Dès l'ouverture du camp d'entraînement, Glen Constantin avait prévenu que la principale menace du Rouge et Or au Québec proviendrait du Vert & Or. Et le coach de Laval avait visé juste. Devant une foule de 10 432 spectateurs, record en neuf saisons d'histoire du programme francophone estrien, les Renards ont offert une opposition de fort calibre. À la mi-temps, les locaux menaient même 18-14.
«Quand on est revenu au vestiaire, tout le monde capotait», a relaté Constantin, au terme du match. «Je leur ai dit : "On se calme! On joue sur les talons, on pogne plein de punitions, le 81 [Simon Charbonneau-Campeau] attrape tout et on perd juste par quatre points. On se calme, on commence à exécuter et on sort de là avec la victoire."»
Les deux équipes ont connu un départ canon avec un touché à leur première possession. Sur son premier jeu, le quart du Rouge et Or Bruno Prud'homme expédiait une passe de 52 verges à Seydou Junior Haïdara. Puis une passe de 14 verges à Guillaume Rioux, avant de courir lui-même jusque dans la zone des buts pour les 16 dernières verges.
Mais mal lui en prit car, en tentant de plonger pour le majeur, Prud'homme a échappé le ballon! Haïdara a toutefois recouvert le précieux pour donner l'avance aux visiteurs après seulement 86 secondes.
Pas ébranlé, le Vert & Or a aussitôt sorti la bombe à son tour. Une passe de 47 verges à Charbonneau-Campeau menant, cinq jeux plus tard, au touché de Jean-Christophe Beaulieu sur une course de six verges.
Charbonneau-Campeau a remis ça au deuxième quart. Un jeu de passe de 45 verges a mené à un placement, puis une lde 17 verges dans la zone des buts, juste avant la demie. Le Vert & Or rentrait au vestiaire en avance 18-14. Le receveur étoile cumulait déjà 118 verges de gains après 30 premières minutes de jeu.
Encore l'indiscipline
La seconde moitié a toutefois été l'affaire du Rouge et Or et de ses vétérans. Le receveur Julian Feoli-Gudino a inscrit deux majeurs, sur des passes de 40 et de 29 verges. Le centre-arrière Patrick Lavoie a enregistré l'autre touché des vainqueurs au cours des deux derniers quarts. Sébastien Lévesque a couru pour 125 verges entre l'entracte et le sifflet final, pour un total de 158 verges nettes sur ses 19 portées dans le match, de loin son meilleur cette année.
Le tout orchestré par Prud'homme. En termes de possession du ballon, les 30 dernières minutes ont été réparties comme suit : 24 min 56 s pour Laval et 5 min 4 s pour Sherbrooke. Les locaux ont alors dû se contenter de trois placements.
Les représentants de Québec ont encore péché par indiscipline, étant punis pour 217 verges, contre 50 au compte de Sherbrooke. La dernière fois que le Rouge et Or avait alloué 27 points ou plus à un adversaire du Québec, c'était le 3 octobre 2009, à Montréal, un revers de 28-7.
Feoli et Lévesque à leur meilleur
«Aux blogueurs et aux autres qui disaient que je n'étais plus assez vite, je viens de démontrer que ce n'est pas vrai. Je suis un gars de grosses games», a lancé Julian Feoli-Gudino, un des héros offensifs dans cette superbe victoire du Rouge et Or.
Avec deux touchés et 121 verges de gains au cours des deux derniers quarts, le numéro 83 a prouvé qu'il était encore au rendez-vous quand ça compte. Le receveur le plus sûr, et donc le plus sollicité au cours des quatre dernières saisons chez les champions, Feoli a subi une sérieuse fracture à la cheville, l'an dernier. Mais comme l'a dit son patron, Glen Constantin, après la victoire, «Julian is back!» Il est de retour.
Sébastien Lévesque aussi. Le porteur ballon a connu un début de saison lent, lui qui revient également d'une grave blessure subie en 2010, au genou dans son cas. Lévesque est parmi ceux qui ont pris les choses en main après la pause de la demie, avec entre autres 125 verges en 14 courses. Il a joué un rôle crucial dans les huit jeux bons pour la traversée de 101 des 110 verges du terrain. Cette série a mené au majeur de Patrick Lavoie, qui portait le pointage à 30-21.
«Moi, quand je rentre sur le terrain et qu'il y a des tam-tams, une foule hostile, je suis là », a commenté un Lévesque des plus détendus, avant de rentrer au vestiaire. «Quand je joue avec confiance et que je réussis à prendre mon rythme, je sais que ça va bien aller. Mais bien honnêtement, les blocs de mes coéquipiers comme ceux de la Coupe Vanier, vraiment. Je n'avais qu'à suivre les gars et ça marchait.»
Encore là , Constantin était heureux de voir son pilier du jeu au sol prendre le taureau par les cornes. «Quand Sébastien court sans hésitation, avec assurance, il est dur à arrêter. Ce soir, il était l'fun à voir», a souligné le grand chef. Puis il va plus loin dans l'explication de la stratégie.
«Leur ligne défensive est jeune et on a eu un peu de misère au début, entre autres contre [le plaqueur recrue Rami] Saintus, mais on savait qu'il fallait courir le ballon.»
Une surprise
Quant à la surprise de voir le Vert & Or retraiter dans leur quartier général avec l'avance à la demie, le meilleur joueur de Sherbrooke estime que la surprise était seulement dans les gradins. «Ils ne sont pas naïfs. Ils savaient qu'ils ne devaient pas nous prendre à la légère», a fait valoir Simon Charbonneau-Campeau. «Pour nous, on savait ce qu'on pouvait faire et que ça allait les déstabiliser. On leur a tenu tête, mais ça s'est joué sur quatre ou cinq jeux.»
Lui qui a accusé le Vert & Or de manquer de respect envers son équipe, cette semaine, Constantin n'avait pas le triomphe arrogant. Même si lui et son vis-à -vis, André Bolduc, ne se sont pas serrés la main après le match. «Il nous reste encore des gros matchs dans les prochaines semaines, dont celui à Montréal», le 8 octobre, a prévenu le coach des vainqueurs.