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Hockey Québec prépare un «contrat de commotion» pour les joueurs

Le défenseur Keith Ballard du Wild du Minnesota... (AP, Ann Heisenfelt)

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Le défenseur Keith Ballard du Wild du Minnesota a été victime d'une commotion cérébrale le 9 décembre. Ce fléau affecte également le hockey mineur. C'est pourquoi Hockey Québec songe à exiger dès l'an prochain la signature d'un «contrat de commotions» aux entraîneurs et aux parents.

AP, Ann Heisenfelt

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(Québec) Devant une clientèle de plus en plus préoccupée par les commotions cérébrales, Hockey Québec s'apprête à évoluer. L'organisme pourrait même exiger dès l'an prochain la signature d'un «contrat de commotions».

«C'est une proposition que j'appuie à 100 %», lance le directeur général de Hockey Québec, Sylvain Lalonde, à propos du concept de «contrat de commotions».

En quoi cela consiste-t-il? En début d'année, chaque joueur, son entraîneur et ses parents auraient à apposer leur signature au bas d'un contrat. Dans ce celui-ci, le jeune hockeyeur s'engagerait à ne pas dissimuler de symptômes, son entraîneur promettrait de le retirer du match dès qu'il soupçonne une commotion et le parent promettrait... de ne pas s'en mêler!

Proposition du médecin sportif montréalais Scott Delaney, le contrat se voudrait plus psychologique que légal. Avec comme but de responsabiliser l'entraîneur, mais aussi de légitimer une potentielle décision de retirer un joueur de la rencontre, n'en déplaise au principal intéressé ou à ses parents, qui font parfois de bien mauvais juges de la gravité d'une blessure.

Une idée qui plaît

«Je veux que l'entraîneur se sente libre de prendre la décision de sortir un jeune du match», souligne le directeur général de Hockey Québec. «Le pire qui peut arriver, c'est qu'il n'y aura pas de diagnostic de commotions cérébrales, et l'on n'aura pas pris la chance que ce soit le cas. J'ai pleinement confiance au potentiel des entraîneurs à cet égard-là.»

Qu'attend Hockey Québec pour une annonce formelle? Sylvain Lalonde veut d'abord entendre les recommandations du groupe de travail sur les commotions cérébrales, prévues pour janvier. Mais l'idée du contrat de commotions lui plaît, et il croit être en mesure de l'appliquer rapidement une fois la décision prise.

Il n'y a pas que cela. La Presse révélait en septembre qu'Hockey Québec songeait sérieusement à interdire les mises en échec au niveau bantam CC, bantam BB et midget BB. C'est toujours le cas, confirme le directeur général de Hockey Québec.

Les mises en échec ont d'ailleurs récemment fait la cible d'une attaque en règle de l'Association des neurologues du Québec, qui plaident une intervention d'urgence pour les éliminer à plusieurs niveaux. Ces derniers recommandent l'abolition des mises en échec avant l'âge de 15 ans et la diminution du nombre d'heures d'entraînement où la mise en échec est permise pour les plus vieux.

«Non seulement on est ouvert à leurs recommandations, mais il faut comprendre que le Québec est précurseur dans le domaine. Notre réflexion pour éliminer les mises en échec dans certaines catégories était déjà entamée», plaide Sylvain Lalonde. «Il y a des choses qu'ils ont recommandées qui étaient déjà en application chez nous.»

À la croisée des chemins

À écouter parler son directeur général, Hockey Québec semble à la croisée des chemins dans la lutte contre les commotions cérébrales. Sylvain Lalonde ne le voit pas nécessairement ainsi. Le virage était déjà amorcé: «Ces dernières années, on a amélioré la formation aux entraîneurs. Chaque personne qui suit une formation d'entraîneur a maintenant un module sur les commotions cérébrales.»

Une amélioration, certes, mais rien à voir avec les changements drastiques à l'horizon. «Ce qui change, en fin de compte, c'est ce que la clientèle veut», explique-t-il.

«Il y a définitivement une culture qui change. Combien de gens se préoccupaient de la sécurité? Aujourd'hui, même nous, comme organisation, on doit se préoccuper de la sécurité. La Ligue nationale de hockey se préoccupe de la sécurité. C'est l'évolution de notre société.»

***

Des risques bien réels à long terme

Revenir sur la patinoire après une mise en échec comporte des risques bien réels pour la santé à long terme d'un jeune hockeyeur, explique le président de l'Association des neurologues du Québec, le Dr Marc Girard. «Il y a plusieurs raisons pourquoi un enfant qui a subi une commotion cérébrale ne doit pas revenir», explique le neurologue. «D'abord parce qu'il n'a pas ses réflexes normaux. Il se trouve en état de faiblesse et de fragilité. Un coup plus léger, voire banal, peut créer une deuxième commotion.»

Or, plus les commotions s'accumulent, plus les risques des séquelles cognitives à long terme grimpent. Particulièrement chez un enfant, en plein développement cognitif. Plus inquiétant encore, il existe un «syndrome du deuxième impact». Une complication rare, désignée par les neurologues comme un «oedème cérébral malin», qui peut s'avérer mortel. Un ou deux enfants en meurent chaque année aux États-Unis, selon le neurologue Patrick Cossette.

***

Les symptômes d'une commotion

Selon la formation donnée aux entraîneurs par Hockey Québec, un joueur présentant un des symptômes suivants après un coup à la tête doit immédiatement être retiré d'un match :

  • Perte de conscience
  • Vomissements
  • Convulsions
  • Confusion
  • Perte d'équilibre ou de coordination
  • Regard vide

Une erreur de jugement «pas si rare que ça»

La scène se déroule le 30 novembre dernier dans un aréna de Montréal, où deux équipes de hockey de Beauport s'affrontent en finale d'un tournoi pee-wee B. Le jeune Olivier (nom fictif) se frappe violemment la tête sur la glace après un contact accidentel. Il prend de longues minutes avant de retrouver ses esprits et de retourner au banc. Quelques minutes plus tard, il est de retour sur la glace. Qui aurait dû l'en empêcher?

«Le personnel derrière le banc», répond immédiatement le directeur général de Hockey Québec, Sylvain Lalonde. Ce jour-là, l'entraîneur adjoint s'est bel et bien précipité pour s'enquérir de l'état de santé du joueur blessé. C'était son fils. Paniqué, le père a réussi à trouver un médecin parmi les parents présents pour l'examiner. Mais lorsque Olivier est revenu au banc, son père a pris la décision de le laisser terminer la rencontre.

Le lendemain, un passage à l'hôpital confirme le diagnostic de commotion cérébrale. Heureusement, il n'y a pas eu de complications, mais Olivier n'aurait jamais dû revenir dans le match.

L'histoire ne dit pas si c'est lui qui a insisté pour jouer. Le père d'Olivier n'a pas voulu parler au Soleil. C'est un parent de l'équipe adverse qui a communiqué avec nous. «Nous, ce qui nous a fait capoter, c'est que les arbitres et l'entraîneur-chef l'aient laissé jouer», souligne-t-il. «Le lendemain soir, après le diagnostic de commotion cérébrale, son père se sentait vraiment mal. Il est venu s'excuser aux autres parents à l'aréna.»

«Bravo mon guerrier»

Pourtant, la veille, son père félicitait son fils sur sa page Facebook pour avoir surmonté sa blessure. Olivier avait «le regard vide» après s'être écroulé sur la glace, écrivait-il. «Je continue de surveiller son état et faire ce qu'il faut pour son bien. Bravo mon guerrier, mon champion!»

Rien pour surprendre le neurologue Patrick Cossette. «La situation que vous rapportez n'est, malheureusement, pas si rare que ça», se désole-t-il. Il estime néanmoins qu'il est difficile d'empêcher ce genre d'accident autrement que par la sensibilisation et l'information.

«Ce père-là ne comprend pas trop. Quand il jouait, il en a eu, des commotions, et ce n'était pas grave», estime pour sa part le président de l'Association des neurologues du Québec, Marc Girard.

Est-ce que l'arbitre devrait être responsable que le joueur ne revienne pas dans le match? Le Dr Girard voit cette idée d'un bon oeil. «Il devrait effectivement y avoir quelqu'un d'indépendant qui juge. Les parents ou les enfants ne sont pas des bons juges.» Une alternative que balaie cependant le directeur général de Hockey Québec. «On ne réinventera pas la chose. La personne qui a la responsabilité du jeune et qui est en autorité, c'est l'entraîneur. Quand l'arbitre de 15 ans va venir dire quoi faire à l'entraîneur de 35 ans, qu'est-ce que vous pensez qu'il va se passer?»

Dans chaque personnel d'entraîneurs, affirme-t-il, l'un d'eux possède le grade santé-sécurité et tous les entraîneurs ont eu une formation sur les commotions cérébrales. «La solution, c'est un entraîneur qui prend ses responsabilités.»

«On a peut-être un 5 % d'entraîneurs et de parents qui ont des mauvais comportements. On en a beaucoup plus qui ont des bons comportements. C'est comme ça dans la société et c'est comme ça dans nos arénas.»

Rapport attendu avec impatience

Initialement prévu pour la fin de l'été, le rapport du groupe de travail sur les commotions cérébrales dans le sport se fait toujours attendre.

Le groupe dirigé par le neuro-psychologue Dave Ellemberg est composé de l'ex-joueur de football Matthieu Proulx, du docteur en neuroscience David Tinjust, de l'avocate Lynda Durand et de la directrice adjointe de l'Académie les Estacades, Luce Mongrain.

Le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport leur a confié le mandat en janvier de livrer des recommandations afin d'améliorer la situation des commotions cérébrales dans le sport québécois, aussi bien sur le plan de la prévention que de la détection.

Selon l'attachée de presse du ministre de l'Éducation Yves Bolduc, Yasmine Abdelfadel, le Ministère attend désormais le rapport «pour début 2015».

Législation

Exclue du processus, l'Association des neurologues québécois attend le rapport avec impatience. Au-delà du contenu du rapport, le président Marc Girard est anxieux de voir ce que le ministre en fera. «Espérons que le gouvernement va appliquer les recommandations.»

Le Dr Girard est d'avis que les changements de réglementation afin de mieux protéger les joueurs doivent venir de lois du Ministère. «Si ça vient des fédérations sportives, ce n'est pas sûr qu'il va y avoir de lignes claires.»

Sylvain Lalonde n'est pas d'accord. «Chaque sport a une part de responsabilité et, au niveau du hockey, nous les avons prises. La réglementation, c'est notre responsabilité.»

«Mais en termes de gestion des commotions, ne serait-ce que pour les répertorier, je considère que comme sport, on ne devrait pas être laissés à nous-mêmes. Parce que ça ne touche pas juste un sport, c'est un problème collectif. C'est la responsabilité du gouvernement de mettre en place des outils.»

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