Du gazon de Limoilou à la MLS

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Il vient d'une famille de musiciens. Son grand-père était l'organiste des Nordiques, au Colisée. Mais lui, son instrument, c'est le ballon rond. Du gazon de Limoilou aux pelouses des grands stades de la MLS, Anthony Jackson-Hamel est devenu un virtuose dans l'art de marquer des buts sur un terrain de soccer. Rencontrez le numéro 24 de l'Impact de Montréal.

«Je vais m'en rappeler toute ma vie.» Samedi 23 août 2014, Red Bull Arena. «J'entre dans le match et à ma première action, je reçois un ballon dos au jeu. Aussitôt, j'ai quelqu'un qui me tacle par-derrière. Je tombe, me relève et me retourne pour voir son numéro...» Le fameux 14. «C'est Thierry Henry! Je suis comme... Wow!»

Anthony Jackson-Hamel venait de vivre son baptême du soccer professionnel. En fait, c'était son troisième match avec l'Impact, entré à la 81e minute d'un revers de 4-2 contre les Red Bulls de New York.

Pour le p'tit gars de Limoilou qui a toujours idolâtré la vitesse, la puissance et l'élégance du Titi d'Arsenal et du FC Barcelone, c'était surréel.

Le voilà à sa quatrième campagne avec le grand club. L'Impact ouvre sa saison locale samedi soir au Stade olympique, contre Seattle. Jackson-Hamel a marqué deux fois en matchs préparatoires, contre DC United et Philadelphie. Le Soleil l'a rencontré lors du dernier entraînement présaison à Montréal, début février.

«Les attaquants de puissance m'ont toujours impressionné», avoue celui qui a démontré de belles qualités de buteur dès son tout jeune âge, avec le club Québec-Centre.

Outre Henry, il y a aussi et surtout eu Didier. Drogba. Mais Jackson-Hamel l'appelle Didier. Et Drogba l'appelait sûrement Jackson. Pas par condescendance, mais parce que tout le monde l'appelle comme ça. Depuis qu'il est tout jeune. «Il y a du monde qui ne sait même pas que je m'appelle Anthony», confie-t-il.

Durant l'année et demie que Drogba a passée à Montréal, Jackson-Hamel l'a suivi de près. D'abord à l'entraînement, puisqu'ils occupaient la même position, puis à l'extérieur du terrain.

«Quand on m'a dit qu'il allait jouer ici, j'étais aussi content, ou peut-être même plus, que quand on m'a dit que j'allais être professionnel. Ça m'a fait le même effet!» raconte le jeune homme, qui vénérait le Drogba de Chelsea.

«C'est un joueur que je regardais à la télé depuis que j'étais jeune, que je voyais jouer dans les finales de la Ligue des champions. Et tout à coup, ça devient quelqu'un que tu côtoies régulièrement et que tu vois aussi à l'extérieur du terrain. C'est quelque chose, c'est un drôle de sentiment. Au bout du compte, j'ai même développé une certaine relation avec lui.»

Même si la venue de Drogba avec l'Impact lui a sans doute coûté du temps d'utilisation. Au lieu de quoi, le Québécois a passé une bonne partie de la dernière saison avec l'équipe de réserve, le FC Montréal, en USL, où il a marqué neuf buts en 15 rencontres.

«De voir où ce gars-là est rendu dans sa carrière, le professionnalisme qu'il a accumulé avec l'Impact et tous les grands clubs qu'il a faits, ça m'a beaucoup apporté. Oui, il prenait peut-être du temps de jeu que j'aurais pu avoir, mais je considère cette expérience essentielle à mon développement. Des fois, juste en regardant ce qu'il faisait, c'était important. Je suis privilégié d'avoir eu la chance de jouer avec un gars comme ça», insiste-t-il.

Déraciné à 13 ans

Drogba parti, l'athlète de 23 ans de 6'1"et de 180 livres occupe maintenant le deuxième rang du schéma de l'équipe au poste d'attaquant de pointe (striker) derrière l'Italien de 32 ans Matteo Mancosu.

«Je ne le cache pas, je veux être premier attaquant de l'équipe. Que ce soit cette année ou l'année prochaine, c'est ça mon objectif», affirme sans détour celui qui écoule la dernière année de son contrat avec l'Impact.

Système dont il fait partie depuis pas moins de sept ans, un pur produit de l'Académie de l'Impact. Quelques années après que le soccer l'ait déraciné de Québec, à seulement 13 ans.

Fils unique de Marco Rodriguez Jackson et de Christine Hamel, Anthony a été élevé par sa mère. Il n'a pas gardé contact avec son père, un Dominicain.

Quand le Centre national de haute performance (CNHP) de Laval est venu le chercher dans la capitale, maman a suivi fiston dans la métropole. Pendant que la famille Hamel, dont il assure ne pas avoir hérité des dons de musicien, est toujours à Québec, le duo habite Montréal depuis plus de 10 ans.

Même que Mme Hamel hébergeait deux autres jeunes joueurs de Québec recrutés par le CNHP : Dominique Morin et Shadrack Mmunga. Avec Hugo Lapointe-Sénécal, voilà quatre anciens coéquipiers du Dynamo U-14 de Québec à avoir ensuite intégré les rangs de l'Académie de l'Impact.

Alors, pourquoi plus Jackson-Hamel? Pourquoi cet enfant à la limite hyperactif, dont la quantité d'énergie à dépenser n'avait d'égal que l'immensité d'un terrain de soccer?

«Avoir tout cet espace-là pour courir, c'était parfait pour moi!» lance-t-il en riant, disant avoir développé une réelle passion pour le ballon rond dès sa tendre enfance, même s'il a pratiqué d'autres sports.

Il y a toujours cru

Bien que le support familial a toujours été présent, les personnes tentant de le décourager d'un jour devenir joueur de soccer professionnel ne manquaient pas. «On me disait : "C'est quoi les chances? Si les gars de Montréal ne sont même pas capables de passer pro, imagine un gars de Québec."

«Mais j'y ai toujours cru, en fait», enchaîne Jackson-Hamel, avec cet éclat de conviction dans l'oeil. «C'est facile à dire maintenant. Mais si tu demandes à mes amis, à mes proches, quand j'étais jeune et qu'on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je n'avais aucune hésitation : joueur de soccer.

«Et c'est aussi ce qui m'a aidé dans les moments plus difficiles, ces dernières années. Je me disais toujours : "C'est ça que je veux faire". Ça m'a aidé. Et c'est fait!» sourit-il simplement, sans pavaner.

Fort d'un premier passage au sein de l'équipe canadienne senior, en janvier, le voilà prêt à passer à la prochaine étape et à s'imposer comme élément d'impact avec... l'Impact. 

Sur le terrain, ne perdez pas de vue ses chaussures jaunes. Son arme de prédilection actuelle pour déjouer les gardiens adverses que ce grand amateur de mode certifie porter pour le seul confort du pied et du botté.

«Il aurait pu mal virer»

Le jeune homme rencontré dans le ventre du Stade olympique de Montréal est cool, posé, un brin réservé. À l'opposé de l'enfant surexcité qu'il a été sur les terrains de Québec. «Il aurait pu mal virer», révèle néanmoins Fergus Brett.

Fergus et Olivier Brett sont les deux noms qui émergent en premier quand on demande à Anthony Jackson-Hamel de nommer les entraîneurs influents sur son parcours. Coach de père en fils, les Brett sont des figures de proue du ballon rond à Québec.

Fiston est devenu analyste soccer à RDS et au 91,9 FM à Montréal, tandis que le paternel reste impliqué auprès du club Québec-Centre et dirige sa propre Académie Pro-Foot.

«C'était un enfant qui adorait jouer au soccer, il avait beaucoup de plaisir», se remémore Brett père. «Assez jeune, il avait déjà des bonnes qualités athlétiques, beaucoup de vitesse et le sens pour marquer des buts. Mais son gros défi était de rester concentré, de focaliser sur une chose. Le jeune avait beaucoup d'énergie et il aurait pu mal virer.»

Inscrit dans un programme sport-études dès la quatrième année, le soccer lui a permis de déverser ce trop-plein de dynamisme entre les lignes blanches.

Brett fils l'a dirigé à Québec, mais aussi à Montréal, en qualité d'entraîneur adjoint au sein de l'Académie de l'Impact. Michel Fischer compte aussi parmi les coachs de la capitale qui l'ont bien conseillé.

Fergus Brett continue de le suivre et d'échanger avec lui par texto. Vont au resto quand Jackson-Hamel passe à Québec.

«Ça n'a pas toujours coulé comme il l'aurait voulu, mais les obstacles l'ont motivé. Anthony a toujours eu des objectifs clairs», résume Fergus.

Le mérite d'une mère

L'homme de soccer souligne à quel point le soutien de sa mère a été crucial dans le parcours à succès de Jackson-Hamel. Christine Hamel a tout laissé à Québec pour suivre son garçon de 13 ans à Montréal.

«Elle était toute seule avec lui, ç'a été un gros engagement de sa part», explique celui qui estime que l'adolescent dissipé avait besoin de sa mère pour réussir à s'intégrer et à continuer de progresser dans la métropole.

«Christine a toujours été très terre à terre, précise-t-il. Elle voyait qu'Anthony avait du potentiel, mais en même temps que c'était un jeune en processus. Même si son enfant marquait des buts, elle est toujours restée derrière l'équipe au complet.»

Fergus Brett sait son ancien joueur capable de s'imposer comme attaquant titulaire dans la Major League Soccer. Il lui faut toutefois du temps de jeu. Ce qu'il n'a pas encore eu avec l'équivalent d'à peine cinq matchs complets (459 minutes) au cours de ses trois premières saisons.

Jackson-Hamel vu par son entraîneur

Membre de l'Impact de Montréal depuis près de 25 ans, Mauro Biello a vu Anthony Jackson-Hamel grandir au sein de l'organisation. Celui qui est devenu entraîneur-chef en 2015 livre ses réflexions et ses impressions sur son jeune attaquant de Québec.

 Progression

«Avec Anthony, on a constaté une évolution pas juste sur le terrain, mais aussi à l'extérieur. On l'a vu acquérir cette maturité et ce professionnalisme nécessaires pour améliorer son approche et sa préparation.»

 Forces et faiblesses

«Ses habiletés physiques comptent assurément parmi ses forces : sa vitesse, sa capacité à jouer physique, sa grande implication dans le jeu. Il a beaucoup amélioré son mouvement et sa finition. Il doit maintenant continuer à s'améliorer dos au jeu et à travailler sa touche pour tenir l'équipe en position.»

 Avenir

«Comme tous les autres remplaçants, Anthony doit se battre chaque jour à l'entraînement pour avoir des minutes de jeu. Il est rendu à un âge [23] où il doit prendre ces moments. Chaque fois qu'il entre sur le terrain, que ce soit pour 5 ou pour 90 minutes, il doit démontrer qu'il a sa place.»




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