDLR : sauf peut-être Toronto), Las Vegas aime appuyer des équipes gagnantes.

Quelles sont les chances d'une équipe de hockey perdante dans un marché étranger à ce sport? C'est un coup de dé.

Les promoteurs croient que la Strip est l'endroit parfait pour un aréna de la LNH, contrairement à Phoenix qui a construit le sien sur le mauvais versant de la vallée.

Les promoteurs disent miser sur des partisans locaux davantage que sur les 40 millions de visiteurs qui débarquent chaque année sur la Strip.

«C'est de la bullshit», jette Ray Brewer. Las Vegas se relève péniblement de la récession. Il doute que les petites familles de banlieue puissent se payer des billets de la LNH.

Il doute aussi de leur détermination à conduire dans le trafic de la Strip pour du hockey. Lui-même n'y va qu'une fois par an s'il y a un événement spécial.

Le stationnement est «un désastre», perçoit-il, et le transport en commun (presque inexistant) n'est pas une option.

Clientèle de visiteurs

La réalité, c'est que l'aréna est parfaitement situé pour attirer une clientèle de visiteurs et de congressistes.

M. Brewer s'attend à ce que ce soit surtout les casinos qui achètent des billets pour les offrir à leurs clients.

Lors des galas de boxe, le public local ne compte que pour le quart des spectateurs, rapporte-t-il.

Las Vegas comptait jusqu'à l'an dernier une équipe de la East Coast League, les Wranglers, qui attirait environ 5000 spectateurs par match.

Le propriétaire de l'aréna n'a pas voulu renouveler le bail à la fin de la saison dernière. L'équipe a tenté de se reloger et a même envisagé de construire un aréna neuf.

Elle a finalement annoncé il y a deux semaines qu'elle cessait pour de bon ses activités. Son départ n'a pas provoqué de grand remous à Las Vegas.

Ray Brewer l'avoue candidement. Il irait voir Crosby «parce que c'est un nom», mais ne pourrait pas nommer 10 joueurs de la LNH.

Il a fait l'exercice avec des collègues et l'a refait devant moi avec la liste des ailiers gauches. Seul le nom de Patrick Elias lui disait vaguement quelque chose (pourquoi Elias?) et il n'a eu aucune réaction devant celui de Max Pacioretty.

Ray Brewer ne souhaite pas l'échec du projet LNH, mais craint deux choses si Las Vegas obtient une équipe.

Si le hockey devait échouer, ce sera difficile d'attirer un autre sport.

Une majorité de visiteurs et d'«immigrants» du nord iront aux matchs. L'équipe de Las Vegas aura l'impression de jouer sur la route tous les soirs.

Le Mirage, qui appartient au groupe MGM, a transformé à l'époque le paysage et le destin de Las Vegas.

C'est dans sa cour que le Cirque du Soleil a planté en 1992 le chapiteau de son premier spectacle permanent à Las Vegas. Depuis 2007, c'est la production Love, inspirée des Beatles qui y tient l'affiche.

Le prochain «Magical mystery tour» de MGM se jouera-t-il sur une glace de la LNH? Les paris sont ouverts.

Bettman présent pour le «J'ai ma place» local

Le commissaire de la LNH, Gary Bettman, participera demain à Las Vegas, au lancement officiel d'une campagne de prévente de billets de saison pour mesurer l'intérêt local pour le hockey.

L'objectif est d'obtenir 10 000 promesses d'achat auprès de citoyens et entreprises, qui devront débourser entre 150 $ et 900 $.

La présence de M. Bettman aux côtés des propriétaires pressentis en dit long sur la détermination de la Ligue à consolider sa présence dans l'ouest.

Cet intérêt était déjà perceptible dans les discours publics de la LNH et dans le feu vert donné à la campagne de prévente.

La présence de M. Bettman à la conférence de presse dans la salle de bal de l'hôtel-casino MGM renforce cette perception.

Le milliardaire Bill Foley aussi présent

On aura tous noté que la LNH n'a pas participé à la campagne de J'ai ma place et que la Ligue a depuis jeté le chaud et le froid sur les aspirations de Québec.

Le milliardaire Bill Foley, pressenti pour acheter l'équipe à Las Vegas, sera aussi présent.

M. Foley est le président de la Fidelity National Financial, une compagnie d'assurances en Floride. Il possède aussi 14 wineries, un ranch et un terrain de golf.

Avocat de formation, il a commencé à s'intéresser au hockey lorsqu'il fut de passage à Ottawa pour ses études.

M. Foley estime qu'il y a à Las Vegas un bassin de 130 000 amateurs de hockey avec un revenu annuel de plus de 55 000 $.

Un groupe de gens d'affaires a aussi été associé à la prévente. Les Founding 50 sont vite devenus les Founding 75.

Le propriétaire a aussi recruté une firme spécialisée dans les réseaux sociaux pour tenter de joindre les amateurs de hockey.

***

LU, VU, ENTENDU

LU - Le chantier du nouvel aréna de Las Vegas derrière les tours de l'hôtel-casino New York-New York, entre la «Strip» et l'autoroute 15. Lancé en mai dernier, l'immeuble de 20 000 sièges, entièrement financé par le privé, doit ouvrir ses portes en 2016. Les géants du divertissement et de l'hôtellerie AEG et MGM en sont les promoteurs. L'aréna répondra aux normes de la Ligue nationale de hockey, mais aura un usage multifonctionnel.

VU - Dans le Las Vegas Review, la volte-face du propriétaire pressenti de l'équipe de la LNH, Bill Foley, qui après avoir suggéré que l'équipe pourrait porter le nom du Nevada, a dû reculer devant la réaction de partisans à la radio et sur les réseaux sociaux. Ce sera donc les ... de Las Vegas et rien d'autre. Le prénom? Le seul qui ait circulé à ce jour est celui des Black Knights. Ça reste à confirmer.

ENTENDU - «Ça ne marchera pas», m'a lancé le préposé à la location de voiture au comptoir de l'aéroport, sans que je lui aie demandé son avis. Il était curieux de savoir ce que je venais faire à Las Vegas. Lorsque je le lui ai dit, la réaction est venue spontanément. Il habite la ville depuis 40 ans. M'a dit ne pas sentir de «base» à Las Vegas pour le hockey. La rondelle est si petite et bouge si vite, a-t-il décrit. Il avait l'air étourdi juste d'en parler.

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