Le plaisir retrouvé d'Arik Sikula

Dans le baseball indépendant, le lanceur Arik Sikula... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Dans le baseball indépendant, le lanceur Arik Sikula a retrouvé son âme d'enfant, celle de l'époque où il lançait des balles de tennis sur la porte du garage familial.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Pleins feux

Sports

Pleins feux

Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Le baseball avait toujours été un jeu pour Arik Sikula, jusqu'à ce que cela ne le soit plus au bout de cinq ans dans les filiales des Blue Jays. Terminant une saison de rêve à Québec, le droitier de 28 ans affirme avoir retrouvé un plaisir enfantin à voyager à travers le monde d'un circuit indépendant à l'autre. Mais une partie de lui aspire encore à plus.

Si l'on se fie Arik Sikula, son enfance en Californie tenait d'un film de Walt Disney. Une chute d'eau coulait dans la «maison château» entourée d'une douve que son père avait construite. À l'extérieur, à côté d'un moulin à eau, un grand champ devenait l'endroit idéal pour frapper des balles de golf. 

 «J'étais le plus jeune de six enfants, quatre garçons et deux filles, et nous jouions sans cesse à des jeux. Je me rappelle que l'on faisait un carré en ruban adhésif sur la porte du garage et nous tirions une balle de tennis mouillée de toutes nos forces. La balle laissait une marque d'eau en frappant la porte et nous pouvions voir si nous avions atteint la cible.»

Le plaisir qu'il avait à lancer la balle mouillée il y a 20 ans est le même qu'il avait durant son incroyable séquence de dix victoires en dix départs consécutifs avec les Capitales de Québec, cet été. «Le sentiment après avoir été bon, c'est ce que je préfère du baseball. Tu sens que tu es vraiment doué à quelque chose : lancer un petit objet de toutes tes forces.»

«Dude, je ne veux pas ça dans ma... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

Agrandir

«Dude, je ne veux pas ça dans ma vie. Il y a tellement de négatif. Je veux seulement être relax et avoir du bon temps. Il n'y a pas de raison pour ne pas tous s'aimer.» - Arik Sikula, qui s'est coupé de la politique américaine, un monde où «tout le monde déteste tout le monde»

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

Jeune, Arik allait assister aux matchs de baseball de son frère aîné avec son gant et ses crampons aux pieds. «J'espérais toujours que l'équipe manque de joueurs pour que je puisse embarquer.»

À 12 ans sa famille déménage en Virginie-Occidentale et il devient l'un des meilleurs arrêt-court et lanceur de l'État, en route vers une bourse d'études à l'Université Marshall. Son père y est doyen de la faculté d'administration, mais le fils y fait sa propre marque. 

Outre ses respectables performances sur la butte qui lui valent d'être repêché en 36e ronde par les Blue Jays de Toronto, en 2011, le malin plaisir que Sikula éprouve durant ses quatre ans avec le Thundering Herd de Marshall attire l'attention.

«J'aimerais que tout le monde puisse apprécier leur expérience universitaire autant que Arik», lancera le gérant Jeff Waggoner à toute l'équipe juste avant le dernier match universitaire du droitier.

La côte ouest au coeur

Énervé et expressif sur la butte, l'athlète aux cheveux blonds est, en dehors du terrain, «un gars de la côte Ouest au coeur». Un amateur de yoga qui s'est brièvement intéressé à la politique américaine avant de se couper de ce monde où «tout le monde déteste tout le monde».

«Dude, je ne veux pas ça dans ma vie. Il y a tellement de négatif. Je veux seulement être relax et avoir du bon temps. Il n'y a pas de raison pour ne pas tous s'aimer.»

En 2011, Sikula débarque dans les rangs mineurs sans attentes. Toronto «ne pensait pas grand-chose» de lui et l'avait envoyé au plus bas niveau possible : Bluefield, dans la ligue des Appalaches. 

Pas invité l'année suivante au camp de printemps des Jays «où tout le monde est invité», , il se retrouve à Vancouver dans le A faible. Une saison «tellement plaisante» où il profite des insuccès des releveurs devant lui pour s'emparer du rôle de closer. Il termine la saison régulière avec dix sauvetages en dix tentatives et un championnat. 

Ce n'est toutefois que deux ans plus tard, en 2014, que Sikula devient plus qu'un numéro dans l'organisation des Jays. Il mène alors l'ensemble des ligues mineures avec 31 sauvetages dans le A fort, à Dunedin, ce qui lui vaut un rappel dans le AA.

«J'ai décidé que l'immobilier, c'était fini. Je sais... (Photothèque Le Soleil, Yan Doublet) - image 3.0

Agrandir

«J'ai décidé que l'immobilier, c'était fini. Je sais maintenant que je peux jouer le plus longtemps possible, rester un enfant, et la vraie vie va toujours être là à m'attendre.»

Photothèque Le Soleil, Yan Doublet

«Ils disent que le saut du A fort au AA est le plus dur à faire dans une carrière. C'était le meilleur sentiment au monde. J'étais sur un high et je me voyais dans les majeures dans quelques mois. Puis le gérant m'a convoqué pour dire que quelqu'un s'était blessé à Dunedin et que je devais y retourner.»

la dégringolade

Déçu, le Californien met les bouchées doubles et part au Venezuela à la fin de la saison pour jouer avec des joueurs des majeures durant l'hiver. «Je sentais finalement que je valais quelque chose.»

Sauf qu'au Venezuela, Sikula tente de peine et de misère d'ajouter une balle tombante à son arsenal de déjà quatre lancers. «Les Jays voulaient des lanceurs qui forçaient des balles frappées au sol. Je n'avais jamais vraiment eu ce style. J'étais du genre à aller chercher les retraits au bâton. Je me suis dit qu'une tombante m'aiderait à atteindre les majeures, mais j'ai fini par me blesser à l'épaule à essayer de la lancer», explique-t-il, mimant la torsion du bras que nécessite un tel tir. 

C'est la dégringolade. Son bras n'est toujours pas remis au printemps 2015. «Une douleur aiguë derrière l'épaule» qui refuse de partir. Les Jays l'inscrivent sur la liste des blessés en début de saison. Il revient le temps de quelques manches dans le AA, mais rien ne va plus. Il part en rééducation puis revient à Dunedin. «Je lançais correctement, mais ce n'était plus pareil. Il y avait encore quelque chose qui clochait avec mon bras.»

La direction du club le convoque. Il est libéré. «Ça a été presque un poids de moins sur mes épaules. Tout d'un coup plus personne ne me possédait. J'étais un travailleur autonome.» Sikula décide de se rendre à Washington au centre d'entraînement Driveline, spécialisé en biomécanique. «J'y suis allé en me disant que soit j'allais détruire mon bras pour de bon, soit j'allais le comprendre et le guérir. Après deux semaines, je recommençais finalement à me sentir bien.»

Rencontre clé

En 2016, Sikula sort de ses trois mois à Driveline avec un bras en santé et une passion naissante pour le mouvement du corps. Comment bouger, marcher et s'asseoir. L'envie de jouer au baseball professionnel, cependant, n'y est plus. Après quelques matchs dans le baseball indépendant, le droitier remise son gant. «J'avais d'autres choses en tête : l'immobilier.»

Pressé de jeter les bases de son avenir loin du baseball, il achète une franchise de American Home Investors. Il travaille à son compte dans le milieu corporatif et regrette rapidement son choix de vie. «Je haïssais ça.»

Invité à un mariage quelques mois plus tard, il rencontre un joueur de baseball revenant d'une saison en République tchèque. «Il avait 26 ans et voyageait à travers l'Europe en jouant au baseball. C'était l'homme le plus heureux et ça m'a frappé. Je pouvais continuer à faire un travail que je détestais, ou encore choisir n'importe quel pays du monde qui m'intéressait et être payé pour jouer au baseball. J'ai décidé que l'immobilier, c'était fini. Je sais maintenant que je peux jouer le plus longtemps possible, rester un enfant, et la vraie vie va toujours être là à m'attendre.»

Globe-trotter ganté

C'est en offrant ses services sur Internet que Sikula s'est retrouvé en Australie, cet hiver. Dans une ligue de bas calibre dont il était le meilleur joueur, profitant de la plage la semaine, obtenant le départ chaque dimanche. «La victoire voulait dire quelque chose pour beaucoup de gens et de guider l'équipe à un championnat, ça a fait un bien fou à ma confiance.

«Quelques mois de travail de bureau ont changé ma vision du baseball. Dans les mineures, j'avais fini par oublier que c'est un jeu. C'est tellement orienté sur l'aspect affaires. Ce n'est pas tant à propos de gagner, c'est à propos de monter dans les Ligues majeures. C'est là que tu te détruis le bras à essayer d'ajouter un lancer, même si tu lances déjà très bien. Quand j'étais jeune ou même à l'université, tout était à propos de s'amuser et de gagner.» 

Le rêve inachevé

Sikula n'a jamais vraiment fait une croix sur son rêve des majeures. En Australie, il a arrêté de lancer son efficace rapide coupée pour se concentrer un autre lancer : une tombante. Le même lancer qui a mené à la blessure qui l'a sortie de l'organisation des Blue Jays. Il assure qu'il maîtrise finalement la tombante. Qu'il a maintenant cinq lancers et que ses meilleures années sont devant lui.

C'est là toute la complexité du Californien et d'autres anciens des rangs mineurs dans les circuits indépendants. Incapable de faire une croix définitive sur leur rêve des majeures. Sikula affirme qu'il passe le plus bel été de sa vie à Québec, mais une partie de lui aspire encore à plus. 

«Certains jours, je me vois retourner dans les filiales d'une équipe du baseball majeur. Je regarde les gars qui sont rappelés par les Jays et je me dis que ça aurait dû être moi. Que je suis meilleur que tel ou tel gars. Et puis, il y a l'autre partie de moi qui apprécie tous les jours passés ici. Qui se rappelle le stress et le sérieux des ligues mineures. Je peux continuer à jouer simplement pour le plaisir dans des circuits indépendants, voyager et avoir une très belle vie. Ce que je vais faire, honnêtement, je ne le sais pas.»

***

Un stade spécial à Québec

Dans les derniers mois, Québec a conquis Arik Sikula autant que ses 12 victoires (avant le match de vendredi) ont conquis les partisans des Capitales. Le Stade Canac est spécial, assure l'athlète de 6 pieds et de 195 livres. «Avec le toit par-dessus les estrades, tu peux te fermer les yeux et entendre le son de la foule. Les gens qui parlent dans les gradins quand tu es sur la butte. C'est un sentiment très cool

Où sera-t-il cet hiver? En Colombie ou au Mexique, puis peut-être en Italie. Il ne ferme pas la porte à une autre saison avec les Capitales, mais idéalement dans quelques années. «Parce que je me verrais m'installer à Québec et  en faire ma maison.» S'il peut continuer à voyager d'ici là, il aimerait écrire un livre sur les différentes cultures de baseball à travers le monde.




À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer