PyeongChang en quête d'attention

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Une photo aérienne prise le 30 avril montre le stade temporaire, qui sera prêt en septembre, dans lequel auront lieu les cérémonies d'ouverture et de fermeture des Jeux olympiques de PyeongChang, qui a essuyé deux refus avant d'obtenir les Jeux.

AFP, Ed Jones

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(PyeongChang) PREMIER DE DEUX / Aux abords de l'autoroute reliant la capitale Séoul, au nord-est de la Corée du Sud, les grandes lettres blanches plantées à flanc de montagne semblent sortir de nulle part. «PyeongChang 2018», peut-on lire. Autour, des montagnes à perte de vue, quelques fermes et des champs sillonnés par des routes de terre. Bienvenue dans la plus petite ville hôte des Jeux olympiques depuis Lillehammer, en 1994.

«PyeongChang a été très patiente dans sa poursuite des Jeux olympiques. Rares sont les villes qui auraient posé une troisième candidature consécutive après deux échecs», lance Songjae Lim, responsable des communications au Comité organisateur des Jeux olympiques de PyeongChang (COJOP). 

Il se tient dans l'entrée d'un petit musée interactif dédié aux Jeux à venir. Derrière lui est affiché le carton dévoilé par l'ex-président du Comité international olympique (CIO) Jacques Rogge, en 2011, au moment d'annoncer la ville hôte des Jeux olympiques d'hiver de 2018.

Parler de ville hôte n'est pas tout à fait approprié, en Corée du Sud. Le 9 février 2018, c'est en fait le comté de PyeongChang et ses 44 000 habitants répartis dans divers villages aux creux de montagnes aux sommets enneigés qui s'ouvriront au monde. Une ville côtière voisine, Gangneung, accueillera les épreuves intérieures, le hockey et le patinage en tête de liste. 

Si le CIO a tardé à être conquis par la candidature sud-coréenne, force est d'admettre que le comté a réussi à éviter plusieurs des obstacles et critiques rencontrés par ses prédécesseures. Contrairement à Rio et à Sotchi, il n'a jamais été question de droits de l'homme bafoués ou d'évictions forcées. À moins de neuf mois des Jeux, la construction ou rénovation de 10 des 12 installations sportives nécessaires à la tenue des Jeux est déjà terminée. La piste de bobsleigh et la station de ski Jeongseon seront achevées d'ici peu.

Pour le reste, les chantiers toujours en cours sont ce que le COJOP appelle «les installations de non-compétition». Un peu partout dans la région poussent des hôtels, des routes et des tunnels traversant les montagnes. 

Le rail du nouveau train à grande vitesse qui reliera Séoul à PyeongChang est posé, et le train devrait être opérationnel en juin. Des tests seront effectués durant six mois avant l'ouverture officielle, en décembre.

Le stade temporaire dans lequel auront lieu les cérémonies d'ouverture et de fermeture sera pour sa part achevé en septembre. «Ce n'était pas sensé d'avoir un stade de 30 000 places dans un village de moins de 10 000 habitants. On va garder une partie du stade comme musée et legs des jeux, mais la plupart des sièges seront enlevés», explique la porte-parole du COJOP, Nancy Park. 

Appui à 96 %

Alors que les dernières années ont vu la population de diverses grandes villes occidentales se mobiliser contre une candidature olympique, la province de Gangwon, où se trouve PyeongChang, était à 96 % derrière le dépôt de la troisième et dernière candidature pour obtenir le grand rendez-vous planétaire. 

«Beaucoup de Coréens ont encore un souvenir très positif des Jeux de Séoul», explique Alan Bairner, professeur à l'Université Loughborough, en Angleterre, spécialiste de la question du legs olympique. «Ils sont fiers d'être une grande nation olympique. Ils tiennent à présenter leur pays positivement aux yeux de la planète en s'impliquant dans l'administration du CIO et en accueillant les Jeux. C'est un sentiment qui a pratiquement disparu dans tous les pays occidentaux et qui est important dans l'organisation des Jeux.»

Dans les rues et commerces de PyeongChang, les gens font écho aux propos de l'expert. Certes, on se questionne sur le budget total de plus de 16 milliards $CAN et sur l'avenir de certaines installations, mais presque indéniablement, les habitants se disent fiers d'accueillir les Jeux.  

Dans la capitale Séoul, qui abrite la moitié de la population sud-coréenne, le discours est un peu différent. Pas que les Jeux soient une mauvaise chose. «Mais en ce moment, ici, les Olympiques, tout le monde s'en fout», explique Daniel, un Anglais habitant la métropole sud-coréenne depuis plus de sept ans.

«Il est essentiel d'augmenter le profil national et international de PyeongChang 2018 pour générer plus d'intérêt et d'enthousiasme», prévenait en octobre Gunilla Lindberg, présidente de la commission de coordination du CIO pour les Jeux de PyeongChang. C'était avant même que diverses tuiles ne viennent s'abattre sur la tête du comité organisateur.

Un «C» majuscule

PyeongChang a difficilement attiré l'attention des Occidentaux depuis qu'elle s'est vue décerner les Olympiques. Fatiguée de voir le comté confondu à l'international avec la capitale nord-coréenne Pyongyang, la province de Gangwon a même changé en 2016 l'orthographe de «Pyeongchang» ajoutant un «C» majuscule. 

Alors que plusieurs des épreuves olympiques se dérouleront de nuit en Amérique du Nord, fuseaux horaires obligent, le COJOP ne pourra vraisemblablement pas compter sur les joueurs de la LNH pour river Canadiens et Américains à leurs téléviseurs. Il faut toutefois voir PyeongChang comme un investissement pour le CIO, rappelle Nancy Park, mentionnant les trois éditions consécutives des Jeux olympiques en Asie, avec Tokyo 2020 et Pékin 2022. 

«Le mouvement olympique tente de rejoindre un public plus large. Il ne faut pas oublier que c'est seulement la troisième fois que les Olympiques d'hiver auront lieu en Asie. Nous pensons être capables de développer de nouveaux marchés pour les sports d'hiver.»

En ce sens, le peu d'intérêt des Occidentaux à moins d'un an des Jeux ne tracasse pas le comité organisateur outre mesure. Là où cela se complique, c'est dans sa cour, en Corée du Sud.

À Séoul, l'automne 2016 a été marqué par des manifestations monstres. Des millions de Sud-Coréens sont descendus dans les rues pour demander la démission de la présidente Park Geun-hye, accusée d'avoir orchestré avec sa meilleure amie un vaste système de pots-de-vin auprès des plus grandes entreprises du pays. Elle est désormais derrière les barreaux, accusée de corruption et d'abus de pouvoir.

Précipités en élections, les Sud-Coréens se sont rangés le 9 mai derrière Moon Jae-in. L'ex-activiste des droits de l'homme milite depuis longtemps pour de meilleures relations avec la Corée du Nord et il a publiquement dénoncé le fait que Donald Trump n'ait pas consulté la Corée du Sud avant d'envoyer un porte-avion dans les eaux de la péninsule, en avril. Son arrivée au pouvoir ajoute une nouvelle dimension à la relation à couteaux tirés entre les États-Unis et le régime de Kim Jong-un.

Dans ce contexte, difficile de diriger l'attention de la population vers les Olympiques, admet Nancy Park. «Les gens n'arrêtent jamais vraiment de parler de politique», laisse tomber la porte-parole du COJOP.  

Elle assure toutefois que les gradins ne seront pas vides. Après la première ronde de vente, début mai, seulement 162 000 des 600 000 billets que le COJOP espère écouler en Corée du Sud avaient trouvé preneurs. La demande est élevée pour les épreuves de patinage de vitesse courte piste et artistique, deux sports où excellent les athlètes coréens, mais très faible en ski de fond et en biathlon, par exemple. 

Spectre de la corruption

Le scandale de corruption sud-coréen a-t-il étendu ses tentacules jusqu'aux contrats d'infrastructure olympiques? La question se pose. Nommé président du COJOP en 2014, l'homme d'affaires Cho Yang-ho a brusquement remis sa démission, en mai dernier. Il justifiait alors sa décision par son désir de se consacrer à part entière à l'une de ses entreprises, Hanjin Shipping, qui connaissait des soucis financiers.

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Les mascottes des Jeux

En janvier, toutefois, l'équipe du procureur indépendant chargé d'enquêter sur le scandale de corruption sud-coréen révélait que M. Cho aurait plutôt refusé d'octroyer un contrat d'infrastructure à une firme suisse proche de la présidente Park. Cette dernière aurait ensuite ordonné son congédiement, maquillé en démission. Une source à l'intérieur du Comité organisateur a corroboré au Soleil cette version des faits, décrivant le travail de l'ex-président du COJOP comme un sacrifice pour éviter que les Jeux soient contaminés par la corruption. 

Une chose est sûre, le travail pour trouver des commanditaires s'est complexifié pour le COJOP, ces derniers mois, après que plusieurs hauts placés du ministère de la Culture et du Sport aient été arrêtés ou interrogés par les autorités.

À lire demain : la loi de la FIS




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