Coeur fragile s'abstenir

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L'entraîneur-chef des Falcons d'Atlanta, Dan Reeves, argumentant avec un juge de lignes en décembre 2002.

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Eddie Pell
Associated Press

Depuis la saison 2000, la durée moyenne en poste d'un entraîneur-chef de la Ligue nationale de football est de 3,9 ans. Ce boulot n'est pas pour ceux qui ont le coeur fragile, littéralement, mais les 32 emplois de coach dans la NFL sont parmi les plus convoités de tout le sport professionnel.

Debout sur les lignes de côté, Dan Reeves a éprouvé une sensation de brûlement dans la gorge, un signe de malaise cardiaque qu'il ne pouvait plus ignorer. Lors du vol de retour, il en a informé le cardiologue en suggérant d'attendre pour faire quoi que ce soit, car il ne restait que trois matchs à la saison régulière. «Il m'a dit : "C'est à peu près l'idée la plus stupide que j'ai jamais entendue."»

Quelques heures plus tard, Reeves, dont les Falcons se dirigeaient vers une première présence au Super Bowl, était sur la table d'opération pour un quadruple pontage qui lui a sauvé la vie. C'était en 1998.

Depuis, la vie d'un entraîneur-chef dans la NFL n'est pas devenue plus simple. Plus tôt ce mois-ci, Gary Kubiak a quitté ses fonctions aux commandes des Broncos de Denver, invoquant des ennuis de santé.

«C'est très stressant», assure Reeves. «Il faut consacrer beaucoup de temps pour accomplir le boulot. Et nous sommes tous des humains. Si vous rencontrez des difficultés, la première chose que vous dites est : "Je dois travailler plus fort." Alors vous travaillez plus longtemps.»

À bien des égards, le poste ressemble à celui de chef de la direction d'une grande entreprise : gérer des douzaines, sinon des centaines de personnes, tout en essayant de faire de l'exercice, de bien manger et de garder le moindrement une vie de famille, dans vos rares temps libres. Les différences : le bilan financier d'un entraîneur se mesure en victoires et en défaites, qui viennent d'un produit suivi et analysé par des millions de personnes chaque semaine.

«La notion que quelqu'un accepte un poste en sachant qu'il va finir par être remercié, ça me dit qu'ils vivent avec un stress énorme dès le départ», fait remarquer Peter Schnall, chercheur à l'Université de la Californie à Irvine, qui étudie les effets sur la santé du stress en milieu de travail. «Et peu importe à quel point ils ont le contrôle, les entraîneurs ne contrôlent jamais tout ce qu'ils voudraient.»

À elles seules, les contraintes de temps consacré à l'emploi font que la plupart des entraîneurs ne mangent pas aussi bien ou qu'ils ne font pas autant d'exercice qu'ils le souhaiteraient. Combiné au stress qui ne peut être évacué, cela risque d'augmenter le rythme cardiaque et la pression sanguine. Des facteurs qui peuvent mener à une crise cardiaque, compromettre le système immunitaire et causer d'autres problèmes.

«Quand nous étions tous des chasseurs-cueilleurs, le corps envoyait une alerte "danger" et nous devenions tous prêts à courir follement en sortant la lance pour se battre», ajoute Schnall. «Les joueurs font un peu l'équivalent en se cognant aux autres joueurs. Mais l'individu moyen, ou l'entraîneur moyen, il ne peut pas aller frapper le patron quand il se sent menacé, ou quand il commence à avoir trop de travail. Ils n'ont pas de porte de sortie pour toute cette montée d'énergie. Ça reste dans leur système.»

Nombreux problèmes de santé

Rien de tout cela n'est nouveau. Il était notoire que Vince Lombardi avait des ennuis de santé. Il a succombé à un cancer du côlon à 57 ans. Bear Bryant est mort d'une crise cardiaque moins d'un mois après avoir quitté Alabama. Mike Ditka. Bill Parcells. Reeves. Tous ont fini par quitter le milieu après de nombreux problèmes de santé. L'été dernier Dennis Green, qui a longtemps dirigé des clubs de la NFL, est décédé à la suite d'une crise cardiaque.

L'arrivée de l'autonomie et des réseaux de nouvelles en continu ont rendu la profession encore plus prenante. Les entraîneurs font quatre ou cinq conférences de presse par semaine. Une bonne partie de la saison morte est consacrée à analyser la formation et à considérer des ajouts potentiels. Les départs de joueurs sont devenus plus fréquents, et «ça fait mal de devoir les faire venir dans votre bureau et les libérer», a dit Reeves. «Et ce n'est pas relié au genre de joueur qu'il est, mais à son salaire. C'est stressant.»

Une fois la saison terminée, une brève pause et ensuite tout repart, avec des programmes d'entraînement qui débutent souvent en avril.

Kubiak a subi une légère crise cardiaque aux commandes de Houston, il y a trois saisons. Il a dû retourner à l'hôpital cette saison, à la suite d'une sévère migraine. Bruce Arians (Cardinals), Todd Bowles (Jets) et Mike Zimmer (Vikings) ont aussi dû faire des visites imprévues à l'hôpital, en 2016. Le prédécesseur de Kubiak à Denver, John Fox, a raté un mois en raison d'une opération au coeur qui ne pouvait plus attendre.

Alors, pourquoi y a-t-il autant de candidats à lever le doigt lorsqu'un poste d'entraîneur-chef se libère? «Je peux jouer au golf ou à quoi que ce soit, ça ne s'approche jamais de l'excitation que vous ressentez sur les lignes de côté au moment de l'hymne national», explique Reeves. «Vous sentez votre coeur battre plus fort et c'est formidable. Mais pour faire ce boulot, votre coeur doit être dans un état impeccable.»

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