Samuel Giguère, du Super Bowl aux JO

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Samuel Giguère, receveur de passes originaire de Sherbrooke, en est à sa troisième saison avec les Alouettes de Montréal.

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(Montréal) Le receveur de passes Samuel Giguère dispute une 10e saison dans le football professionnel, sa troisième avec les Alouettes de Montréal. Il a capté les ballons de Peyton et d'Eli Manning et pourrait devenir cet hiver l'un des rares de l'histoire, sans doute le premier Canadien, à avoir participé à la fois au Super Bowl et aux Jeux olympiques. Voici son parcours unique.

Giguère peut déjà se vanter de détenir une bague de championnat de la Conférence américaine de la NFL et une médaille de la Coupe du monde de bobsleigh. Ce dont le légendaire porteur de ballon Herschel Walker ne peut même pas s'enorgueillir, malgré 18 507 verges de gains cumulés dans la NFL et une septième position comme freineur aux Jeux d'Albertville, en 1992.

Giguère n'envisage toutefois pas de se lancer dans les arts martiaux mixtes, comme l'avait fait Walker après sa carrière. Même si le Sherbrookois de 31 ans possède le physique pour. Se rétablir de sa blessure et sortir les Oiseaux du marasme des récentes années sont ses priorités.

Si cette année est spéciale dans le nid, elle l'est aussi sur le tracé glacé. Le Canada est assuré d'envoyer au moins deux, peut-être même trois équipages masculins de bobsleigh à quatre aux Jeux olympiques de PyeongChang, en février prochain.

«Après la saison de foot, j'espère être assez en forme pour faire les sélections et me tailler une place dans l'équipe olympique», a confié le numéro 15, lors d'une longue rencontre avec Le Soleil, à l'aube de la présente campagne.

Cet ancien skieur alpin a toujours eu un faible pour la glisse et la vitesse. Tout ce qu'il retrouve dans le bobsleigh, en plus de s'y faire presque autant brasser qu'au football. C'est à son retour de la NFL, à l'hiver 2012, qu'il a effectué un premier détour par Calgary. Où il a réalisé que plusieurs clés du succès sont les mêmes au football et en bobsleigh.

Après un hiatus de désaccord par rapport aux sélections olympiques de 2014, voilà Giguère de retour en piste depuis deux ans. Il compte à son dossier deux Championnats du monde et 15 départs de Coupe du monde. Pour aboutir en décembre dernier à une troisième place à Lake Placid comme freineur, derrière le pilote Chris Spring, Cameron Stones et Lascelles Brown. À un centième de seconde de la médaille d'argent.

Samuel Giguère a été repêché en première ronde... (Archives La Presse canadienne, Dave Chidley) - image 2.0

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Samuel Giguère a été repêché en première ronde par les Tiger-Cats de Hamilton, en 2008.

Archives La Presse canadienne, Dave Chidley

Une saison hivernale qui s'ajoute à son calendrier principal de six mois et une vingtaine de matchs de football. Ce que Jesse Lumsden n'a jamais fait en simultané, doit-on préciser, cette autre étoile du ballon ovale pratiquant le bob seulement depuis sa retraite des pelouses.

Père de deux jeunes enfants et diplômé en comptabilité, Giguère sait que ses années de vie d'athlète professionnel lui sont comptées. «Je me considère privilégié d'en vivre depuis 10 ans et je sais qu'il ne m'en reste pas 10 autres. Ma blonde est souvent seule à la maison avec les deux petits, alors elle espère que je ne ferai pas les deux encore trop longtemps!» s'esclaffe-t-il.

Rôle de pionnier

Premier de trois fils d'une famille sportive, le jeune Samuel s'est initié au football à l'adolescence. À la Bishop's College School, école secondaire anglophone de Lennoxville, secteur de Sherbrooke où il fera aussi son cégep. Cet apprentissage précoce de l'anglais lui permettra plus tard de faire son bout de chemin aux États-Unis.

De porteur de ballon, il devient receveur à sa deuxième saison collégiale. «J'aimais attraper le ballon. Au secondaire, je sortais souvent sur des tracés de passes. Rendu au cégep, on avait de très bons porteurs dans l'équipe et je voulais être sur le terrain. Je voyais de meilleures perspectives comme receveur», indique-t-il.

Une occasion saisie ici. Une autre quand il décide de se joindre au Vert & Or de l'Université de Sherbrooke, même si le programme n'avait qu'un grand total de trois victoires à ses deux premières campagnes d'existence. Un naturel pour demeurer auprès de sa famille et de sa douce, la même qu'aujourd'hui.

«Si je n'étais pas resté à Sherbrooke, j'aurais probablement joué pour le Rouge et Or. Mais il n'était pas vraiment question pour moi d'aller ailleurs. Et je regardais l'alignement à l'Université Laval et tous les bons receveurs qui étaient là [Grégoire-Champagne, Roméo, John, Leblanc, Lavigne-Masse]. À Sherbrooke, ce n'était pas compliqué, il n'y avait personne!» admet-il.

«J'ai vu ça comme la chance d'avoir un rôle important avec le Vert & Or, de toucher beaucoup au ballon et de me développer davantage comme joueur. Aider à bâtir un programme avait aussi une valeur pour moi. Mais c'est sûr qu'à Sherbrooke, il n'y avait pas de pression par rapport à gagner ou perdre.»

Giguère trace un parallèle entre le Rouge et Or dans le football universitaire et les Colts de la décennie 2000, avec qui il s'est aligné dans la NFL. «C'est plaisant d'avoir des championnats et des saisons invaincues, je l'ai vécu à Indianapolis. Mais c'est aussi valorisant d'être le premier ou l'un des premiers à faire certains trucs et d'aider à faire rayonner un programme. Je tire une fierté d'avoir contribué à faire grandir le Vert & Or football, même si en fin de compte, on n'a pas gagné beaucoup de matchs.»

Durant ses trois saisons à l'UdeS, le Vert & Or a compilé une fiche de 11-14 et obtenu sa première participation éliminatoire.

Comme les joueurs étoiles se faisaient rares dans son camp, le receveur a été invité au match des espoirs de la LCF après sa 

deuxième saison seulement, au lieu de la troisième comme le veut la coutume. Il a alors capté l'attention des recruteurs, l'amenant à se rendre admissible au repêchage après seulement trois ans dans les rangs universitaires.

Confortable dans le nid

Choix de première ronde des Tiger-Cats de Hamilton en 2008, huitième au total. Les Alouettes venaient de repêcher Shea Emry. Mais Giguère n'enfilera pas le maillot des Ti-Cats avant 2012. Après quatre années passées dans la NFL, à la suite de son embauche comme joueur autonome par les Colts.

Malgré des séjours à Indianapolis et à New York marqués par les blessures, Giguère gardait l'envie de jouer. D'abord trois campagnes à Hamilton et deux défaites en finale de la Coupe Grey. Le voilà à sa troisième saison dans le nid des Alouettes, dernière année de contrat. Il a connu ses meilleures heures l'automne dernier, après que Jacques Chapdelaine ait pris les rênes de l'équipe montréalaise et de son attaque.

«Je suis bien, ici. J'aime les changements qui ont été faits et j'ai une bonne relation avec Jacques et Kavis [Reed, le directeur général]. J'espère qu'on va avoir du succès cette saison et que ça va continuer pour plusieurs années», conclut celui qui négocie lui-même ses contrats depuis son retour au nord de la frontière.

***

Peyton cérébral, Eli amical

«Peyton est très cérébral et anticipait très bien le jeu. Mais il n'acceptait pas l'erreur. Aucunement. C'était parfois difficile d'être son coéquipier, parce qu'il performait à un niveau tellement élevé et s'attendait à ce que tout le monde fasse pareil. Eli, lui, était toujours très amical. Quand quelqu'un faisait une erreur, c'était "pas grave buddy, on se reprend le prochain coup, pas de stress". Mais Peyton, c'était pas ça du tout.»

Samuel Giguère parle des frères Manning comme d'autres anciens coéquipiers. Harrison, Wayne, Garçon, Addai, Saturday chez les Colts d'Indianapolis ; Cruz, Jacobs, Hicks, Pierre-Paul et autres Tuck avec les Giants de New York.

Quatre saisons dans la NFL, de 2008 à 2011. Un seul match officiel joué : celui du 3 janvier 2010, dernier rendez-vous au calendrier régulier de Colts à 14-1. Giguère retournera cinq des sept bottés d'envoi des Bills de Buffalo, ce jour-là, pour 122 verges. Peyton Manning livre un quart avant d'aller se reposer; Indianapolis perd 30-7.

«C'était les belles années des Colts! Ils venaient de gagner le Super Bowl [2007] et ont établi le record de victoires en saison sur une décennie [115, de 2000 à 2009]. Avant même de signer avec eux, c'était une équipe que je regarderais. Plusieurs de leurs receveurs étaient mes idoles», raconte Giguère, neuf ans après son arrivée en Indiana.

Moments extraordinaires

Marvin Harrison en était à sa dernière année, Reggie Wayne, à son apogée. Seul tandem de receveurs dans l'histoire de la NFL à récolter chacun au moins 1000 verges sur au moins 75 réceptions trois saisons de suite, en 2004, 2005 et 2006.

«La première fois, juste de partager le vestiaire avec eux, c'était vraiment extraordinaire, se rappelle Giguère. Marvin, tu voyais que c'était sa dernière année et que ça ne lui tentait plus vraiment. Mais j'ai passé deux ans et demi avec Reggie et on a développé une belle relation», révèle celui qui côtoyait avec plaisir cet alignement d'étoiles.

Lors de son passage avec les Giants de... (Archives AP, Bill Kostroun) - image 4.0

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Lors de son passage avec les Giants de New York, Giguère (à droite) a pu notamment côtoyer le quart-arrière Eli Manning (au centre).

Archives AP, Bill Kostroun

Le Québécois parle d'un Peyton Manning «vraiment rassembleur», «figure d'autorité» âgée de 32 ans devant le p'tit Québécois d'alors tout juste 23. «Peyton, c'était presqu'un coach! Notre troisième et dernière séance d'entraînement complète de la semaine, c'est lui qui dirigeait toute l'offensive. À l'entraînement, je l'ai vu s'engueuler avec des coachs à tel point qu'on se demandait s'ils allaient se battre!»

Manning l'aîné était aussi en contrôle pendant les matchs. Il consultait le coordonnateur offensif Tom Moore entre les séries à l'attaque, mais une fois sur le terrain, il était seul maître à bord pour appeler les jeux. Avec une attaque sans caucus, Manning se permettait parfois de changer le jeu deux ou même trois fois juste avant la remise.

Après une année de mise à niveau au sein de l'équipe de réserve - la marche est haute entre le football universitaire canadien et la NFL -, Giguère visait un poste laissé vacant par la retraite de Harrison. Mais une fracture de la jambe a gâché son automne 2009, ce qui ne l'a pas empêché de jouer une rencontre cette saison-là et d'être en uniforme pour le Super Bowl, perdu 31-17 contre les Saints de La Nouvelle-Orléans et Drew Brees.

Libéré après le camp d'entraînement de 2010, Giguère a ensuite obtenu un essai infructueux auprès des Bengals de Cincinnati, avant d'intégrer l'unité d'entraînement des Giants de New York. C'est là qu'il a connu Eli. Mais une déchirure à l'aine en 2011 a mis un terme à son séjour au sud de la frontière. 

«Eli ne décidait pas des jeux. Il se faisait dire le jeu des lignes de côté et il l'appelait. Il pouvait changer, il avait beaucoup d'autonomie, mais il y avait toujours un jeu qui lui était transmis», explique Giguère, plus proche du cadet Manning entre autres en âge, avec quatre ans et demi d'écart.

Il retient l'énorme privilège d'avoir pu côtoyer deux quarts-arrières d'aussi haut calibre, sans doute le meilleur duo de frères de l'histoire de la NFL. Giguère les a souvent observés en action, jamais en vain. «Il y a une raison pourquoi ces gars-là ont été aussi bons aussi longtemps. Tout le bagage acquis en les regardant, je l'apporte encore avec moi aujourd'hui.»

***

Grand respect mutuel

Deux gars de Sherbrooke. Deux brillants athlètes dans plus d'un sport à leur époque respective. Une génération les sépare, mais la passion du football et du travail bien fait les réunit chez les Alouettes. Samuel Giguère, le joueur, et Jacques Chapdelaine, l'entraîneur, se vouent un énorme respect. Voici ce que l'un pense de l'autre.

  • Chapdelaine 
«Sam se prépare plus que tout autre joueur dans l'équipe. Et c'est l'un des gars qui combine le mieux confiance et humilité. L'humilité d'admettre que sa préparation n'est jamais achevée, mais aussi la confiance que personne ne va lui faire douter de son succès sur un terrain de football. Avec plus de gars comme lui capables de conjuguer confiance et humilité, on va avoir une bonne équipe.»

  • Giguère 
«Mon père connaissait Jacques comme gardien de but au hockey et à cause de ça, j'ai toujours suivi où il était rendu. Je suis très content d'avoir la chance de travailler avec lui. Il possède tellement de connaissances, est tellement méticuleux dans son travail. Dans une équipe, tu n'as pas toujours d'affinité avec le coach, alors je suis vraiment chanceux d'avoir cette relation-là avec lui.»




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