Christopher Milo en quête d'un nouveau port

Malgré une bonne saison avec le Rouge et... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

Agrandir

Malgré une bonne saison avec le Rouge et Noir d'Ottawa l'an dernier, le botteur Christopher Milo est présentement sans emploi sur le terrain sur le football.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Dossiers >

Pleins feux

Sports

Pleins feux

Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Le marché des joueurs autonomes est parfois cruel dans la Ligue canadienne de football. Surtout quand il n'y a qu'une poignée de postes disponibles à sa position dans tout le circuit. Parlez-en à Christopher Milo. Après avoir livré quelques-unes de ses meilleures statistiques en carrière avec les Roughriders de la Saskatchewan et le Rouge et Noir d'Ottawa, le botteur se retrouve sans emploi. Il ne perd toutefois pas espoir que le téléphone sonne d'ici quelques semaines. Entre-temps, l'ancienne gloire du Rouge et Or vient, à l'image de l'Amerigo Vespucci amarré dans le port au cours des dernières semaines, de jeter l'ancre à Québec pour y installer sa famille.

Les trois mâts, la majestueuse voilure, la poupe ornementée... Tout est là, sur le bras gauche de Christopher Milo, en encre et en ombres, savamment exécutées par un artiste tatoueur.

S'il s'agissait d'un hasard que le footballeur soit rentré à Québec, alors que l'Amerigo Vespucci se trouvait de passage dans la capitale, ce n'est pas un hasard, si le voilier-école de la marine italienne est encré à tout jamais sur la peau du Montréalais.

Fier de ses racines napolitaines, Milo a voulu, par ce dessin, représenter symboliquement la ville dont est originaire sa famille, Castellamare di Stabia, où le bateau a été construit il y a plus de 86 ans et où son grand-père paternel Mario est né.

L'athlète de 30 ans garde d'ailleurs un souvenir vif de la visite que ce dernier, qui a par la suite immigré au Québec, et lui avaient faite sur le navire, alors qu'il était à quai dans le port de Montréal, il y a 25 ans. Samedi dernier, c'est de Québec, entouré de son père Franco, de sa femme Véronique et de leur petite fille Mikaela, qu'il a assisté au départ du magnifique voilier de Québec.

En 2011, Christopher Milo a été repêché en... (Archives La Presse canadienne, Liam Richards) - image 2.0

Agrandir

En 2011, Christopher Milo a été repêché en quatrième ronde par les Roughriders de la Saskatchewan.

Archives La Presse canadienne, Liam Richards

Il s'agit d'un nouveau chapitre dans une histoire familiale qui, pour Christopher Milo, prend naissance dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal. C'est là où, à peine plus haut que trois pommes, il a frappé ses premiers ballons du pied. Des ballons ronds, comme ceux utilisés pour jouer à cet autre football si populaire partout sur la planète.

«J'ai commencé le soccer quand j'avais trois ans. J'ai joué ma première année à Lachine, à Montréal, puis après ça, à Notre-Dame-de-Grâce, dans le quartier où je vivais. J'ai de très beaux souvenirs de ce côté-là», se remémore Milo, attablé dans son nouveau chez-lui de Saint-Augustin-de-Desmaures.

Botteur dans l'âme

Ce n'est qu'à la fin de son secondaire, lorsqu'un programme de football «contact» a vu le jour au Collège Sainte-Anne, à Lachine, que l'appel du ballon ovale s'est finalement fait sentir. Déjà à l'époque, une seule position intéressait Milo.

«Je suis allé me présenter et j'ai dit au coach que je voulais juste faire ça, botter. Il m'a invité à l'entraînement, le lendemain. Je suis allé. J'ai fait quelques bottés et il m'a dit que je faisais partie de l'équipe!» se rappelle-t-il.

Il y avait, dans cette position solitaire, quelque chose qui correspondait bien au caractère de Milo. Qui plus est, il a très rapidement obtenu du succès sur le terrain.

«J'aime ça faire mes affaires, être dans ma petite bulle. Et j'étais un grand partisan de football américain. Avant même de pratiquer le sport. Je me disais que j'étais capable de botter un ballon, de le mettre entre les pins et ça fonctionnait! J'ai vraiment aimé mes premières expériences au football», relate-t-il.

En 2015, Milo s'est retrouvé avec Ottawa.... (Archives La Presse Canadienne, John Woods) - image 4.0

Agrandir

En 2015, Milo s'est retrouvé avec Ottawa.

Archives La Presse Canadienne, John Woods

Les premiers succès ont été retentissants, alors qu'il décrochait deux titres mondiaux juniors en trois participations. Il s'agissait de deux premières bagues de championnat dans une collection qui en compte le triple.

«J'ai joué pour l'équipe canadienne junior de 2004 à 2006. Les championnats mondiaux juniors étaient une compétition affiliée avec la semaine du Super Bowl. On est allés à Houston, Jacksonville et Detroit. On a gagné à Jacksonville et Detroit. C'est là que, voyant que j'étais bon et que ça allait bien, je me suis dit que peut-être une carrière serait envisageable», poursuit-il.

L'impression s'est cristallisée encore davantage pendant le stage universitaire du botteur avec le Rouge et Or. Remportant la Coupe Vanier en 2008 et 2010, Milo a amélioré plusieurs records du RSEQ, dont il est toujours le détenteur. Il revendique notamment le plus de points et le plus de placements en carrière universitaire, avec respectivement 385 et 69, ce qui le place dans les deux cas au troisième rang canadien. Il est également détenteur du record canadien pour le plus de placements en une saison, avec 25, une marque établie en 2008.

«J'ai eu quatre belles années ici. Ç'a vraiment lancé ma carrière. Je vais toujours avoir des beaux souvenirs de Québec. Encore aujourd'hui, des fois, il y a des gens qui me reconnaissent et qui me parlent. C'est le fun d'avoir encore cette notoriété-là. C'est le fun de voir que les performances que j'ai livrées et les championnats qu'on a gagnés avec le Rouge et Or ont eu un bel impact», a-t-il noté.

Le saut chez les pros

Avec ces succès, il était inévitable qu'une équipe de la Ligue canadienne de football jette son dévolu sur la patte de Milo, lors du repêchage de 2011. Les Roughriders de la Saskatchewan l'ont alors réclamé en 4ronde, 30e au total.

Il a disputé ses quatre premières saisons professionnelles porté par la «Riders Nation», remportant une Coupe Grey, au passage, en 2013. Son association avec l'organisation a toutefois pris fin abruptement, après le premier match de la saison 2015, une défaite de 30-26 aux mains des Blue Bombers de Winnipeg, au cours duquel il a raté une tentative de placement de 35 verges.

«Ils m'avaient libéré début juillet, alors ce n'était pas évident. Tous les postes étaient comblés. C'était la même situation qu'en se moment», s'est-il rappelé.

L'attente n'aura toutefois pas été longue. Une vingtaine de jours plus tard, le Rouge et Noir faisait appel aux services de Milo, qui a répondu à la commande en réalisant 31 placements en 34 tentatives pendant la saison 2015, pour un taux de précision de 91,1 %. Ces performances lui ont valu de recevoir une extension de contrat jusqu'en 2017. Blessé au dos en fin de saison, il a toutefois été libéré en décembre 2016, année où s'ajoutait une seconde Coupe Grey à son palmarès.

«À ma première année à Ottawa, j'ai fini à 91 %. L'année passée, j'ai peut-être fini à 82 %, mais j'ai réussi mon plus long botté en carrière, que j'ai fait deux fois dans l'année. Mes deux ans à Ottawa, quand tu combines les pourcentages, je suis à 86-87 %. C'est difficile de te faire dire que tu n'es pas bon quand tu as aidé l'équipe énormément. [...] Je me suis blessé. C'est quelque chose qui arrive. Mais de perdre sa job à cause de ça, c'est tough...», a laissé entendre celui dont le dos est totalement rétabli.

Maintenant installé à Québec, Milo se retrouve maintenant entouré de famille - sa conjointe est originaire de la région - et d'anciens coéquipiers, ce qui rend l'attente d'une offre de contrat un peu moins pénible. À peine arrivé, il s'est également déniché un boulot de marchandiseur à la brasserie Labatt, et ce, même si la retraite du football n'est pas pour demain.

«Même si je ne joue pas cette année, ça ne veut pas dire que je ne jouerai pas l'année prochaine. Je vais faire en sorte d'être en santé, en forme et prêt mentalement pour faire un retour. J'ai joué pour deux équipes, j'ai gagné deux championnats. Il n'y a jamais deux sans trois», a laissé tomber celui qui reprenait l'entraînement au PEPS, cette semaine.

***

Coach Milo!

Les entraîneurs de botteurs sont d'une telle rareté que le retour à Québec de Christopher Milo a suscité beaucoup d'enthousiasme au sein de la communauté de football. Tant et si bien que le joueur autonome de la LCF pense monter un camp spécifique à la position, qu'il offrira dans la région.

Constatant un besoin criant pour ce type d'offre de services, Milo est convaincu que sa proposition obtiendra du succès auprès des gros programmes de football de la région, tels que le Séminaire Saint-François et le Collège Notre-Dame-de-Foy, qui se trouvent dans sa cour arrière, à Saint-Augustin-de-Desmaures.

«Avec ma femme qui a beaucoup de connaissances dans le marketing et les communications, on va essayer de formuler un plan d'affaires pour partir un camp de botteur, peut-être s'affilier avec le CNDF, quelque chose comme ça, pour que lorsqu'ils font leur camp, on puisse inviter des botteurs ici. C'est dans les plans, à moyen terme», a indiqué Milo, qui espère pouvoir lancer le projet en janvier.

Ayant lui-même été autodidacte une bonne partie de sa carrière, le botteur professionnel a plus souvent qu'autrement été laissé à lui-même, particulièrement dans ses années de développement.

Christopher Milo lors de son passage avec sa famille... (fournie par Christopher Milo) - image 7.0

Agrandir

Christopher Milo lors de son passage avec sa famille au port pour admirer l'Amerigo Vespucci.

fournie par Christopher Milo

«Plus jeune, je n'ai eu aucun coach. C'était tout du self coaching. Je regardais mon joueur préféré, qui était Adam Vinatieri, le botteur des Patriots de la Nouvelle-Angleterre. C'est un gars qu'encore aujourd'hui j'essaie d'imiter sur le terrain, particulièrement dans les situations clutch. Dieu sait qu'il s'est retrouvé là souvent. C'est quelqu'un pour qui j'ai beaucoup de respect et de qui j'ai appris beaucoup sans même l'avoir connu, juste en le regardant.»

Conseillé par l'ancien botteur des Alouettes de Montréal Don Sweet depuis 2013, Milo est maintenant à même de juger de l'importance d'un entraîneur spécifique à la position.

«Les personnes qui sont en place [dans les équipes de la LCF] n'ont pas nécessairement les connaissances nécessaires pour t'aider à traverser des passes plus difficiles. C'est pour ça que je travaille avec coach Sweet, qui est en Colombie-Britannique. On ne se voit pas souvent, mais on se parle à toutes les semaines. Lui, il est capable de me dire, juste à me voir jouer, de travailler sur ceci ou cela. Il voit les petits détails que les autres coachs ne voient pas», estime-t-il.

Plus de ressources

Milo croit d'ailleurs que ce type d'accompagnement plus personnalisé devrait être accessible aux joueurs dès le début de leur carrière.

En 2008, avec le Rouge et Or, Christopher... (Photothèque Le Soleil) - image 8.0

Agrandir

En 2008, avec le Rouge et Or, Christopher Milo a réussi 25 placements, un record canadien.

Photothèque Le Soleil

«Une fois dans la LCF, tu es supposé avoir toutes les ressources nécessaires, mais il faudrait que ça se fasse plus jeune. Il faudrait que le développement se passe plus jeune. Et ensuite, tu maintiens ces relations-là avec les gens qui t'aident à garder ta confiance et tes habiletés quand tu arrives chez les pros.»

Parce que même dans la LCF, aucune équipe n'a pour l'instant d'entraîneur des botteurs. Une fonction qui existe toutefois chez nos voisins du Sud.

«Tous les autres joueurs ont un coach de position, à part nous autres. On a un coach des unités spéciales, qui connaît bien les unités spéciales, et sait ce qu'il attend de son botteur, mais pas nécessairement comment gérer le mental, la technique, et comment faire des ajustements. On peut juste compter sur nous autres. C'est pourquoi je maintiens de belles relations avec les botteurs dans la ligue. On parle assez fréquemment et on s'encourage là-dedans...»

***

Un règlement qui handicape

Les dirigeants des équipes de la LCF ont désormais tendance à préférer des botteurs américains aux botteurs canadiens, ce qui expliquerait en partie pourquoi Christopher Milo se retrouve présentement sans boulot. «Ils ont amené des changements en ce qui a trait aux bottés de dégagement. Les cinq joueurs intérieurs ne peuvent pas partir tant que le ballon n'est pas botté. Ils cherchent donc plus de temps de suspension et ils pensent que les Américains sont meilleurs pour faire ça, parce qu'ils sont entraînés pour faire ça», raconte-t-il.

Milo est toutefois convaincu que des botteurs ayant évolué dans le système canadien toute leur carrière sont plus en mesure de faire les ajustements nécessaires. «Quand on en vient à cet aspect-là, on connaît la game. On est plus directionnels, comparativement aux Américains, qui mettent le ballon dans les airs et ont le fair catch, ce que nous on n'a pas», note-t-il.

Sur le plan personnel, Milo ne considère pas être désavantagé par le nouveau règlement. «Je n'ai peut-être pas le meilleur temps de suspension au monde, mais quand je suis au milieu du terrain, je vais sortir le ballon à la ligne de 15 ou de 10. Je suis capable de faire les bottés nécessaires pour aider l'équipe. À la fin de la journée, c'est ce qui compte.»




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer