Patrice Drouin, la force tranquille

Le président de Gestev, Patrice Drouin, entouré de... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Le président de Gestev, Patrice Drouin, entouré de ses chiens Latté et Nicky lors d'une sortie en vélo sur sa terre à Saint-Ferréol-les-Neiges.

Le Soleil, Yan Doublet

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Depuis plus de 25 ans, il bâtit son entreprise et sa réputation d'un même élan. Son bébé, Gestev, compte maintenant plus d'une centaine d'employés et multiplie les organisations d'événements sportifs à succès, à Québec comme ailleurs. Le Soleil a rencontré Patrice Drouin chez lui, à Saint-Ferréol-les-Neiges. Une grande terre en forme de petit paradis, qui a toutes les allures d'un terrain de jeu pour ce bourreau de travail.

Le coup d'oeil en vaut la peine. Depuis sa demeure, Patrice Drouin profite d'une vue à plus de 180° sur les Laurentides, le mont Sainte-Anne en vedette. Là où, d'un point de vue professionnel, tout a commencé pour lui.

Sa conjointe suédoise Lisa, son fils de quatre ans Félix et lui habitent une lumineuse grange transformée en résidence. Une petite maison secondaire et une autre grange complètent le décor architectural du coeur de cet immense terrain de plus de 80 hectares.

Six chevaux, dont un mastodonte de 2200 livres, se promènent lentement dans leur grand enclos. Deux chiens magnifiques gambadent un peu partout, à la fois souverains et obéissants. L'hiver, Drouin chausse ses skis de fond pour de longues randonnées en passant par les terres voisines. L'été, il pêche dans la rivière Sainte-Anne, toujours sur ses terres.

Ce havre de paix, à la fois rustique et cossu, sied parfaitement à l'homme derrière le Vélirium, le Crashed Ice, le Jamboree et la Coupe du monde de ski de fond. «Ça me sert énormément à me ressourcer», dit de sa voix grave cet entrepreneur aux journées «vraiment, vraiment occupées».

Comme son domaine, l'homme de 56 ans dégage un calme désarmant. Difficile de l'imaginer perdre son sang-froid. Même pour ses proches.

«Je ne connais personne de plus patient que Patrice Drouin. C'est incroyable», souligne sa comparse depuis plus de 30 ans, Chantal Lachance, qui a d'ailleurs grandi tout près de chez son associé. «C'est le gars le plus calme que je connaisse», lance en écho son ami Yves Blouin, au cours d'une conversation différente.

«Pour me choquer et élever la voix, ça en prend pas mal», confirme le principal intéressé. «Parce que je suis persistant. Parce que quand quelque chose ne va pas, j'essaie de ne pas la laisser aller trop loin. Parce que trop loin peut avoir des conséquences. [...] Dans ma position, si je m'excite et que je lève le ton, ça dégage sur tout le monde. Je n'ai pas l'intention de faire ça.»

Lachance doit fouiller dans ses souvenirs pour trouver un moment où la tension a monté entre eux. Elle se souvient d'une vive discussion de 10 minutes, il y a plus de 15 ans... Et c'est tout.

Blouin, président de la Corporation Événements d'été de Québec, décrit Drouin comme un pince-sans-rire «extraordinaire», un homme «très analytique» aux forts talents de négociateur.

L'efficacité du promoteur s'est bâtie en créant - et en entretenant - des liens aux quatre coins du monde. Avec les responsables de différentes fédérations sportives. Avec les représentants des villes. Avec des dirigeants d'entreprises. Il a plus de 2000 numéros de téléphone dans son bottin. Des décideurs. Des gens de pouvoir.

Maniaque de sport

Il en a fait du chemin, le petit garçon de L'Ange-Gardien né dans une famille «modeste». Son enfance ressemble à plusieurs autres. Une soeur plus vieille, une autre plus jeune. Un père entrepreneur en construction, une mère à la maison. Des voyages dans le Maine et en Gaspésie.

Et un petit boni aux grands effets. «Mon père aimait beaucoup le sport. C'est lui qui m'a amené au mont Sainte-Anne la première fois, j'avais cinq ans. Je peux te dire qu'à L'Ange-Gardien, il n'y avait pas beaucoup de monde qui faisaient du ski. C'était plutôt réservé à une certaine élite de Québec et aux locaux de Beaupré et Saint-Ferréol», relate Drouin.

Il devient maniaque de sport à son tour : ski alpin, skateboard, crosse, hockey, basketball, volleyball, cross-country. Un touche-à-tout qui cherche d'abord à s'amuser. «Je faisais ça pour la participation. Courir avec un dossard, pour moi, ce n'est pas ce qui était important. Je m'amusais, et c'est encore ça qui compte. Je n'ai jamais aspiré à devenir un champion.»

Après son secondaire à Beaupré, il étudie en administration au Cégep Limoilou et travaille comme pisteur au mont Sainte-Anne en parallèle, puis à temps plein après l'obtention de son DEC.

Patrice Drouin et Vilde, un mastodonte de 2200 livres... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 2.0

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Patrice Drouin et Vilde, un mastodonte de 2200 livres

Le Soleil, Yan Doublet

La révélation du vélo de montagne

En 1979, il part trois ans à Whistler. C'est là, dans ce paradis du ski alpin, qu'il découvre un sport tout nouveau, tout beau : le vélo de montagne. «Ç'a changé le cours de ma vie un peu. J'ai vu ce sport-là et ça m'a donné plein d'idées. C'était comme une révélation : "On va faire quelque chose avec ça. Ça ne sera pas juste une mode"», raconte-t-il.

Plein d'idées, en effet. De retour à Québec, il lance Vélo Caméléon, une boutique rue Saint-Paul consacrée à ce nouveau sport. Avec un groupe d'amis - dont le skieur et cycliste Pierre Harvey, qui lui sert d'ambassadeur -, il fonde aussi l'Association québécoise du vélo de montagne, qui deviendra fédération, l'une des premières du genre dans le monde.

Il organise des courses, défriche des sentiers. Bâtit son expertise. À tel point qu'il participera aussi à la création des instances canadiennes et internationales. Comme délégué technique de la Fédération internationale amateur de cyclisme, l'ancêtre de l'Union cycliste internationale, il est au milieu de l'action lors de la mise sur pied d'une Coupe du monde de vélo de montagne, en 1991. Sa présence fait de Québec un choix logique pour accueillir une étape.

«Les premiers événements, je pouvais autant planter des piquets dans la montagne qu'accueillir le président de la Fédération internationale. C'était très varié», se rappelle Drouin en riant.

C'est au coeur de ces années formatrices qu'il fait la connaissance d'une sauveteuse de 20 ans, Chantal Lachance, sur le bord de la piscine du Château Mont-Sainte-Anne. Une rencontre qui allait changer leur vie... Et transformer le visage sportif de la région de Québec.

***

De la piscine au quatre et demi...

Chantal Lachance a cofondé Gestev avec Patrice Drouin... (Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche) - image 4.0

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Chantal Lachance a cofondé Gestev avec Patrice Drouin et est maintenant vice-présidente marketing et opérations.

Photothèque Le Soleil, Patrice Laroche

Même si Gestev a grandi à Québec, l'idée de créer l'entreprise est née à Montréal, en 1991. Dans le petit quatre et demi qu'habitait Patrice Drouin, alors employé de la station de ski Bromont.

La cofondatrice Chantal Lachance y était. Au milieu des années 80, Drouin et elle avaient fait connaissance au pied des pentes du mont Sainte-Anne. «La piscine que j'ai surveillée pendant trois ans était à côté de son bureau», raconte-t-elle. «Patrice est venu manger sur le bord de la piscine et on s'est mis à jaser. Il m'a dit qu'il avait une boutique de vélo. Je lui ai dit : "Justement, je veux changer mon vélo." Ç'a pris, je pense, 20 minutes ou une demi-heure avant qu'on se rende compte que moi, je voulais un vélo de route et que lui était en train de me vendre un vélo de montagne», rigole Lachance.

La communication entre eux s'améliore rapidement. Lachance devient bénévole et commissaire de course pour les compétitions organisées par Drouin. Elle se retrouve dans le «noyau dur» de l'équipe. Leur chimie est bonne, leur amitié déjà solide. Lachance présente sa meilleure amie Isabelle à Drouin : elle deviendra la mère de ses deux premiers enfants, qui ont aujourd'hui 24 et 22 ans.

Lorsqu'ils se retrouvent assis sur le plancher du salon de Drouin, un dimanche matin, les deux amis viennent d'accepter l'organisation d'une Coupe du monde de vélo de montagne au mont Sainte-Anne en 1991 et des Mondiaux à Bromont en 1992.

«On déjeunait et on se demandait quoi faire avec tout ça», se souvient Lachance. «Je travaillais 60 heures par semaine. Patrice travaillait énormément aussi. Et là on se rendait compte qu'il fallait livrer une Coupe du monde dans moins d'un an. Et on n'avait pas le temps. C'est là qu'on a décidé de partir Gestev et de laisser nos deux jobs

«Un peu inconscients»

Sans aucune ambition à long terme. À ce moment, les nouveaux associés ne voient pas plus loin que les Mondiaux, prévus en septembre 1992. Ils ont 25 et 29 ans. «On s'est dit : "Pas grave, on verra ce qui arrivera." Je pense qu'on était un peu inconscients», remarque Lachance en souriant.

Des débuts enrichissants sur le plan professionnel, mais ardus sur le plan financier. «Avant que Patrice et moi on ait un salaire décent, ç'a pris une dizaine d'années. Les deux premières années, je pense qu'on s'accordait 800 $ par mois», ajoute Lachance. Leurs premiers employés gagnaient plus cher qu'eux!

Ils poursuivent l'aventure malgré tout, organisant des courses aux quatre coins du monde pendant quelques années, puis diversifiant les activités à Québec. Le Jamboree de surf des neiges, le Crashed Ice et la Coupe du monde de ski de fond s'ajoutent à leurs réalisations, qui incluent aussi 10 Fêtes de la Nouvelle-France et les deux dernières Transat Québec-Saint-Malo.

«Tout ça est arrivé de façon naturelle», relate Drouin. «Mais Chantal et moi, on ciblait des sports non olympiques qui avaient un potentiel olympique. D'être au début du mouvement et de contribuer à cet essor-là et aux résultats qui allaient en découler...»

«Une équipe formidable»

Le vélo de montagne et le big air représentent de belles réussites en ce sens. Le Crashed Ice a aussi des visées olympiques, dit Drouin. Depuis 2013, Gestev appartient à Québecor, une alliance qui a permis à son entreprise de déployer ses ailes davantage, selon lui.

Résumé grossièrement, lui s'occupe du développement, elle des opérations. Lachance s'émerveille du chemin parcouru, mais elle se réjouit davantage d'avoir pu faire cette route avec un tel allié.

«La beauté de tout ça, c'est qu'on est partis comme amis, et qu'on est toujours des amis. On s'appelle les fins de semaine, on fait des voyages ensemble...», lance-t-elle dans une salle de réunion des nouveaux et vastes bureaux de Gestev, boulevard Charest. «On est encore une équipe formidable.»




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