L'architecte sud-coréen

L'ex-défenseur de la LNH, Jim Paek (à droite),... (AP, Shuji Kajiyama)

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L'ex-défenseur de la LNH, Jim Paek (à droite), est l'architecte de l'équipe nationale sud-coréenne depuis 2014. Le hockey, selon lui, colle parfaitement à la personnalité coréenne avec son côté agressif, excitant et rapide.

AP, Shuji Kajiyama

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<p>Guillaume Piedboeuf</p>
Guillaume Piedboeuf

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Séoul) Quarante-six ans après avoir quitté la Corée du Sud et deux Coupes Stanley plus tard, l'ex-défenseur Jim Paek a reçu un appel inattendu en 2014: accepterait-il de devenir l'architecte de l'équipe nationale de hockey de sa terre natale en prévision des Jeux olympiques de 2018 à Pyeongchang? Revivez sa course contre la montre.

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Jim Paek

«Tu ne t'entraînes pas pour perdre. Pourquoi jouer si tu ne crois pas que tu vas gagner?»

Jim Paek, l'architecte du hockey sud-coréen, est assis en bordure de la patinoire, mi-avril, à l'aréna d'Anyang, en banlieue sud de Séoul. Il discute de sa philosophie, des Olympiques à venir et du chemin parcouru par l'équipe nationale depuis qu'il en a pris la barre.

Au bout d'une vingtaine de minutes, il commence à jeter des coups d'oeil rapide à sa montre. Ses joueurs sont prêts à fouler la patinoire, mais le trafic de Séoul a retardé son arrivée à l'aréna. Il s'efforce de rapidement terminer l'entrevue prévue. Il n'a pas une minute d'entraînement à perdre. 

Le trafic de Séoul, Paek n'y est pas encore tout à fait habitué. Ses parents ont quitté la capitale sud-coréenne pour Toronto quand il avait un an, en 1968. Pendant qu'il faisait son chemin du hockey mineur ontarien à l'équipe nationale canadienne, puis vers une longue carrière professionnelle et deux Coupes Stanley, sa Corée du Sud natale passait en une trentaine d'années d'un des pays les plus pauvres de la planète à une puissance économique mondiale.  

C'est ce pays transformé qu'il a retrouvé, en 2014. Paek n'a pas oublié ses racines, mais il admet qu'il ne parle toujours pas très bien coréen, deux ans et demi après son retour. C'est qu'il est d'abord et avant tout ici pour parler sa langue à lui, celle du hockey. 

Un appel qui a tout changé

N'eût été un appel qu'il n'attendait pas, en 2014, Paek serait probablement encore au Michigan à entraîner les futures vedettes de l'organisation des Red Wings. L'ancien défenseur des Penguins de Pittsburgh a été nommé entraîneur adjoint chez les Griffins de Grand Rapids, dans la Ligue américaine, en 2005, à peine deux ans après avoir accroché ses patins.

Il était toujours en poste en 2014, lorsque son téléphone a sonné. Hôte des JO de 2018, la Corée du Sud n'avait pas encore de garantie de participer au tournoi de hockey olympique. Pour convaincre la Fédération internationale que la formation coréenne pourrait rivaliser avec les meilleures nations, le pays devait présenter un plan clair afin de hausser le calibre de son équipe d'ici les Jeux. Surtout, on devait dénicher un homme de confiance pour piloter ce plan.  

Quarante-six ans après son départ, sa terre natale voulait rapatrier Paek pour diriger l'équipe nationale. «Ça n'a pas été une décision facile. J'avais une autre saison à mon contrat avec les Red Wings et ma famille était établie depuis longtemps à Grand Rapids. Au final, c'est ma femme qui m'a dit que je ne pouvais pas décliner, que c'était l'occasion d'une vie.»

Paek a donc fait ses bagages pour Séoul. Un autre adjoint chez les Griffins, Spiros Anastasiadis, a accepté de l'épauler dans ses nouvelles fonctions, tout comme son ami Richard Park. 

«Richard est la première personne que j'ai appelée après avoir accepté le poste», explique Paek au sujet de celui qui est également né à Séoul, pour ensuite grandir aux États-Unis et faire son chemin jusqu'à la LNH. «Je voulais garder notre personnel d'entraîneurs le plus coréen possible, mais nous avions besoin d'expérience.»

La marche vers les JO

Vendredi, la Corée du Sud a réalisé une grande première lorsqu'elle a obtenu sa qualification pour le Mondial de 2018 grâce à une victoire en fusillade contre l'Ukraine. Tout un exploit pour ce pays de 50 millions d'habitants qui ne compte qu'environ 2500 joueurs de hockey actifs, dont 233 séniors. Au Canada, le nombre s'élève à 639 500 joueurs actifs, dont 97 000 séniors. 

Quand on lui demande ce qu'il pensait de sa formation, alors classée 23e mondiale, lors du premier entraînement qu'il a dirigé, Paek se montre diplomate. «Je savais qu'il y avait suffisamment de vitesse et de talent brut dans l'équipe. Il fallait seulement implanter une certaine structure. Depuis le jour 1, le mot d'ordre est de devenir meilleur chaque jour, chaque fois que l'on foule la glace. Tu dois être fier de représenter ton pays.»

Piliers de la formation nationale depuis une décennie, les frères Kisung et Sang wook Kim, surnommés par certains «les frères Sedin sud-coréens», avouent avoir vu une différence immédiate. «Avant que Jim n'arrive, quand on jouait contre de bonnes équipes, on perdait tous nos moyens. On ne savait plus quoi faire. Maintenant, on sent qu'on peut jouer à notre façon, même contre les meilleurs», explique Sang wook Kim.

Kisung et Sang wook Kim... (Le Soleil, Guillaume Piedboeuf) - image 3.0

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Kisung et Sang wook Kim

Le Soleil, Guillaume Piedboeuf

Afin de décomplexer les siens, le grand manitou de l'équipe nationale a même fait jouer ses contacts dans la LNH afin d'envoyer quelques joueurs coréens participer aux camps de développement des Stars de Dallas et des Red Wings de Detroit, lors des deux dernières années. «Je voulais qu'ils voient quel est le niveau de jeu en Amérique du Nord. Ils avaient besoin de réaliser qu'ils ne sont pas si loin de ces gars-là. Une grosse partie du hockey, c'est la confiance.»

Des renforts canadiens

Pour hausser le calibre du hockey sud-coréen, toute la structure de développement des joueurs est à changer. Ce travail de longue haleine s'amorcera davantage en 2018, fort de la vitrine qu'aura eue le sport durant les Jeux. Pour permettre à son équipe de rivaliser avec les meilleurs pays au monde en seulement quatre ans, Paek avait donc besoin de renforts. 

Avant même son arrivée, la Corée du Sud avait naturalisé un premier joueur canadien, Brock Radunske, un ancien espoir des Oilers. Le grand blond aux yeux bleus est surnommé «Canadian big beauty» par les partisans sud-coréens.

Depuis 2008, Radunske faisait la pluie et le beau temps chez le Halla de Anyang, dans la Ligue de hockey d'Asie. Le circuit professionnel compte neuf équipes de Corée du Sud, de Chine, du Japon et de Russie. Anyang est triple championne en titre de la ligue et aligne une quinzaine de joueurs actuels de l'équipe nationale sud-coréenne. À la suite à l'arrivée de Paek, cinq autres Canadiens et un Américain venus jouer pour le Halla où leurs rivaux de Gangwon, au nord-est de la Corée du Sud, ont obtenu le même privilège que Radunske. À moins d'une blessure, ils enfileront tous le maillot sud-coréen à Pyeongchang, en février prochain.

Dans un pays historiquement très protecteur de sa nationalité, ce n'est pas une mince affaire que d'avoir donné sept passeports à des Nord-Américains ne possédant aucun lien familial avec la Corée du Sud. «Les joueurs ont mérité un passeport en travaillant fort pour apprendre la culture coréenne et intégrer la société. On doit faire attention avec cela, mais en même temps, il faut commencer quelque part. Quand davantage de joueurs d'origine coréenne seront prêts à jouer, ils joueront.»

Pour l'instant, les «vrais» Coréens de l'équipe nationale sont les premiers à bénéficier de la présence de leurs nouveaux coéquipiers, assure Paek. «Quand tu es entouré de meilleurs joueurs, tu deviens meilleur.»

«Ils amènent une expérience que l'on n'avait pas», reconnaît le vétéran attaquant Kisung Kim. Il cite en exemple le défenseur Alex Plante, un colosse manitobain de 6'4" et de 230 livres ayant disputé une dizaine de parties dans la LNH. «Quand tu n'as pas l'habitude d'aller récupérer une rondelle dans le coin contre un gros défenseur, c'est difficile de le faire dans un tournoi international.» C'est que parmi la vingtaine de joueurs coréens de l'équipe, seulement deux mesurent plus de six pieds. 

Du groupe de Nord-Américains greffés à l'équipe, nul n'est plus important que le gardien de but Matt Dalton. L'Ontarien de 30 ans est notamment passé par la Ligue américaine et la KHL avant de débarquer à Anyang, en 2014. Il a depuis reçu le titre de joueur le plus utile des séries éliminatoires lors des deux dernières conquêtes du championnat de la Ligue d'Asie.

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Matt Dalton

Dalton ne connaissait même pas l'existence de la ligue avant qu'un joueur d'origine coréenne avec qui il s'entraînait en Ontario, à l'été 2014, lui en parle. «Je cherchais quelque chose de nouveau après quelques années en Russie, j'ai décidé d'essayer.» La possibilité de jouer aux Olympiques a également pesé dans la balance. Quelques années plus tard, le gardien assure qu'il préfère de loin sa vie coréenne à celle qu'il avait en Russie. Il faut dire qu'avec des salaires dans les six chiffres pour une saison régulière de 48 matchs, la plupart des joueurs «étrangers» de la Ligue d'Asie ne sont pas à plaindre financièrement. 

«Le début de quelque chose de grand»

Placée dans le même groupe que le Canada, la République tchèque et la Suisse, la Corée du Sud ne l'aura vraiment pas facile en ronde préliminaire, aux JO de Pyeongchang. L'absence annoncée des joueurs de la LNH ne change rien aux yeux de Paek, outre le fait que ses joueurs et lui sont déçus de ne pas pouvoir se mesurer aux Sidney Crosby et Carey Price de ce monde. 

«Ce ne sera pas plus facile pour nous. Le Canada pourrait former 10 équipes olympiques. Des pays comme la Russie et la Suède seront encore loin devant. La compétition va être furieuse.»

L'entraîneur n'a pas d'objectif précis, mais ne comptez pas sur lui pour s'avouer vaincu d'avance. «Est-ce qu'on peut avancer dans le tournoi? Absolument. Pourquoi pas? Le hockey est un sport amusant. Tu ne sais jamais ce qui peut arriver.»

Pour qu'un miracle se produise, Dalton devra en mener large, admet Paek. «Tu regardes l'histoire du tournoi olympique ou des séries LNH, l'équipe qui a le gardien le plus en feu l'emporte. Un gardien de but doit te voler des matchs.»

Si sa formation vole effectivement quelques matchs, on peut s'attendre à un effet monstre en Corée du Sud, assure le pilote. «Si nous connaissons de grands succès, le hockey va se développer de folle façon, ici. Le sport colle parfaitement à la personnalité coréenne avec son côté agressif, excitant et rapide.»

Peu importe les performances de son équipe, Paek est convaincu de jeter des bases qui changeront à long terme le visage du hockey sud-coréen. «J'espère que dans 20 ans, les joueurs qui vont vivre cette expérience olympique auront pris le contrôle du hockey coréen et transmis leurs apprentissages à la prochaine génération. Ces joueurs savent qu'ils sont excessivement importants pour l'avenir. 2018, ce n'est pas une finalité. C'est le début de quelque chose de grand.»

Les renforts

Les sept hockeyeurs nord-américains qui ont obtenu la citoyenneté sud-coréenne en vue des Jeux olympiques de Pyeongchang en 2018.

Brock Radunske: centre, 34 ans

  • Ville d'origine: Kitchener, Ontario
  • Plus haut niveau atteint : LAH, Griffins de Grand Rapids
  • Équipe actuelle: Halla d'Anyang depuis 2008

Michael Swift: centre/ailier gauche, 30 ans

  • Ville d'origine: Peterborough, Ontario
  • Plus haut niveau atteint: LAH, Devils d'Albany
  • Équipe actuelle: High1 de Gangwon depuis 2011

Mike Testwuide: ailier droit, 30 ans

  • Ville d'origine: Vail, Colorado
  • Plus haut niveau atteint: LAH, Phantoms d'Adirondack
  • Équipe actuelle: Halla d'Anyang depuis 2013

Alex Plante: défenseur, 27 ans

  • Ville d'origine: Brandon, Manitoba
  • Plus haut niveau atteint: LNH, Oilers d'Edmonton
  • Équipe actuelle: Halla d'Anyang depuis 2015

Brian Young: défenseur, 30 ans

  • Ville d'origine: Ennismore, Ontario
  • Plus haut niveau atteint: LNH, Oilers d'Edmonton
  • Équipe actuelle: High1 de Gangwon depuis 2010

Eric Regan: défenseur, 28 ans

  • Ville d'origine: Ajax, Ontario
  • Plus haut niveau atteint: LAH, Crunch de Syracuse
  • Équipe actuelle: Halla d'Anyang depuis 2015

Matt Dalton: gardien de but, 30 ans

  • Ville d'origine: Clinton, Ontario
  • Plus haut niveau atteint: LAH, Bruins de Providence
  • Équipe actuelle: Halla d'Anyang depuis 2014




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