«Obélix» Sylvain

Enfant, Éric Sylvain est tombé dans les marmites... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Enfant, Éric Sylvain est tombé dans les marmites du curling et du golf.

Le Soleil, Yan Doublet

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Physiquement, il n'a rien d'Obélix. N'empêche qu'il est tombé dedans quand il était petit. Dans les marmites du curling et du golf. Et les effets sont permanents chez lui. À compter d'aujourd'hui, Éric Sylvain participe à son 11e Championnat canadien de curling, le Brier. Un record québécois; un fait d'armes épatant pour cet homme discret, habitué d'évoluer dans l'ombre de son capitaine, de son Astérix, Jean-Michel Ménard.

Éric Sylvain s'est assis avec Le Soleil au Club Etchemin de Saint-Romuald, son club, il y a quelques semaines. Histoire de faire le point, de raconter cette brillante et méconnue carrière. De son record, il demeure un peu stupéfait, même s'il bat sa propre marque cette année. «C'est dur à croire. Parce que quand on était junior, on disait : "Si on fait [juste] un Brier, ça va être incroyable."»

Jean-Michel Ménard le décrit comme le partenaire de jeu idéal, honnête et humble. Toujours le premier à se blâmer. Toujours prêt à aider. «Tu parleras à n'importe qui d'Éric Sylvain... et je ne pense pas que grand monde aurait de mauvais mots à dire sur lui», lance le capitaine, au Brier pour une 10e fois cette semaine.

L'histoire de Sylvain commence il y a 45 ans. Il naît d'un père président des clubs de golf et de curling de Thetford-Mines et d'une mère présidente du comité des dames, au golf. Son frère, six ans plus vieux, baignera dans ces deux sports avant lui. Rapidement, Éric suit ses traces avec une intensité «extrême».

«On restait à deux pas du club de golf, donc j'y allais à pied ou en vélo. Je suis un extrémiste : quand je jouais au golf, c'était deux paniers de balles avant la ronde. Après mon 18 trous, je frappais deux autres paniers si ça allait mal ou je jouais un autre 18 trous si ça allait bien. À 4h, on me disait : "Ben là Éric, les juniors à 4h... Il faut que tu rentres chez toi." Dans mon curling, c'est la même chose. Je suis peut-être la personne qui pratique le plus au Québec. En tout cas, je fais partie de ceux qui pratiquent énormément. Ça aide à performer.»

Le golf l'été, le curling l'hiver

Dès la jeune adolescence, il exerce les deux sports en parallèle : le golf l'été, le curling l'hiver. Il devient l'un des bons jeunes de la région dans le premier, remporte en 1990 un championnat québécois junior dans le deuxième, comme capitaine.

Son équipe composée de «quatre p'tits gars de Thetford» cause la surprise en surclassant Martin Ferland, le même Ferland battu en finale du dernier championnat provincial. «C'est là qu'on a réalisé être capables de battre bien du monde», se souvient Sylvain, en parlant de ses coéquipiers de l'époque, Guy Doyon, Joël Pouliot et Michel Grégoire, son cousin. Et de son entraîneur, Walter Smith, le premier Thetfordois à se rendre au Brier, en 1956.

Sylvain sera le deuxième, en 2000. Une année de rêve pour l'athlète. «Moi, le bogue de l'an 2000, ça n'a pas été gros : je suis allé au Brier pour la première fois et j'ai obtenu ma job de pro!» raconte le professionnel et directeur général du Club de golf Saint-Michel.

Trois ans plus tôt, au curling, il s'associe avec François Roberge. Sylvain est alors capitaine de l'équipe. Mais lors des demi-finales provinciales de 1998, il réalise à la dure que sa place est ailleurs. «J'ai choké mon dernier lancer. C'est à partir de là que je me suis aperçu que j'étais peut-être pas [le meilleur] pour faire les derniers coups, ceux avec plus de pression. Alors je suis devenu deuxième.» Rôle conservé depuis, d'abord avec Roberge comme capitaine, puis avec Ménard.

Car après un championnat provincial raté en 2003, «on sentait qu'il fallait renouveler un peu tout ça». L'équipe fait alors une offre à Ménard, qui en deviendra le skip.

Les succès ne sont pas instantanés. L'année 2004 s'avère difficile, mais la chimie opère ensuite. En 2005, Sylvain et compagnie prendront la quatrième place du Brier, une sorte de réchauffement pour la suite, en 2006...

Ménard, Roberge, Sylvain et Maxime Elmaleh deviennent alors les premiers francophones à remporter le Brier, donc les premiers à participer aux Mondiaux. À Lowell, au Massachusetts, ils s'inclineront en grande finale contre l'Écosse.

Leur saison est si impressionnante qu'ils remportent le titre d'équipe de l'année au Gala Mémoris, devant les plus célèbres formations de la région de Québec. Le Rouge et Or (Coupe Vanier), les Remparts (Coupe Memorial) et les Capitales (champions de la ligue Can-Am) sont pourtant tous maîtres de leur circuit respectif. «Ç'a été vraiment impressionnant et vraiment incroyable de voir qu'on surpassait des sports très populaires comme ça. À partir de là, on a eu le sentiment que notre sport était plus reconnu. Que les gens constataient que ce qu'on avait réalisé était quelque chose d'énorme», souligne Sylvain.

Choix déchirant

Les succès de Guy Hemmings à la fin des années 90 - deux finales au Brier - ont amené le respect aux formations du Québec. Et après la victoire de Ménard, Sylvain et compagnie en 2006, ce respect s'est concrétisé. Les Québécois sont perçus comme des prétendants.

Sylvain et sa troupe le sentent bien. À un point tel que les années suivant leur triomphe ont été ardues. Ils changent de siège, ne sont plus les négligés. Leurs adversaires redoublent d'ardeur. Au même moment, leurs propres performances déclinent. «Au lieu de gagner, on perdait», résume Sylvain.

La chimie n'opère plus, le plaisir s'évapore. Ménard, Sylvain et le substitut Jean Gagnon prennent en 2007 une décision crève-coeur : ils congédient Roberge et Elmaleh. «Je ne te cacherai pas que c'est plus moi qui a abordé le sujet avec Éric», indique Ménard. «Il était à l'aise de poursuivre avec moi, non sans chagrin. Et moi aussi, d'ailleurs. Mais il y avait des divergences dans la façon d'aborder les matchs, la préparation. Je ne voyais pas comment on pouvait avoir du succès à long terme.»

Un divorce, mais pas à l'amiable, reconnaît Sylvain. L'amitié avec Roberge et Elmaleh en a pris pour son rhume. «On joue souvent dans les ligues, on se parle beaucoup. Mais ce n'est plus la même amitié que c'était au début. Ç'a été un choix déchirant. Et on a encore des conséquences de ça. [...] Ce ne sont plus nos meilleurs amis», raconte Sylvain, qui admet s'être senti mal pendant quelques mois.

Martin Crête et Philippe Ménard, le frère de Jean-Michel, se joignent alors à l'équipe. Elle participera à sept Brier en 10 ans à partir de 2008, dont les cinq derniers en comptant celui qui débute samedi, à Terre-Neuve.

«Obélix» Sylvain et «Astérix» Ménard n'y seront peut-être pas favoris, mais tout le monde sait désormais que le petit village québécois peut s'imposer contre les grandes puissances. Devant plusieurs équipes qui jouent au curling à temps plein, les représentants de la Belle Province devront toutefois briller tous les quatre en même temps et éviter les malchances, analyse Ménard : «C'est un long shot, mais ce n'est pas impossible!»

***

Un deuxième «naturel»

Éric Sylvain est reconnu pour son coup de... (Le Soleil, Yan Doublet) - image 3.0

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Éric Sylvain est reconnu pour son coup de balai efficace. Sa position de deuxième lui permet de balayer six pierres sur huit.

Le Soleil, Yan Doublet

Depuis près de 20 ans, Éric Sylvain est le deuxième homme à lancer les pierres pour son équipe. Un rôle qui lui semble destiné pour le reste de sa carrière. Et c'est parfait ainsi.

«C'est écrit dans le ciel que ma position, c'est deuxième», souligne-t-il. «Parce que je suis habile sur les sorties, je suis capable de jouer des placements. Et au niveau du balayage, je dois jouer dans les deux premiers, car ça me permet de balayer six pierres sur huit. Je suis reconnu pour mon balayage.»

Un rôle aussi important qu'exigeant, toujours sous-estimé par les néophytes. Le balayage peut permettre de faire avancer la pierre de neuf pieds supplémentaires, explique Sylvain.

«Donc, si tu juges mal, à la limite, tu peux défoncer de neuf pieds par rapport au lancer initial. Au niveau de l'efficacité, je me donne beaucoup. Ma technique est bonne et je suis vraiment tête de cochon. Même si mes muscles font mal, je suis capable de brosser longtemps.»

Il a aussi le souci du détail, ajoute son capitaine Jean-Michel Ménard. Mais par-dessus tout, il est un excellent coéquipier. «S'il y avait une définition dans le dictionnaire d'un bon joueur d'équipe, on verrait Éric Sylvain. Tous sports confondus, selon moi», le vante Ménard.

Jadis capitaine, Sylvain ne s'ennuie pas de la pression inhérente à ce rôle, à la fois ingrat et gratifiant. «Le skip, c'est le Carey Price de son équipe : tout le monde parle de lui quand ça va bien, tout le monde parle de lui quand ça va mal. En tant que deuxième, t'es plus un gars qui supporte l'équipe. Non, ça ne me manque pas» d'être le centre de l'attention, indique Sylvain.

***

«Un bougonneux» sur la glace

Éric Sylvain vous apparaîtra peut-être un peu antipathique sur votre petit écran, pendant le Brier 2017. Pas de sourire, un regard perçant... Lui-même se décrit comme «un bougonneux» sur la glace, une image bien différente de celle de l'homme affable qui a rencontré Le Soleil. Mais un mal nécessaire pour la réussite. «C'est ma méthode pour essayer d'enlever tous les irritants : le stress de réussir ma pierre, les gens qui me regardent. J'essaie de rentrer dans ma bulle. Et là, j'ai les yeux sérieux, je suis concentré sur ce que je fais. Quand les gens me regardent [ils doivent se dire] : "Il a l'air d'un beau débile mental." Mais quand les gens me rencontrent, ils disent : "T'as pas l'air si débile que ça finalement"», rigole Sylvain.

***

Éric Sylvain en bref

  • 45 ans
  • 11 participations au Brier, un record québécois (1 titre). L'Ontarien Glen Howard détient le record absolu avec 17 présences.
  • 22 présences aux Championnats provinciaux (11 titres)
  • Vice-champion du monde en 2006
  • Professionnel du Club de golf Saint-Michel depuis 2000
  • Meilleur moment : «Le premier Brier [médaille de bronze], c'est vraiment un rêve. Car tu passes du Québec, où le curling est carrément méconnu, à des endroits comme Calgary, où ils remplissent le Saddledome, où 17 000 personnes se présentent chaque soir pendant une semaine. Tu rentres dans les restaurants, les gens te demandent des autographes, te félicitent pour ton match. Tu te dis : "Ça se peut pas. On est des vedettes dans l'Ouest et on est carrément méconnus au Québec."»
  • Pire moment: «C'est ironique parce qu'on a gagné le Championnat canadien en 2006... et je n'ai pas bien joué. C'est un des pires tournois que j'ai joués. Mais François Roberge et Jean-Michel Ménard, qui tiraient après moi, étaient à leur meilleur. Ils ont vraiment traîné l'équipe. Alors, 2006 est une année bizarre pour moi. Il y a un peu de négatif dans ça.»




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