Les petites histoires d'un grand tournoi

«C'est la seule fois dans mes 19 ans... (Archives AP)

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«C'est la seule fois dans mes 19 ans de carrière où j'ai quitté le court au milieu d'un match. Et la seule fois où j'ai pensé à aller au bar» - Pam Shriver (photo), au sujet de son match contre Helen Kelesi

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) En 25 ans, la Coupe Banque Nationale de Québec a vu passer de grandes vedettes comme Venus Williams et Lindsay Davenport; des étoiles montantes comme Maria Sharapova et Jelena Ostapenko; et même la future reine du tennis, alors anonyme, Serena Williams. Les joueuses ont fait vibrer les foules par leurs passings imparables ou leurs courses effrénées. Mais les meilleures histoires se déroulent parfois à l'extérieur du terrain. Le Soleil vous en raconte trois...

1993: le jour où Pam Shriver a eu besoin d'un verre

Écoeurée, à bout de nerfs, Pam Shriver quitte le court central du Club Avantage avec un seul objectif en tête : le bar. Son étrange duel contre Helen Kelesi n'est pourtant pas terminé, mais pas question de revenir sur le terrain.

Avec cette rencontre de troisième tour entre la Canadienne Kelesi et l'Américaine Shriver, le Challenge Bell connaît une première édition fertile en rebondissements. Le 4 novembre 1993, les deux joueuses bien établies se livrent «un vrai vaudeville», comme l'écrit le collègue Jean-François Tardif au lendemain de la rencontre. Un match «composé de 50 % de tennis et de 50 % de théâtre», dit même un représentant de Tennis Canada.

À l'époque, Shriver est en fin de carrière. Celle qui a été troisième mondiale en 1984 préfère désormais choisir ses tournois pour vivre de nouvelles expériences, visiter des villes inconnues. Québec se retrouve sur sa liste, car ses grands-parents y ont savouré leur lune de miel au Château Frontenac, plusieurs années plus tôt.

«Hurricane Helen», de son côté, est reconnue pour son caractère bouillant et compétitif à l'extrême. «Tout le monde savait qu'elle était la plus émotive des joueuses. Et j'étais probablement numéro trois ou quatre sur cette liste», a admis Shriver pendant un entretien avec Le Soleil, il y a quelques semaines.

Le premier set se déroule sans trop d'histoires, mais le deuxième se transforme rapidement en guerre émotive. Kelesi a l'habitude de multiplier les tactiques pour déranger son adversaire. Contre Shriver, elle conteste plusieurs appels des officiels, met trop de temps à effectuer ses services, se bat avec une lentille cornéenne déficiente, crie à chacune de ses frappes (une façon de faire beaucoup moins rare aujourd'hui). Kelesi est Canadienne, mais la foule se retourne contre elle.

Vingt-quatre ans plus tard, Shriver admet avoir atteint ce jour-là un niveau de frustration inégalé dans sa carrière. «Au point de me dire : "Je n'ai pas besoin de ça. Je n'ai pas besoin de continuer à jouer"», se souvient-elle.

«Pas de ressentiment»

Après avoir perdu la deuxième manche au bris d'égalité, Shriver quitte le court central, prétextant une pause vestiaire. Mais son intention est claire : elle ne reviendra pas. Elle n'a qu'une pensée : ce bar installé près du lobby du Club Avantage. Frustrée, elle a besoin d'un verre. «C'est la seule fois dans mes 19 ans de carrière où j'ai quitté le court au milieu d'un match. Et la seule fois où j'ai pensé à aller au bar.»

Le barman Mario Landry était aux premières loges pour assister à cette scène, rendue un brin surréaliste par le comportement de Shriver. De son poste, il voit le match sur un téléviseur et sait déjà que ça brasse sur le court central.

«Elle est sortie du court, elle est arrivée dans le corridor, puis au bout du bar», se souvient Landry, à l'époque responsable de la restauration au Club Avantage. «Je lui ai dit de s'approcher. En s'en venant, elle a enlevé son t-shirt pour se retrouver en soutien-gorge d'entraînement. [Elle était] en furie, complètement.»

Shriver dit avoir commandé un verre d'alcool sans jamais y tremper les lèvres. La version de Landry est différente : elle a commandé de l'eau. Mais il se souvient qu'une fois l'athlète repartie vers le terrain, plusieurs personnes, peut-être des officiels de la WTA, sont restées près de lui pour s'enquérir de ce qu'il y avait dans le fameux verre. «Tout le monde était sens dessus dessous, c'était drôle», relate-t-il.

Entre-temps, la responsable de la WTA présente, Brenda Perry, vient s'asseoir près de Shriver. «Elle m'a convaincue de retourner sur le court», raconte l'ancienne joueuse. «Elle a eu un rôle crucial dans cette histoire. Ç'a été une conversation de 5 ou 10 minutes. En gros, elle m'a fait remarquer que je ne voulais pas vivre ce genre d'incident à la fin de ma carrière. J'y suis retournée d'une façon détachée. Je ne me suis pas battue comme je l'avais fait» plus tôt dans la rencontre.

Kelesi l'emporte finalement 3-6, 7-6 (3) et 6-3. Les deux joueuses y vont d'une poignée de main «forcée et sans sincérité» tout en s'échangeant de vives paroles, relate alors Le Soleil. «C'est la pire expérience de ma carrière de joueuse», avait ensuite lancé Shriver.

Aujourd'hui, elle préfère accepter le blâme, du moins pour le dénouement du match. «Je n'ai pas de ressentiment. C'était beaucoup plus ma faute que la sienne. Elle était seulement elle-même», explique celle qui est devenue l'une des analystes télévisuelles les plus respectées au monde.

Pour la petite histoire, Shriver a remporté 22 titres du Grand Chelem en double et en double mixte, dont 20 avec la grande Martina Navratilova. Elle est par ailleurs l'ex-femme d'un illustre visiteur à Québec en fin de semaine : le James Bond George Lazenby, avec qui elle a eu trois enfants.

***

2003: Maria Sharapova «contre» Michel Laplante

Maria Sharapova a été couronnée à Québec en... (Archives La Presse canadienne, Jacques Boissinot) - image 3.0

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Maria Sharapova a été couronnée à Québec en 2003.

Archives La Presse canadienne, Jacques Boissinot

Michel Laplante sera pour toujours associé au baseball, mais il excelle aussi au tennis. Et dans ce sport de raquette, il a connu ses meilleurs moments face à... Maria Sharapova.

En 2003, la grande Russe n'est pas la superstar d'aujourd'hui, mais une vedette montante de 16 ans sur qui bien des projecteurs sont déjà braqués. Au Challenge Bell, elle fait tourner les regards. Elle est grande, jolie, et elle cogne dur. Elle a besoin d'un partenaire d'entraînement. Jacques Bordeleau, bras droit du directeur Jacques Hérisset, pense alors à Laplante, un super athlète qui délaisse tranquillement sa carrière au baseball pour se consacrer à d'autres passions, dont l'enseignement du tennis.

Le rendez-vous a lieu sur le court central du Club Avantage, à 8h. Sharapova est avec son père et entraîneur, Youri. Ils attendent Laplante au filet. Il n'y a pas de bruit, pas de spectateurs.

Le Québécois se présente et dit : «Je suis ici, et je ferai tout ce que vous me demandez.» Le ténébreux paternel le regarde et répond : «Assure-toi de ne rien rater.»

«Il a dit ça d'un air russe», lance aujourd'hui Laplante, une description étrangement complète.

Dix ans plus tôt, il aurait peut-être avalé de travers. Mais Laplante est alors dans la trentaine et il a vu neiger. «J'ai pris les balles, j'ai marché vers la ligne de fond et je me suis dit : "Ça va être incroyable." Et j'ai eu l'heure et demie où j'ai frappé le mieux dans ma vie», souligne Laplante. «Et on a trippé. On a vraiment eu du fun

Déjà professionnelle

Laplante et Sharapova font alors toutes sortes d'exercices. Et ils ne manquent rien. «Autant elle que moi, on est partis à rire à quelques reprises [parce que] c'était trop trippant. [...] C'était vraiment magique.»

Laplante parvient même à créer un lien avec l'impénétrable Youri, reconnu pour son agressivité. Ils parlent de la ressemblance entre la motion de service et celle du lanceur sur une balle courbe, Sharapova ayant déjà la parfaite mécanique aux yeux de Laplante. «On est tombés dans une discussion qui a duré 25-30 minutes sur l'action de bras», raconte le président des Capitales, qui aimait pratiquer le tennis avant une présence au monticule pendant sa carrière au baseball.

«Autant elle que moi, on est partis à... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 4.0

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«Autant elle que moi, on est partis à rire à quelques reprises... C'était vraiment magique» - Michel Laplante

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Deux ans plus tard, les chemins de Laplante et de Sharapova se croisent de nouveau en Floride, où le premier participe à un camp de baseball. La Russe s'entraîne tout près. Il s'approche pour l'observer, à travers le grillage. «Une balle est venue à l'arrière. Elle l'a ramassée. Elle m'a regardé. Elle est repartie, puis elle s'est retournée et m'a demandé : "Est-ce que je te connais?" J'ai dit : "Un peu." Elle a ajouté : "Je pense que je te connais"», raconte-t-il avec le sourire.

De sa première rencontre avec Sharapova, il a retenu le professionnalisme de l'adolescente. «J'en revenais pas que pendant une heure et demie, elle était capable de maintenir une cadence. Et que chaque frappe, chaque jeu, elle est focussée. Il n'y a pas de relâche!» admire Laplante, 14 ans plus tard.

Il n'a d'ailleurs pas été surpris de voir Sharapova remporter le tournoi à Québec, puis celui de Wimbledon, quelques mois plus tard, à seulement 17 ans. «Elle [était] complètement dans une bulle à part. Malgré les critiques qu'il y a eu avec son père, il y avait une belle complicité. Il y avait beaucoup de "le monsieur joue au dur" et elle qui joue à "ben voyons papa"», se souvient Laplante.

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2014: Harold et «Jack»

Venus Williams et son chien Harold à Charleston,... (Archives AP, Grace Beahm) - image 6.0

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Venus Williams et son chien Harold à Charleston, en avril dernier

Archives AP, Grace Beahm

Jacques Hérisset est tendu. Le temps passe vite, le rendez-vous approche. Et le voilà forcé d'attendre que le chien de Venus Williams fasse ses petits besoins...

Un moment un peu étrange, tout ce qu'il y a de plus anecdotique. Mais il fait encore rigoler le directeur de la Coupe Banque Nationale aujourd'hui. 

En 2014, Williams est la grande attraction du tournoi. Devant les médias, elle jouera au curling et sera reçue par le maire Régis Labeaume. C'est à l'approche de ce rendez-vous à l'hôtel de ville, prévu à 15h15, que Hérisset voit son stress monter.

Vers 14h, au PEPS, le grand manitou du tennis à Québec part à la recherche de Venus. Il ne la trouve pas dans le salon des joueuses. On lui dit qu'elle est allée se faire belle pour le maire. Quinze minutes plus tard, elle apparaît. Mais les trois membres de son équipe et elle n'ont pas encore dîné. Hérisset fait préparer quatre plats de viande. Erreur : Venus est végétarienne. Voilà «Jack» forcé de courir dans les corridors avec de petites boîtes à lunch.

Bref, le temps passe. Il est maintenant 14h45 et le cortège n'a pas encore quitté l'Université Laval. C'est la fin de l'été et il y a beaucoup de cônes orange sur les routes, rappelle Hérisset. «Mon rôle était de rester cool en dehors, mais je pédalais comme un petit canard dans l'eau en dessous», illustre-t-il.

«Mon rôle était de rester cool en dehors,... (Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 7.0

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«Mon rôle était de rester cool en dehors, mais je pédalais comme un petit canard dans l'eau en dessous» - Jacques Hérisset

Photothèque Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Et voilà Harold qui se met de la partie. «Et Venus ne le presse pas. Et le chien n'est pas pressé non plus, il nous regarde», raconte «Jack». «C'est là que Venus m'a dit : "Regardez Harold, il est tellement cute!" Et moi je pense : "Oui, oui, il est cute, mais est-ce qu'il peut en finir!"», rigole Hérisset. «Mais on ne voulait pas presser Venus, parce qu'on voulait que son séjour soit agréable.»

Moment surréaliste lorsque le président du tournoi, Claude Rousseau, déjà à l'hôtel de ville, appelle Hérisset pour savoir où le groupe est rendu. La conversation tourne forcément autour de la difficile expulsion de Harold...

Partis vers 15h, Venus et compagnie arrivent pile à l'heure... pour finalement apprendre que la rencontre aura lieu à 15h30!




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