L'hiver québécois d'Igor Larionov

Igor Larionov... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Igor Larionov

Le Soleil, Yan Doublet

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Rencontres avec des acteurs de la scène sportive. »

(Québec) Larionov. La simple évocation de ce nom rappelle quelques-uns des plus grands moments de l'histoire du hockey. Il y a eu l'émergence de la spectaculaire ligne KLM de l'Armée rouge dans les années 80, au lendemain du «Miracle sur glace» américain aux Jeux de Lake Placid, mais aussi trois Coupes Stanley avec les Red Wings de Detroit, au tournant du millénaire. Un parcours qui a pris naissance dans l'Union soviétique de la guerre froide pour se poursuivre, une quarantaine d'années plus tard, à Québec. Le temps d'un hiver.

Larionov. La simple évocation de ce nom rappelle... (Infographie Le Soleil) - image 1.0

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Infographie Le Soleil

Légèrement en retrait dans les gradins du Pavillon de la jeunesse ou du Centre Vidéotron, Igor Larionov observe avec intérêt les entraînements des Remparts de Québec. Entre deux appels téléphoniques, l'attention du légendaire hockeyeur russe, parfois accompagné de son épouse Elena, ne quitte jamais la glace, où son fils, Igor Jr, s'aligne avec l'équipe de Philippe Boucher. Cette scène se répète presque tous les jours depuis le début de la saison.

À 56 ans dans une semaine, Igor Larionov entame le troisième chapitre d'une carrière de quatre décennies dans le hockey. Agent de joueurs, il veille depuis peu aux destinées de dizaines de jeunes hockeyeurs - la plupart russophones -, dont sept dans la LHJMQ. Parmi ces derniers, trois évoluent à Québec, soit le gardien de but Evgeny Kiserev, l'attaquant Philipp Kurashev et fiston Igor, ce qui n'explique qu'à moitié son assiduité aux séances sur glace des Diables rouges.

L'autre moitié? Une nouvelle demeure en construction à Detroit, où le père de trois enfants - il a aussi deux filles, Alyonka et Diana - réside depuis la fin de sa carrière professionnelle en 2006, et qui ne sera pas habitable avant le printemps.

«Nous n'avions pas le choix de déménager pour une courte période de temps. Nous avons choisi Québec, après qu'Igor eut signé avec les Remparts. J'ai aussi quelques clients dans la LHJMQ. Ça me donne une chance de voyager, de voir les gars jouer, de parler avec leurs entraîneurs. [...] Il y a également le Mondial junior, qui sera à Montréal, en décembre. C'est donc un bon moment pour être au Québec.»

Cette immersion québécoise n'est pas sans rappeler à Igor Larionov l'époque où, alors établi comme une grande vedette dans la Ligue nationale soviétique, il avait fait le grand saut dans la LNH avec la Canucks, en 1989. Alors âgé de 29 ans, il quittait son pays dans l'opprobre, devenant l'un des pionniers russes dans le circuit Ziegler.

«Quand on est partis, c'était toujours l'époque de l'Union soviétique. Nous étions les premiers joueurs à quitter le pays. Ce n'était pas bien vu. On nous percevait comme des traîtres. Mais notre ambition était de rapprocher les deux cultures de hockey. [...] Pour nous, c'était une question de faire grandir le sport. Ils ne comprenaient pas ça. Nous, on voulait partager notre expérience. Les meilleurs scientifiques aiment se rencontrer, échanger, et faire évoluer leurs connaissances. C'était la même chose pour nous», s'est rappelé celui qui ne parlait pas un mot d'anglais à son arrivée à Vancouver.

La ligne KLM

Jusque-là, le natif de Vosksresensk, ville située à 90km au sud-est de Moscou, avait connu un parcours sans fautes aux yeux de ses compatriotes. À 20 ans, il a rejoint le prestigieux CSKA de Moscou - ou Club de l'Armée rouge -, avec qui il allait évoluer dans des conditions spartiates lors des huit saisons suivantes. En parallèle, il éblouissait le monde du hockey avec ses partenaires de la célèbre ligne KLM, Vladimir Krutov et Sergei Makarov, au sein de l'équipe nationale. Au cours de cette période, il a récolté quatre médailles d'or, une d'argent et une de bronze aux Mondiaux et deux médailles d'or olympiques.

«Ç'a été phénoménal, cette décennie à jouer non seulement avec Makarov et Krutov, mais avec toute cette unité de cinq, incluant les défenseurs Viacheslav Fetisov et Alexei Kasatonov! On ne peut pas parler de la ligne KLM, sans parler des cinq gars, parce que nous jouions tous ensemble», a noté Larionov, évoquant le système de jeu à cinq, qui était propre au hockey soviétique.

Puis en 1989, début d'un nouveau chapitre. Après s'être entendu avec les Canucks, le centre de 5'9" et 170 livres passe à l'Ouest et pourchasse son rêve de remporter la Coupe Stanley. Il se pose d'abord à Vancouver, où il doit s'adapter à la langue, à un nouveau système de hockey et à la culture, pendant trois saisons, puis à San Jose.

«San Jose, c'était comme partir pour un autre pays! La Californie. Silicone Valley. Les gens n'avaient aucune idée de ce que c'est le hockey! Au début, ils applaudissaient quand on recevait une pénalité. Ils n'avaient aucune idée de ce qui se passait!»

Très vite insatisfait de son sort, Larionov demande à être échangé au début de sa troisième saison et verra son souhait exaucé, après une grève de deux semaines à la maison. «Un beau matin - il est 7h en Californie et 9h à Detroit -, Scotty Bowman m'appelle : "Tu viens d'être échangé à Detroit. On joue ce soir à Ottawa, mais tu ne seras pas ici à temps. Rejoins-nous à Calgary." Ce jour-là, le 26 octobre 1995, cinq joueurs russes amorçaient un match ensemble pour la première fois dans la LNH», rappelle Larionov, au sujet de la création spontanée du «Russian Five» des Red Wings, en compagnie de Sergei Fedorov, Viacheslev Fetisov, Vyacheslav Kozlov et Vladimir Konstantinov.

Un mois et demi plus tard, ils contribuent à écrire une page controversée de l'histoire du... Canadien de Montréal. «Nous étions sur la glace, lors du dernier match de Patrick Roy, avant son échange au Colorado. Je pense que nous avions participé à sept buts. Pendant ce match, tout fonctionnait pour nous. Tant et si bien que Roy voulait quitter son but parce qu'il en avait assez!» a-t-il relaté au sujet de la rencontre qui s'était soldée au compte de 11-1 pour Detroit.

À ce fait d'armes, les Red Wings de Larionov ont ajouté deux conquêtes de la Coupe Stanley consécutives, en 1997 et 1998, mettant ainsi fin à une disette de 42 ans pour Detroit. La deuxième a été particulièrement émotive, alors qu'elle est survenue un an après l'accident de limousine ayant suivi la victoire de 1997 et mis un terme à la carrière de Konstantinov.

Quatre ans plus tard, Larionov soulevait, quelques mois après avoir remporté une médaille de bronze olympique, une dernière fois le précieux trophée. «Aux yeux de plusieurs observateurs, l'équipe de 2002 était l'une des meilleures jamais assemblées sur une glace, avec les Robitaille, Shanahan, Fedorov, Hull, Lidstrom, Yzerman, Chelios, Datsyuk, Hasek... Nous avions 11 futurs membres du Temps de la renommée, dans cette équipe! Cette saison-là, on a eu tellement de plaisir à jouer!»

Revivre sa jeunesse

Un plaisir de jouer que Larionov possédait toujours à 44 ans, au moment d'entreprendre une retraite précipitée par le lock-out de 2004-2005. Et le même plaisir qu'il retrouve ces jours-ci en patinant dans deux ligues récréatives à Québec, où la rumeur le dit dominant. Deux ligues où il s'amuse d'ailleurs à apprendre le français au contact de ses nouveaux coéquipiers.

«Peu importe le niveau où vous jouez, c'est important de jouer pour le plaisir. Le hockey, c'est une échappatoire par rapport à la vie de tous les jours. Et c'est l'une des raisons pour lesquelles je suis si excité de passer le long hiver au Québec. Là où on vit, au lac Beauport, il y aura des patinoires sur le lac pour le tournoi de pound hockey et je suis impatient d'y jouer pour revivre ma jeunesse, il y a 50 ans...»

Le professeur

Igor Larionov avec les Red Wings en 2000... (Associated Press) - image 3.0

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Igor Larionov avec les Red Wings en 2000

Associated Press

Igor Larionov n'a pas seulement gagné des coupes et des médailles lors de sa carrière. Il a aussi gagné un surnom : Le Professeur. «Je pense que ça vient de ma compréhension du jeu, de ma capacité à prendre les bonnes décisions dans les moments cruciaux et du fait que je rendais les joueurs autour de moi meilleurs. Ç'a toujours fait partie de mon jeu d'être efficace et divertissant. On doit jouer au hockey pour divertir les amateurs. On doit leur offrir un spectacle tous les jours, parce que ce sont eux qui amènent l'eau au moulin. Il faut leur donner quelque chose de spécial.

Et que pense «Le Professeur» du hockey d'aujourd'hui? «Le hockey doit être un jeu. On oublie ça parfois, parce qu'on a tendance à structurer le jeu de façon très stricte et très plate, mais quand on regarde les enfants, comme ceux qui jouent aux entractes lors des matchs des Remparts, il y a quelque chose de naïf et d'authentique dans la façon qu'ils jouent. Il n'y a pas de restrictions. Malheureusement, lorsque les jeunes vieillissent, ils se mettent à jouer des systèmes, jouent de façon plus pragmatique, au lieu de jouer sans se mettre de limites.»

Ce que Larionov a dit...

Sur Scotty Bowman

«C'est une légende et un homme exceptionnel. Il connaît tellement le hockey! Jouer pour lui a été une expérience incroyable et un plaisir inouï, même si parfois, on ne savait pas de quoi il parlait! Mais il avait cette faculté de peser sur les bons boutons, que ce soit ceux de Yzerman, Shanahan, Chelios, Larionov, Fedorov, Robitaille ou Hull. Il savait comment obtenir ce qu'il voulait pour le bien de l'équipe. Et il était redoutable derrière le banc. Il approchait chaque match comme une partie d'échecs avec son adversaire.»

Sur la vie à Québec

«On s'habitue à un environnement différent, à une langue différente, mais on est bien installés. C'est la première fois, depuis mes années à Vancouver il y a 24 ans, que nous vivons au Canada. Nous aimons le paysage de Québec, la beauté des environs et la gentillesse des gens aussi. On peut voir leur passion et leur amour pour le hockey. Chaque jour, on le voit dans les journaux, en allant aux matchs ou en croisant des partisans des Remparts qui portent la casquette ou un chandail de l'équipe. C'est vraiment une ville de hockey.»

Sur Igor Larionov Jr

«Il a eu tellement de blessures! Je suis vraiment impressionné par sa résilience. Il n'a pas joué au hockey pendant un an et demi et devait se déplacer avec des béquilles, après une opération aux deux hanches. Il regardait jouer tout le monde, alors qu'il ne pouvait pas jouer. Il est revenu sur la glace, a retrouvé son niveau de jeu et boom! Une autre blessure. Il mérite mieux. Il est tellement un bon garçon et un bon étudiant à l'école aussi. Il travaille toujours très fort et ne se plaint jamais.»

Sur Rendez-vous 87

Igor Larionov, entouré de Michel Goulet et de... (Archives Le Soleil) - image 5.0

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Igor Larionov, entouré de Michel Goulet et de Mario Lemieux, lors de RV 87.

Archives Le Soleil

«Je me rappelle qu'il faisait très froid! Il faisait autour de - 35 °C! Et il y avait tellement de neige! Mais le niveau de hockey était bon. Ç'a été deux très bons matchs de hockey. J'en ai reparlé avec Marcel [Aubut] quand on a lunché ensemble, il y a quelques semaines. Ça avait été un bel événement.»

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